Programmes : 'Être prêts en 2015, pour se déployer en 2016'

Nicolas Gary - 30.09.2014

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - Sylvie marcé - Manuels scolaires numériques - recommandation éducation


Au terme de la conférence qui présentait l'étude sur l'usage de manuels scolaires numériques, Sylvie Marcé, directrice du groupe Éducation au Syndicat national de l'édition, a présenté différentes recommandations. Ces dernières s'inscrivent « dans la réussite du plan e-education, alors que, parallèlement, nous attendons les modalités précises de ses articulations », insiste-t-elle.

 

Manuels numériques : usages en France (enquête 2014)

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

C'est que, dès aujourd'hui, « tout est prêt pour que l'expérience numérique s'épanouisse dans les classes, si l'on part des expériences du terrain », indique la PDG des éditions Belin. « Il est important que les usages ne soient pas qu'individuels, mais incarnent également de véritables ambitions collectives. » 

 

Rappelons qu'en juillet dernier, le président de la République avait promis une vague d'équipement prochain dans les classes. Mais, nuançait-il : « Pour avoir des tablettes, pour avoir des contenus, pour avoir des enseignements qui soient valorisés par le numérique et par l'informatique. Non pas pour que les enseignants ne fassent pas cours, ils font cours, mais avec cet outil-là. Ce n'est pas pour jouer, parfois il peut y avoir cette tentation, même si l'on peut aussi avoir du bonheur en apprenant et c'est le rôle du numérique. »

 

Sauf que, pour l'heure, aucune information n'a suivi cette belle déclaration d'intention. Et comme l'indique le président du Groupe Éducation

 

Selon les observations faites, l'enjeu du développement massif du numérique réside dans l'équipement individuel, alors que, dans le même temps, les élèves sont très peu équipés. Une réflexion qui rejoindrait sans problème les préoccupations des éditeurs de littérature, sur la lecture numérique. « Le numérique ne va pas tout résoudre », mais contribuera à estomper les fossés qui se sont créés autour chez les élèves laissés pour compte. Une projection qui n'est pas nécessairement partagée par tous, comme le relève le président du CNL, Vincent Monadé 

 

Dans tous les cas, poursuit-elle, « plus on attend, plus on prend le risque que la prochaine réforme néglige les véritables avancées numériques [...] Cette occasion des nouveaux programmes, pour se déployer en 2016, doit être prête en 2015. Tout autre discours est illusoire ». La ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, aura certainement entendu le message.

 

Si la grande consultation sur les programmes doit intervenir en février prochain, de nouveaux délais sont par conséquent introduits – avec les conséquences financières que l'on imagine pour les éditeurs. « Le modèle économique de l'édition scolaire repose encore en immense partie sur le papier. Pour le numérique, nous ne demandons pas à l'État des subventions, mais des crédits. »  

 

Or, au-delà du seul territoire français, le développement du numérique dans les classes, et des manuels scolaires idoines, représente « un levier économique pour demain », chez l'ensemble des éditeurs, à travers la francophonie. « Plus le temps passe, plus le numérique intègre des fonctionnalités inaccessibles au papier. » Et en parallèle, les éditeurs scolaires « sont à l'écoute de ce que les chercheurs en sciences cognitives nous disent. Et le numérique n'est pas l'outil idéal pour tout », souligne Isabelle Magnard, directrice des éditions éponymes.  


Se repérer dans un texte serait plus facile en papier qu'en numérique, par exemple, de même que l'apprentissage du mouvement du cheval au galop est plus pertinent en image par image, plutôt qu'en vidéo. « La conviction que l'on peut avoir, c'est que le manuel numérique individuel prendra des formes adaptées selon le contexte. » 


 

Quant aux questions liées aux manuels en Creative Commons, les éditeurs scolaires en sont encore assez détachés. Le modèle reste celui de la défense du « droit d'auteur, en priorité, parce qu'il fait partie de notre modèle économique », explique Sylvie Marcé. Et Isabelle Magnard de conclure : « Le Creative Commons repose sur le bon vouloir, alors que la rémunération est un moteur pour les manuels payants. » À bon entendeur...

  

Les recommandations des éditeurs scolaires pour réussir le plan e-education

• Corréler équipement et ressources numériques, dans le cadre de projets pédagogiques soutenus au niveau local, en allouant des budgets significatifs aux établissements pour l'acquisition de ressources ;
• Construire des déploiements opérationnels dans les établissements scolaires en associant l'ensemble des acteurs institutionnels et industriels du numérique éducatif pour intégrer durablement le numérique à l'école et contribuer à développer une filière industrielle éducative et culturelle dont l'essor à l'international traduira la croissance ;

• Offrir de la visibilité et de la prévisibilité à l'ensemble des industriels de la filière numérique éducative grâce à un calendrier de déploiement anticipé et respecté ;
• Respecter les délais de publication des futurs programmes de la réforme 2016 (12 mois) pour permettre aux concepteurs et éditeurs de ressources numériques d'éditer des ressources de qualité ;

• Travailler à l'évolution de standards d'interopérabilité pour faciliter l'interconnexion entre matériel et ressources, et définir un cadre de confiance pour les données sensibles résultant de la personnalisation des apprentissages et des formations.