Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Que faut-il pour que la France devienne “un pays de lecteurs” ?

Laure Besnier - 13.10.2017

Patrimoine et éducation - Scolarité France - Ministère éducation - Livre Lecture - Campagne Education Nationale


« La lecture est la clé de toutes les réussites » lance le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui inaugure, ce jeudi 12 octobre, la cérémonie de lancement de la campagne de mobilisation pour le livre et la lecture « Ensemble pour un pays de lecteurs » à l’Académie française. Son objectif ? « [F]aire lire un million d’enfants ». 




 

Le constat est alarmant : 20 % des élèves sortent de l’école primaire en maîtrisant mal les savoirs fondamentaux, les collégiens et les lycéens lisent de moins en moins par goût personnel. Comme l’indique le ministre de l’Éducation nationale, la nécessité de mobiliser tous les acteurs qui pourront pallier à ce problème s’est très vite imposée. Retour sur les enjeux abordés lors de la cérémonie, rythmée par les discours des uns et des autres.

 

Donner des moyens à l’école et aux parents

 

L’objectif de Jean-Michel Blanquer est de donner les moyens à « l’école républicaine » de consolider les savoirs fondamentaux des enfants et de faire perdurer leur fréquentation des livres durant toute leur scolarité.

 

Comment ? En proposant de suivre l’enfant à l’école et en dehors avec une variété d’activités : trente minutes de lecture quotidienne obligatoire, un ou deux livres à lire pendant les petites vacances, la possibilité dans les internats d’échanger autour des livres, une mallette pédagogique pour les parents...

 

Selon le ministre, la « confiance des élèves en eux-mêmes et en leur réussite » doit être restaurée et s’en donner les moyens à travers une campagne de mobilisation qui ne doit pas seulement faire intervenir l’État.

 

Aider les bibliothèques

 

Alors qu’il étudie de près le réseau des bibliothèques en France depuis un mois à la demande de la ministre de la Culture Françoise Nyssen, Erik Orsenna indique qu’il y a, en France, 1600 points de livres — bibliothèques ou encore médiathèques — « plus nombreux que les bureaux de Poste ». L’académicien indique constater, lors de ses déplacements, que les bibliothèques municipales sont dynamiques et ne manquent pas d’idées pour faire rayonner les livres sur leur territoire.

 

Mais Erik Orsenna hausse le ton : pour mobiliser les bibliothèques, il faut que le personnel puisse s’approprier le projet et, pour cela, avoir les moyens de le faire. L’écrivain fait remarquer la faible contribution de l’État aux bibliothèques, ce qui représente en général 4 % de leurs budgets.

 

Il illustre ainsi le concept de l’injonction paradoxale de Palo Alto : l’État ne peut pas demander aux bibliothèques d’ouvrir plus en dépensant une somme que l’État vient justement de leur retirer. Erik Orsenna conclut : « La bataille budgétaire commence ».

 

Utiliser le dynamisme associatif

 

Plusieurs associations sont venues, rapidement, présenter leur travail. Elles indiquent la nécessité de continuer à former les bénévoles et à financer leurs actions.

 

L’écrivain Alexandre Jardin, cofondateur de l’association Lire et faire lire, entend, afin de convoquer les lecteurs, mobiliser presse régionale et écrivains appartenant notamment à son comité de soutien. Il nous indique vouloir donner la parole ce week-end à Zep ou encore à Geluck.

 

L’académicienne Danièle Sallenave introduit aussi son association Silence, on lit ! Qui propose dix minutes ou un quart d’heure de lecture silencieuse aux élèves. Le titre du livre n’est jamais imposé et sa lecture ne subit, par la suite, aucune évaluation. L’idée est de rappeler le plaisir de la lecture.

 

Des initiatives locales

 

Enfin, la maire de Morlaix, Agnès Le Brun ainsi que Vanik Berberian, président de l’Association des Maires Ruraux de France et maire de Gargilesse-Dampierre en Berry, sont venus exposer les différentes initiatives locales pour favoriser la lecture pour les jeunes : lecture publique, boîtes à livres, le label « ville en poésie ». On retiendra par exemple « La bataille des livres », une opération qui promeut la lecture pour les 8-12 ans et à laquelle l’école Jules Ferry à Morlaix participe.

 

Ce sont donc beaucoup de solutions qui ont été envisagées et écoutées par les académiciens ainsi qu’un groupe d’élève dans la salle des séances de l’Académie française. Terminons sur une note enthousiaste signée Alexandre Jardin et qui résume bien l’intention de cette journée : « Il faut que la société aide l’école. C’est notre école. Si elle réussit, on réussit. Si elle échoue, on échoue. On a tous un rôle à jouer »