Protestant contre Vallaud-Belkacem, l'Académie dit 'Luther' pour la réforme

Victor De Sepausy - 16.02.2016

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - Réforme orthographe - Académie Française - Najat Vallaud Belkacem


Pied à pied, dos à dos, le conflit entre l’Académie française et l’Éducation nationale prend des allures de conflit de cour d’école. Le secrétaire perpétuel, Hélène Carrère d’Encausse, a dernièrement fait part de tout son étonnement de voir la réforme de l’orthographe se mettre en place. De son côté, c’est la réaction des Immortels, depuis leur Coupole, qui épate Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éduc nat. 

 

8 décembre 2014 - 5e Forum de la coopération franco-allemande en recherche

Enseignement supérieur, CC BY SA 2.0

 

 

L’Académicienne faisait en effet part de son incompréhension, quelque temps après que la Coupole a formulé ses observations sur l’état de la réforme. Les Immortels avaient en effet soutenu mordicus le « principe selon lequel doivent être exclues toute réforme, et même toute simplification de l’orthographe ». Des ajustements par rapport aux évolutions, certes, mais des simplifications, non.

 

Même que c'est même pas vrai !

 

Et voici que leur secrétaire perpétuel en rajoute une couche : selon elle, la réforme de l’orthographe résulte d’un projet exhumé et qui date d’un quart de siècle. Elle déplore également que « l’Académie française n’a eu aucune part, à l’inverse de ce qu’on l’on a voulu faire croire ». En effet, la réforme remonte à 1990, avec pour vocation de simplifier l’orthographe de certains mots – et quelques autres changements concernant les accents, notamment le circonflexe.

 

Dans Le Figaro, elle ajoutait que si Michel Druon, qui occupait son poste à l’époque des discussions, avait bien figuré dans le groupe de travail du Conseil supérieur de la langue française, c’est le groupe, et non l’Académie à travers lui qui avait émis ces recommandations. À ce jour, avance Mme d’Encausse, un élève sur cinq « quitte l’école sans savoir lire ». Et de déplorer que « le problème n’est donc plus d’offrir des facilités aux élèves, de conserver ou non l’accent circonflexe, mais de revoir totalement notre système éducatif »

 

C'est çui kidikié

 

Entre 1990 et 2016, vingt-six ans nous contemplent dirait Napoléon, et à ce titre, la ministre entend répondre. Najat Vallaud-Belkacem fait part de son étonnement, face à la prise de position de l’Académie « aux nouveaux programmes de la scolarité obligatoire, publiés le 26 novembre 2015 — vous critiquez notamment la référence, pourtant identique à celle de 2008, aux rectifications de l’orthographe proposées par le Conseil supérieur de la langue française ». 

 

Dans un courrier rendu public, la ministre poursuit, en assurant que les « rectifications sont intégrées dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française et que l’Académie, pourtant contactée par le Conseil supérieur des programmes cet été, n’a pas fait de remarque quant à la présence de cette référence ». 

 

Entre la stupéfaction de l’Académicienne et l’étonnement de la ministre, plus personne ne sait où donner de la tête. Et NVB de souligner que son ministère n’a pas vocation à fixer les règles de la langue : « Ce travail revient à l’Académie française depuis Richelieu, qui assigna pour principale fonction à cette instance de donner des règles certaines à notre langue. » Sauf que l’on attend dans ce cas, sur son bureau et dans les meilleurs délais, « toute évolution de la position de votre institution quant aux rectifications orthographiques, afin que les acteurs concernés puissent en tenir compte à l’avenir ».

 

Tout c'que tu dis revient sur toi !

 

On aurait pu se le tenir pour dit, mais l’Académie vient de dégainer un nouveau communiqué, pour tenir bon sa position. Elle rappelle que ni l’administration ni le pouvoir politique ne peuvent légiférer sur les changements d’usages. 

 

Sans se montrer fermée à certains ajustements ou tolérances, l’Académie s’est donc prononcée en faveur du maintien de l’orthographe d’usage, conseillant « de laisser au temps le soin de la modifier selon un processus naturel d’évolution » qui ne porte pas atteinte au génie de la langue et ne rende pas plus difficile d’accès l’héritage culturel.

 

Et de pointer qui pis est que hormis de rares exceptions, les changements proposés par la réforme ne sont pas entrés dans les usages. « Plus que la maîtrise de l’orthographe, défaillante, c’est la connaissance même des structures de la langue et des règles élémentaires de la grammaire qui fait complètement défaut à un nombre croissant d’élèves », balance la Coupole.  

 

Selon ses conclusions, nécessairement avisées, sinon elle ne siégerait pas au Quai de Conti depuis 1634, « il est urgent d’engager dès l’enseignement primaire le redressement souhaité par tant de nos concitoyens, en rétablissant les conditions d’une vraie transmission du savoir ». 

 

Toute réforme du système éducatif qui aurait une portée véritable doit ainsi placer « de nouveau l’acquisition et la maîtrise des connaissances au cœur de ses préoccupations, et dont des dispositions incidentes ne permettent pas de se dispenser ». 

 

Qui pour sonner la fin de la récréation ?