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“Pour la lumière”, la suite restée inédite du “J'accuse” d'Émile Zola

Antoine Oury - 30.07.2020

Patrimoine et éducation - Patrimoine - J'accuse Emile Zola - article pour la lumiere - pour la lumiere Zola


L'Histoire garde parfois pour elle des textes singuliers et importants, qui ne seront jamais lus. Ou peu s'en faut : « Pour la lumière », un article signé de la main d'Émile Zola, n'a ainsi jamais été publié dans les pages de L'Aurore. Écrit en juillet 1898, six mois après la parution de « J'accuse », il revient pourtant sur l'affaire Dreyfus et sur les critiques qu'essuie son auteur, dans une vigoureuse défense de la vérité.


 

5 pages manuscrites à l'écriture serrée, mais lisible. Voilà ce qu'il reste de « Pour la lumière », un article resté inédit, jamais publié, mais bel et bien signé par Émile Zola au mois de juillet 1898, au premier jour de son exil à Londres et quelques heures après sa condamnation pour diffamation. 

Car l'année 1898 est celle d'un autre article, « J'accuse », publié le 13 janvier en Une de L'Aurore. Dans ce texte virulent, qui accuse directement le président de la République Félix Faure et le gouvernement, Zola rappelle ses convictions dans l'Affaire Dreyfus. Selon lui, le capitaine Alfred Dreyfus est innocent des faits qui lui sont reprochés — espionnage et trahison — et les responsables politiques et militaires trempent dans l'antisémitisme.

L'article vaudra à Zola ce procès en diffamation, qui aboutira sur sa condamnation après un pourvoi en cassation, le 18 juillet 1898. Avant même le prononcé du verdict, l'écrivain quitte la France pour s'exiler à Londres. « Au départ, Zola ne voulait pas quitter la France, il voulait être condamné et envoyé en prison. Ce sont Georges Clémenceau, rédacteur en chef de L'Aurore, et Fernand Labori, avocat de Zola, qui le poussent à partir », rappelle-t-on à la librairie Le Manuscrit français, qui présentera l'article manuscrit « Pour la lumière » au Salon du Livre rare et de l'Autographe, en septembre, à Paris.
 

Rétablir et affirmer la vérité


Le 20 juillet 1898, L'Aurore publie un nouvel article sur l'Affaire Dreyfus, signé par Zola, sous le titre « Pour la preuve ». Ce texte plutôt tempéré semble vouloir calmer la polémique autour de la condamnation de l'écrivain et de son implication. Et pour cause : il est en réalité l'œuvre de Clémenceau, qui n'a fait qu'y ajouter la signature d'Émile Zola. 

C'est à ce texte de Clémenceau que répond « Pour la lumière » : « Zola écrit un complément à l'article publié parce qu'il y manque des éléments. Il reprend la structure de “Pour la preuve”, mais y inscrit ses propres mots, plus véhéments, et insuffle son énergie, plus convaincue, dans des accusations envers le juge, le ministre de la Guerre ou encore le commandant Esterhazy [véritable traître de l'affaire, pourtant acquitté, NdR]. »

« Nous resterons les soldats impassibles du vrai, incapables d’une reculade, capables de tous les sacrifices et de toutes les attentes, les plus rudes et les plus anxieuses », y écrit Zola, plus que jamais résolu à ne pas baisser les bras devant une justice corrompue.

De toute ma lettre au président de la République, on avait extrait savamment quelques lignes, limitant les poursuites uniquement pour empêcher la vérité de se faire jour sur l'affaire Dreyfus. Le plan était de me condamner tout en me bâillonnant. Émile Zola, Pour la lumière, 1898


Mais Clémenceau attend la révision du procès : lorsque Bernard Lazare, dreyfusard ami de Zola, lui apporte le manuscrit de « Pour la lumière », il le glisse dans un tiroir. La suite de « J'accuse », rédigée en réponse à la tempête d'insultes qu'essuie Zola et pour réitérer des accusations, ne sortira jamais des presses.

Les cinq pages manuscrites de « Pour la lumière », longtemps conservées au sein de la collection Alfred Cortot, seront proposées à la vente par Le Manuscrit français pour 40.000 € lors du Salon du Livre rare et de l'Autographe, organisé du 18 au 20 septembre prochain au Grand Palais, à Paris.
 

Une difficile période d'exil


Le Manuscrit français proposera également trois lettres d'Émile Zola à Georges Charpentier, son éditeur, datant de la période d'exil à Londres de l'écrivain naturaliste. « Cet exil lui a beaucoup coûté : Zola ne parlait pas un mot d'anglais, il se retrouvait seul, sans son épouse Alexandrine Zola, et soudain plongé dans un mutisme complet, lui qui était sous le feu des projecteurs. Il est très à l'aise financièrement, mais la période reste difficile pour lui. »



Si ce n'est la révision de son procès et la mort de Félix Faure, sujets de deux de ces lettres, les motifs de réjouissance sont rares, Zola restant la cible privilégiée de la presse antisémite, ce qu'il évoque dans le troisième courrier. Au cours de cette période londonienne, il pratique la photographie et travaille sur son roman Fécondité, qui ne connaîtra pas un très bon accueil du public. 

Chacune de ces trois lettres sera proposée au prix de 7000 € par Le Manuscrit français. Enfin, le libraire mettra en vente un exemplaire de « J'accuse » dans un état de conservation exceptionnel.

Dossier : des textes exceptionnels au Salon du Livre rare et de l'Autographe

Photographies : Émile Zola, Pour la lumière - Affaire Dreyfus, Londres, 19 Juillet 1898. Manuscrit autographe signé de 5 pages. 
« [L]es dépêches de France, qui, chaque matin, m'apportent des monstruosités nouvelles. Quel pauvre grand pays, et comme il nous faut l'aimer ! », lettre de Zola à Georges Charpentier.
Utilisées avec l'aimable autorisation de la librairie Le Manuscrit français.



Commentaires
Ce texte sera publié dans les Cahiers naturalistes 2021.
Vous nous tiendrez au courant de cette parution ? Merci.
On écrit « Clemenceau ».
Et où pourra-t-on lire ce texte en version publiée, pour les pauvres qui n'ont pas 7000€ à investir dans un manuscrit ?
Achat par la BN + num' dans la foulée + versement dans Gallica, comptez 3 mois, surtout à cause des opérations de com' à prévoir.



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