Prestigieux et mal placé, le musée Hergé fête ses cinq ans

Louis Mallié - 23.05.2014

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Musée Hergé - Tintin - Ayant-droit


Le musée Hergé de Louvain-la-Neuve (Belgique) fête aujourd'hui ses cinq ans ! Dessiné par l'architecte français Christian de Portzamparc, l'établissement a joui d'un succès relatif si l'on prend en considération l'émoi attendu à son inauguration. Dans une série d'entretiens, l'administrateur délégué des éditions Moulinsart Nick Rodwell, et son épouse Fanny Rodwell (ayant droit de Tintin) sont revenus sur la place du musée dans l'approche contemporaine de Tintin, le renouveau de son image, et son avenir éventuel...

 

  

Musée Hergé

Sven, CC BY-SA 2.0

 

 

Inauguré en 2009 pour les 80 ans du petit reporter, le musée espérait accueillir 200 000 visiteurs annuels. Le chiffre avait été quelque peu surévalué, puisque l'établissement accueille environ 80 000 visiteurs annuels - soit 400 000 depuis son ouverture. D'après Nick Rodwell, il ne s'agit d'un manque d'intérêt pour les pièces exposées (85 % de l'oeuvre totale d'Hergé), mais seulement d'une erreur d'évaluation du premier directeur du musée :  « Cela aurait été possible si nous avions été à Bruxelles. Mais nous sommes à Louvain-la-Neuve à plus de 20 km de la capitale », souligne-t-il dans un entretien avec l'AFP. Du fait de son emplacement, il aurait donc été retiré de nombreux parcours touristiques…

 

Toutefois, si ce premier objectif n'a pas été atteint, le musée ne constitue pas pour autant un échec. Dans un entretien publié hier sur Ket Paddleil rappelle que le site touristique Trip Advisor a décerné en 2014 un Certificat d'excellence à l'établissement, ajoutant qu'environ 85 % des visiteurs quittent le musée satisfaits. Seules quelques critiques reprocheraient au musée d'ignorer les enfants : « de tous côtés, j'entends que ce Musée est extraordinaire (…) Le Musée est une interprétation de l'œuvre mise en scène par des spécialistes : Philippe Goddin, Thierry Groensteen et Joost Swarte. Effectivement, il y a peu de choses pour les enfants. Je dois honnêtement le reconnaître. Mais dans les Musées de Magritte ou de Folon, il n'y a pas non plus de sections réservées aux enfants. »

 

Fruit d'un investissement de 15 millions d'euros hors TVA, le musée devrait en coûter autant dans les 10 prochaines années. « Je suis très optimiste pour le futur du Musée », assure Nick Rodwell qui compte sur un renouveau dans l'approche de l'oeuvre d'Hergé. Celui-ci a déjà été amorcé par le film de Steven Spielberg sorti en 2011 qui avait « représenté la meilleure promotion possible » pour Tintin, même si, à l'instar du musée, la recette escomptée n'était pas au rendez-vous. « À Hollywood, ils veulent retrouver trois fois la mise. Tintin a rapporté 374 millions, là où ils espéraient 600 millions et où Indiana Jones en a fait 800. Aux yeux de Hollywood, ce n'est pas une vraie réussite financière. »

 

Ce qui n'empêche donc pas qu'un second film au budget moins lourd, réalisé par Peter Jackson est déjà prévu pour 2017... si tant est que le néo-zélandais, happé par le Hobbit trouve le temps.  « Au vu du potentiel de Tintin, le prochain film ne devrait donc pas coûter plus de 125 millions de dollars. Si cela convient à Peter Jackson, il n'y aura pas de problème. S'il veut aussi 200 millions comme Spielberg, ce sera plus compliqué de réunir le budget… »

 

 

Tintin par Nat Neujean

 

Du côté du musée le dynamisme ne se tarit pas non plus. À l'occasion de son cinquième anniversaire, il accueille aujourd'hui pour la première fois une exposition réunissant toutes les oeuvres du sculpteur Nat Neujean consacrées aux personnages de l'univers de Tintin. On y retrouvera notamment le premier Tintin en trois dimensions réalisé en 1953, ainsi qu'un buste en pierre de 1954. Côté album un projet d'ebook d'un Tintin au pays des Soviets colorisé serait « en étude »… 

 

On sait que le couple Rodwell demeure toujours ambigu quant à l'éventualité de nouvelles aventures de Tintin sous le crayon d'autres auteurs. « Beaucoup voudraient le faire (...) mais je trouve qu'il faut respecter l'oeuvre, et Hergé ne l'aurait pas souhaité », a récemment expliqué Fanny Rodwell, la veuve d'Hergé, dans un entretien accordé à Paris-Match Belgique rapporté par ActuaBD. Seule planerait l'idée de la publication d'un ancien projet d'Hergé. « Pour ce qui est de Tintin et le Thermozéro, nous avons retrouvé énormément de choses dans les archives. La question préalable à tout projet d'album, c'est de savoir pourquoi Hergé n'a pas été au bout de cette aventure », insiste Nick Rodwell.

 

Mais même si le couple souhaite toujours honorer le voeu d'Hergé que Tintin s'arrête après lui, il entend bien retarder par tous les moyens la « chute » de Tintin dans le domaine public - quitte à trahir le souhait du maître...  « Ah, c'est clair ! Avant que l'œuvre ne tombe dans le domaine public, il faut agir d'une façon ou d'une autre », ne manquait pas de rappeler Nick Rodwell à Paris Match Belgique.