Québec : Envoyer des livres au ministre pour changer une politique

Antoine Oury - 25.08.2014

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Le ministre de l'Éducation québécois, Yves Bolduc, se retrouve à la place du cancre : la semaine dernière, au cours d'une interview, l'homme politique s'est exprimé sur les budgets des établissements scolaires, et s'est interrogé sur les achats de livres. Une remise en cause qui n'est pas passée auprès des enseignements, syndicats et autres fédérations, qui rappellent à l'ordre le membre du gouvernement.

 

« Pognée » signifie « coincée », NdR : parodie sur la page Facebook

appelant à l'envoi de livres au ministre Bolduc

 

 

Dans les colonnes du Devoir, les propos du ministre rapportés noir sur blanc en ont fait voir de toutes les couleurs. Interrogé sur les restrictions de budget successives, il assurait qu'il serait bon de revoir globalement leur répartition. Notamment pour l'achat de livres pour les bibliothèques : « Il n'y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s'empêcher de lire, parce qu'il existe déjà des livres », lâchait-il en évoquant une baisse des acquisitions.

 

Dès le lendemain, le premier ministre québécois, chef du gouvernement libéral, se trouvait contraint de modérer ces propos, très mal reçus de tous les côtés : « Un enfant n'a jamais assez de livres », assurait-il. 

 

Plusieurs mouvements se sont spontanément créés sur les réseaux sociaux : des internautes ont choisi de partager leur bibliothèque personnelle, jugée plus fournie que celles des établissements scolaires, quand un concours sur Facebook appelle à l'envoi de livres au cabinet, à Québec.

Comment faire :
Allez au bureau de poste avec un superbe livre
Prendre en photo la couverture
envoyer le livre par colis à l'Adresse suivante :
Cabinet du ministre Yves Bolduc
Édifice Marie-Guyart
1035, rue De La Chevrotière, 16e étage
Québec (Québec) G1R 5A5 
Postez la photo du livre sur la page de l'évènement facebook
Appellez incessamment pour savoir si le ministre à reçus le livre (demandez s'il a reçus le vôtre, demandez à sa secrétaire le nom du livre pour etre sûre qu'il ne jette pas le colis sans l'ouvrir)
L'auteur de la photos qui recevra le plus de votes ''j'aime'' sur les réseaux sociaux gagnera un calin de ma part en costume d'anarchopanda.
Vous avez jusqu'au 11 septembre 2014 pour aimablement faire regretter au ministre sa lamentable gestion de son ministère et l'aider à s'éduquer un peu. Nous nous assurerons qu'Infoman fasse un suivit du dossier question que la tâche ''gestion de livres reçus par la poste'' prenne plus d'énergie que la tâche ''gestion d'enveloppes brunes''.

 

L'opération en fera sourire plus d'un. En mai 2007, l'écrivain Yann Martel s'était lancé dans une opération similaire, destinée cette fois au premier ministre Stephen Harper et à son « éducation personnelle ». À l'époque, les préoccupations se concentraient déjà sur les coupes budgétaires, concernant cette fois les programmes culturels.

 

« On est extrêmement inquiets pour la suite des choses. C'est pour cela qu'on veut guider Yves Bolduc pour sa rentrée scolaire. Un sérieux changement doit s'opérer », a proposé Louise Chabot, présidente de la CSQ. De nombreuses organisations professionnelles ont déjà réagi aux propos du ministre, sur un ton très vigoureux. « Le ministre Bolduc n'a aucune idée de l'état dans lequel se trouvent les bibliothèques scolaires », souligne ainsi la Fédération autonome de l'enseignement. La Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui rassemble de nombreux syndicats scolaires, entend toutefois travailler avec le ministre.

 

Les propos de ce dernier pourraient en effet être utilisés contre lui, en permettant de faire levier et de redéfinir sa politique, la situation est réellement préoccupante, assurent les observateurs. En cinq ans, les établissements scolaires du pays ont encaissé près de 800 millions $ de restrictions budgétaires, et 36 commissions scolaires ont fait état de déficits dans leur compte.

 

Le regroupement de certaines enveloppes ministérielles a également été dénoncé comme un stratagème pour réduire les budgets de manière larvée. Un « seuil critique » a été franchi dans les restrictions budgétaires, estiment les différentes organisations : « Le réseau public est encore un très bon réseau parce que les enseignants se donnent à 100 %. [...] Nous tenons le réseau scolaire à bout de bras. Mais là, nous sommes épuisés », prévient Josée Scalabrini, de la Fédération des syndicats de l'enseignement.