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Redécouvrir Man Ray, poète de l'image aux côtés des surréalistes

Antoine Oury - 15.12.2016

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Man Ray photographe - Man Ray surréalisme - Man Ray André Breton


Photographe de l'expérimentation et du hasard, Man Ray a marqué son art en privilégiant l'expression artistique sur le besoin de fidélité dans la représentation du réel, rejoignant là les dadaïstes et les surréalistes dans leur lutte contre les valeurs établies. L'éditeur de livres d'art Benjamin Blanck propose de redécouvrir quelques œuvres de Man Ray dans un ouvrage qui se parcourt comme une exposition : 3 raisons de s'y plonger.

 

 

 

1. Man Ray, technicien et artiste de génie

 

C'est un accident qui conduit Man Ray à la découverte d'une technique photographique sans précédent, la rayographie : en posant des objets sur le papier photographique avant de l'exposer à la lumière, Man Ray capture d'étranges silhouettes, très contrastées. Quelques années plus tard, le photographe découvrira la solarisation après un autre accident, l'exposition d'un négatif à la lumière lors du processus de développement, ce qui inverse et amplifie les ombres et les lumières.

 

« Man Ray fait partie des premiers photographes à avoir manipulé et recadré les images et véritablement fait entrer la photographie dans l'art », explique l'éditeur Benjamin Blanck. « Auparavant, la photographie était surtout une affaire de documentaire, de journalisme pur. »

 

2. Man Ray, photographe poétique et de la poésie

 

Man Ray entretiendra tout au long de sa carrière des liens très proches avec les poètes et leurs œuvres. Cette relation commence en 1922 lorsque, quelques mois après son arrivée à Paris, Man Ray publie Les Champs délicieux, un recueil de douze rayographies en réponse aux Champs magnétiques d'André Breton et de Philippe Soupault. L'ouvrage, tiré à 40 exemplaires, est préfacé par Tristan Tzara, chef de file des dadaïstes.

 

 

Quelques années plus tard, il récidivera avec Paul Éluard pour Les Mains libres, un recueil né d'une véritable collaboration où écriture et dessin automatique célèbrent la liberté et l'amitié des deux hommes.

 

Si certains de ses projets s'inscrivent dans une démarche littéraire, d'autres utilisent les textes comme point de départ, « voire comme prétexte », précise Benjamin Blanck, notamment ses films : si L'Étoile de Mer (1928) reste assez proche du ton du poème de Robert Desnos, Les mystères du château de Dé, réalisé pour le vicomte de Noailles, reste éloigné du poème de Stéphane Mallarmé dont il tire son titre, Un coup de dé n'abolira jamais le hasard.

 

 

3. Il tira le portrait de fameux écrivains

 

Si la photographie la plus célèbre de Man Ray reste sans doute celle de Kiki de Montparnasse pour Le Violon d'Ingres (1924), l'artiste n'hésitait pas à vendre ses services au plus offrant : « Man Ray se considérant autant peintre que photographe, mais cette seconde activité représentait pour lui une activité commerciale qui lui permettait de vivre », explique Benjamin Blanck.

 

Grâce à Marcel Duchamp, Man Ray intègre les milieux des avant-gardes artistiques françaises très rapidement : parallèlement à ses travaux photographiques personnels, il vend ses services à des magazines pour la réalisation de portraits, se taillant rapidement une certaine réputation. « De plus en plus de collectionneurs et de personnalités de Montparnasse lui ont alors passé commande, ou ont accepté de poser pour lui. » Ce sera notamment le cas de Gertrude Stein, auteure et collectionneuse, Jean Cocteau, Tristan Tzara, Antonin Artaud, Louis Aragon ou encore André Breton.

 

Pour se procurer le livre des Éditions Benjamin Blanck, rendez-vous à cette adresse, ou sur le site des Éditions Benjamin Blanck.