Redistribuer les cartes de l'influence française à travers le globe

Julien Helmlinger - 24.03.2014

Patrimoine et éducation - A l'international - France - Influence culturelle - Diplomatie


Le rayonnement diplomatique d'un pays, à l'extérieur de ses frontières, passerait avant tout par des vecteurs culturels. Au rang des rencontres organisées par l'Institut français, au Salon du livre de Paris, l'une se consacrait à la présentation de l'Atlas de l'influence française au XXIe siècle, ouvrage de géopolitique publié l'an passé sous la direction de Michel Foucher. Avec la participation de ce dernier, de l'écrivain Benoît Peeters, du président de l'Institut, Xavier Darcos, et Isabelle Giordano pour ambassadrice journalistique, étaient évoqués ce dimanche les liens entre diplomatie et culture, que met en relief la cartographie du recueil. 

 

 

 

 

A ceux qui soutiendraient que l'auréole nationale va périclitant à l'étranger, en ce début de troisième millénaire, cet Atlas publié sous la direction de Xavier Darcos, ambassadeur pour la politique culturelle extérieure de la France depuis 2010, entend leur démontrer le contraire, cartes à l'appui. Selon l'ancien ministre, avec les changements apparus dernièrement dans les modes de communication, notamment l'essor du numérique et des réseaux, les nouveaux acteurs du rayonnement culturel seraient non seulement plus nombreux désormais, mais également moins eurocentrés. Le terrain du rayonnement culturel serait donc un véritable « champ de bataille » pour le politique, et la cartographie posséderait donc son intérêt stratégique.

 

Dans les cuisines de la diplomatie à la française

 

Pour Isabelle Giordano, ce terme d'influence est bien choisi, il exprimerait « une subtilité de notion, car il n'est pas forcément synonyme de pouvoir ». Parmi ses vecteurs, mis à l'étude par l'Institut français, figureraient donc les oeuvres culturelles, mais aussi le luxe et la mode, l'architecture comme le design, la langue nationale, et bien entendu la gastronomie. Un dernier point dont on ne pouvait douter, tandis que Charles-Maurice de Talleyrand, en son temps, expliquait déjà que le meilleur atout d'un diplomate résidait probablement dans les talents de son cuisinier...

 

En ce début de millénaire, la diplomatie d'influence serait devenue le principal axe de la politique étrangère du pays. Une sorte de poursuite de la résistance culturelle appelée autrefois de ses voeux par Charles de Gaulle, comme l'explique Michel Foucher. Il estime que le Salon du livre en est un exemple. Selon lui pour tout exposant étranger, « il faut être présent à Paris », tandis que les importations d'oeuvres françaises seraient en hausse à l'extérieur du territoire. L'Atlas entend donner la preuve de ces phénomènes, par les cartes plutôt que par les chiffres, pour davantage de visualisation. 

 

Quand Isabelle Giordano souligne le cas du cinéma français et ses grands noms que l'on vénère comme « dieux vivants », marché arrivant à saturation en France mais néanmoins toujours riche d'un avenir à l'international, Benoît Peeters estime que la plus grande génération de la pensée française s'est exportée principalement à travers des conférences ainsi que l'enseignement. Il évoque les années 1970 et des auteurs qui, même parfois perçus comme élitistes en France, auront eu leur part de rayonnement à l'étranger. Une influence artistique qui prend parfois du temps avant de produire son effet à distance, précise Foucher, car elle implique parfois des détours.

 

Des négociations subtiles à envisager

 

Ce dernier estime par ailleurs que  la langue française revêt une importance capitale, car elle véhicule une pensée et donc par extension, une culture. C'est pourquoi selon lui « il faut une véritable politique linguistique et une fierté de la langue comme de son partage ». Benoît Peeters rappelle la réalité actuelle de la pluralité des langages et l'importance de l'anglais choisi par Bruxelles, même si la francophonie institutionnalisée reste respectée, comme à Sotchi. Si certains intervenants parlent de guerre d'influence, l'écrivain n'aime pas ce mot. Il soutient que « promouvoir la francophonie, c'est se rendre audible. Le contrepoids que nous pouvons assurer est réel, politique au sens noble du terme. Ce qu'il faut, c'est envisager des négociations subtiles ».

 

Comme le réseau culturel national datait de la fin de la Seconde Guerre mondiale, il aura en premier lieu fallu redistribuer la carte des institutions françaises à travers le globe et, plus récemment, prendre un tournant technologique en mettant en place des plateformes numériques. « La concurrence est rude et la France est attendue », estime Foucher, car elle resterait la première nation littéraire. Cependant Isabelle Giordanno soutient quant à elle que « la France est un pays de bretteurs, de débatteurs et qu'elle est riche de débats plus intéressants que la Chine, peut-être parce qu'il y aurait là-bas moins de démocratie ».

 

Selon elle, « malgré l'excellence française en certains domaines, une absence de fierté nationale serait susceptible d'être problématique ». Quand Benoît Peeters, à qui nous laisserons le mot de la fin, souligne l'importance et la décence d'être « présent sans être conquérant, fier mais sans en devenir pédant ».