Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Racisme, viol, ségrégation : Protéger les étudiants de livres dangereux

Nicolas Gary - 20.05.2014

Patrimoine et éducation - A l'international - étudiants - université - thématiques de livres


Une fois de plus, voici la preuve que la littérature est dangereuse : des étudiants américains réclament un message d'avertissement sur les ouvrages qui traitent de thématiques comme la guerre ou le viol. Une demande formellement enregistrée par l'université de Californie à Santa Barbara, mais qui aurait jailli à d'autres endroits. Parmi les livres concernés Things Fall Apart par Chinua Achebe, The Great Gatsby de Scott Fitzgerald, Mrs Dalloway de Virginia Woolf, et Le marchand de Venise.

 

 

Peligro

Daquella manera, CC BY 2.0, sur Flickr

 

 

Les élèves qui ont été confrontés au racisme, aux persécutions religieuses, à la violence ou encore aux tentatives de suicide sont nécessairement plus fragiles que les autres. Mais la lecture de livres qui évoquent ces sujets pourrait avoir des conséquences sombres, et raviver de douloureux souvenirs. Un étudiant de l'université Rutgers, explique qu'un compromis entre la protection des étudiants et la défense des libertés civiles « est impératif pour que les élèves de notre université puissent profiter pleinement de leur enseignement ».

 

Dans The Great Gatsby, par exemple, un « trigger warning » (avertissement spécifique), portant sur les sujets suicides, violence conjugale et violence graphique pourrait être apposé. « Les enseignants peuvent également étudier le passage du récit, en alertant leurs élèves que des sections ou des chapitres ont des contenus qui ne sont pas sûrs à lire. » De quoi permettre aux élèves de ne pas plonger soudainement dans des séquences violentes, ou susceptibles de heurter leur sensibilité. 

 

D'autant plus que, dans l'enceinte de la salle de classe, il devient compliqué, face au regard des autres élèves, de faire un malaise parce que le livre étudié réveille de douloureux souvenirs. 

 

Ce mouvement est manifestement apparu durant le printemps, dans différentes universités américaines, et plusieurs universitaires bouillonnent : on devrait tout de même, dans les facultés, faire un peu confiance aux professeurs. Et les avertissements apposés sur la couverture ou au dos du livre ont déjà été plusieurs fois débattus : « Tout type de politique d'avertissement sur la couverture est contraire à la liberté académique », estime une sociologue. « L'idée que les étudiants ne devraient pas être confronté à quelque chose qui les met mal à l'aise est absurde, voire dangereux. »

 

Depuis février, un premier témoignage a mis le feu aux poudres : une étudiante victimes d'abus sexuels a visionné un film contenant une scène de viol. Si elle-même ne s'est pas sentie choquée, elle a expliqué à son enseignant qu'il serait bon de protéger les autres élèves.

 

Bailey Loverin, étudiante en deuxième année à Santa Barbara, est alors devenue une sorte de porte-parole : « Nous ne parlons pas de quelqu'un qui se détourne d'une chose qu'il refuse de voir. Les gens ressentent tout à coup une menace très réelle pour leur sécurité - même si elle est perçue. Ils sont coincés dans une salle de classe d'où ils ne peuvent pas sortir, ou, s'ils tentent de la quitter, seront sous le feu du regard des autres. »

 

Pour les professeurs, la littérature est avant tout un révélateur que l'on étudie dans les classes, pour donner aux élèves un bagage culturel et analytique. Parvenir à déterminer quels sont les sujets choquants, ou le degré de sensibilité qu'il faut reconnaître pour apposer telle ou telle étiquette. Des contraintes qui semblent invraisemblables - et absolument impossibles à généraliser. (via New York Times)