Quand, piégé dans les glaces, le capitaine Scott lisait Dickens à son équipage

Maxim Simonienko - 13.05.2019

Patrimoine et éducation - A l'international - expédition terra nova - exposition charles dickens - david copperfielx 1910


Une copie du célèbre roman de Dickens, David Copperfield (traduit de l'anglais par Paul Lorain aux éditions Livre de Poche), va être exposée sous peu au Charles Dickens Museum. Néanmoins, cet exemplaire est plus que particulier : il est lié à une histoire tragique. Il aurait diverti les hommes du capitaine Scott tandis qu'ils étaient coincés dans une grotte de glace, en Antarctique, lors de la malheureuse expédition Terra Nova.

John Charles Dollman, A Very Gallant Gentleman 

 



La lecture de Dickens pour garder espoir


L’expédition Terra Nova est la troisième expédition britannique en Antarctique au XXe siècle. Elle était menée entre 1910 et 1913 par Robert Falcon Scott. Le but de l'expédition est d'atteindre le Pôle Sud de l'Antarctique avant son concurrent norvégien Roald Amundsen. Le capitaine Scott, une fois arrivé sur place, constate son échec. Les équipes norvégiennes sont déjà installées et la seule décision rationnelle à prendre est de faire demi-tour.

Cependant, le retour est difficile pour les hommes de Scott. L'hiver est rude et les températures chutent à -29°C. Ajoutés à cela la déshydratation, la malnutrition et les problèmes de scorbut, l'équipe était condamnée. Les équipes de secours ne retrouvent les corps gelés de Scott et deux de ses hommes que le 12 novembre 1912. L'état du roman David Copperfield, que transportait l'un des membres de l'équipe d'exploration, laisse imaginer les conditions difficiles auxquelles les Britanniques ont été confrontés.

«Ils ont dû s'enterrer dans la grotte pour survivre et mangeaient des manchots et des phoques pour continuer. C'était un hiver très rude. Il était si important que les récits soient non seulement des divertissements, mais aussi un réconfort et un moyen de garder le moral entre les hommes », a expliqué Frankie Kubicki, conservatrice au Charles Dickens Museum de Londres, qui lancera l'exposition Global Dickens: For Every Nation Upon Earth, le 14 mai 2019.

L'ouvrage en question est une édition datant de l'année 1910. Il est marqué par des empreintes de doigts noires, dues sûrement à l'utilisation des graisses de phoque pour faire fonctionner les lampes. D'après la conservatrice, le livre serait encore imprégné d'une légère odeur de fumée et de poisson. Pendant sept mois, chaque nuit, le capitaine Scott et ses hommes lisaient à haute voix un chapitre du roman de Charles Dickens afin de garder le moral.

« Ils avaient hâte de le lire tous les soirs. Un médecin [du groupe] leur a prescrit deux chapitres par nuit quand ils se sentaient particulièrement tristes, a ajouté Mme Kubicki. Le format dans lequel ils lisaient était exactement la façon dont il fallait le lire - à voix haute et de manière périodique ».
 

Une tradition britannique
 

D'après Claire Warrior, l'administratrice du musée, la lecture lors des expéditions maritimes serait une longue tradition britannique. Cela permettait aux navires de transporter parfois des bibliothèques entières. Par exemple, lors de l’expédition de 1845, Sir John Franklin aurait emporté pas moins de 1000 livres au Groenland. 

« La lecture était une activité communautaire importante qui a permis d'éviter l'ennui et de créer des liens entre des hommes vivant dans des conditions difficiles et exiguës, avec peu d'espace personnel », explique-t-elle.

Le musée est situé dans la maison de ville de Bloomsbury où Charles Dickens a déménagé en 1837 avec sa famille. Il y a notamment écrit son célèbre roman Oliver Twist. L'exposition Global Dickens: For Every Nation Upon Earth sera l'occasion de relater les voyages de l'écrivain britannique et de ses histoires à travers le monde.
 

On a failli connaître la fin du
Mystère d'Edwin Drood 


Bien que ses récits soient souvent inspirés de la vie londonienne, l'auteur a tout de même avoué dans l'une de ses lettres écrire « pour chaque nation sur Terre ». « Bien que la pensée de Charles Dickens puisse faire penser à des images fermement ancrées à Londres et en Angleterre, ses regards étaient tournés vers le monde. Dickens était autant un écrivain et journaliste de voyage qu'un écrivain de fiction, et les sujets et les problèmes sociaux qui le préoccupaient étaient universels », a conclu Mme Kubicki.

via The Guardian.




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