Pour en finir avec les stéréotypes de genres dans les livres scolaires

Federica Malinverno - 30.09.2020

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - genres livres scolaires - Italie projet loi - égalité chances école


Proposé ce 25 septembre 2020, un projet de loi est en cours d’examen au Parlement italien pour promouvoir l’égalité des chances dans les écoles italiennes.


 
 

De “Papa rentre du travail” à “maman fait la cuisine”


Dans les manuels scolaires italiens, il est encore possible de repérer des phrases comme « Rossella est si belle qu’elle ressemble à un ange, alors que sa sœur est si laide qu’aucun garçon ne la regarde ». Ou encore, des exercices de grammaire avec des phrases à compléter du type : « Quand il rentre du travail, papa lit le journal », à côté de formulations comme « Maman a fait la cuisine toute la matinée ».

Les stéréotypes sur la représentation de genre sont loin d’être absents dans les manuels scolaires, notamment au niveau des écoles primaires et secondaires. Ce qui s’avère particulièrement dangereux pour l’éducation des enfants et à plus grande échelle, pour la formation d’une société équitable et juste. 
 
Comment est-ce possible ? N’existe-t-il pas de codes, lois, ou instruments de régulation ? Si, mais ils sont inefficaces. En effet, le secteur de l’édition scolaire a jusqu’à présent fait l’objet d’une tentative d’autorégulation à travers l’expérimentation du Code d’autorégulation de l’égalité des chances dans les manuels scolaires, réalisé par l’AIE (Associazione Italiana Editori) en accord avec le ministère de l’Éducation. Mais cette initiative n’a pas été en mesure de changer les choses.
 

Une situation qui semblait vouée à l’échec 


En effet, la situation est plus compliquée que ce qu’il n’y parait, et d’autres questions, d’ordre économique et éditorial, se nouent à ce qui semblait d’abord être seulement une manifestation occasionnelle de mauvaise éducation. 

En premier lieu, d’un point de vue économique, il s’agit d’un défi de taille, car le marché scolaire peut compter sur un bassin d’environ 9 millions d’étudiants qui achètent chaque année au moins 10 manuels scolaires, d’après les données Istat (l’institut National de Statistique italien). 

Ensuite, ce sont les éditeurs qui devraient en premier se montrer sensibles à ce défi, car ils sont responsables de la révision des contenus éditoriaux. Mais il s’agit souvent de stagiaires non payés ou de sous-traitants sous-payés, qui ne disposent pas de l’autorité ni de l’écoute nécessaires pour apporter des changements significatifs aux textes. C’est pourquoi, dans le projet de loi, on retrouve certaines mesures destinées à améliorer les conditions de travail des employés de l’édition scolaire. 

Ainsi, Marzia Camarda, entrepreneur dans l’industrie du livre et membre du conseil d’administration de Movimenta — plate-forme politique engagée dans de nombreuses batailles civiles —, souligne qu’il s’agit de reconnaître « la même formation pour les éditeurs à l’intérieur et à l’extérieur de la maison d’édition, dans un processus d’inclusion professionnelle qui passe par le partage des compétences ».
 

Révision des textes et inclusion professionnelle


Après avoir dénoncé le problème en publiant un exercice de grammaire qui disait « Lucia est trop grosse... pour porter une mini-jupe », le membre du groupe mixte Alessandro Fusacchia a promis un projet de loi en mai dernier, qui a finalement été signé par la plateforme Movimenta ainsi que par huit députés. Le premier signataire, interviewé par Fanpage.it, souligne qu’il ne s’agit pas d’une opération de censure, car l’approche est plutôt ce qu’à l’étranger on appellerait affirmative action, c’est-à-dire « discrimination positive ».

En effet le texte de loi propose la création d’un Observatoire national sur la diversité et l’inclusion dans les manuels scolaires, qui devrait élaborer des « lignes directrices » à mettre à jour tous les cinq ans. Composé de dix membres, il aurait la tâche d’examiner les manuels scolaires, avec l’attribution d’un prix (une pastille de garantie à apposer sur la couverture) en cas d’avis positif, et avec la révision accompagnée du texte, en cas d’avis négatif. 

Mais ce n’est pas tout. L’Observatoire serait également impliqué dans des plans de formation pour les professionnels de l’édition scolaire, ce qui demanderait d’abord une prise de conscience sur leur statut défavorisé (aux difficultés économiques de ces derniers s'ajoute souvent un isolement physique et émotionnel, dénoncé par l’association des freelances Acta).

Le projet de loi est encore en cours d’examen au Parlement : on espère qu’il sera la bonne mesure pour extirper des livres scolaires ces formulations sexistes et honteuses, susceptibles de ternir d’une façon permanente l’apprentissage des élèves.  


illustration : Myriams-Fotos CC 0


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