Regardez : la musique s'est plantée en criminalisant le partage

Clément Solym - 05.05.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - David Willetts - éditeurs universitaires - publication


Une guerre s'est dernièrement ouverte entre l'université de Harvard et les éditeurs proposant des revues scientifiques. L'augmentation des coûts d'accès à ces documents devait trop importante, y compris pour une université aussi prestigieuse - et richement dotée. « Une situation intenable » pour les bibliothèques universitaires, à laquelle fait écho aujourd'hui une déclaration du ministère britannique des universités. 

 

David Willetts, le ministre, déplore en effet qu'une augmentation des paywalls soit constatée chez les éditeurs scientifiques. Une approche contraire à ce que le gouvernement peut encourager, en proposant des sites où le public peut visualiser très simplement les articles et documents. Mieux : le cofondateur de Wikipedia, Jimmy Wales, a été sollicité pour apporter son expertise. Qui mieux que Wikipedia pourrait en effet conseiller sur la manière qui rendra les données accessibles de manière optimale ?

 

Mais le ministre était surtout chagrin. Le gouvernement déplore en effet que les universités et les recherches financées par les derniers publics soient protégées par un mur de paiement, passage obligatoire pour les consommateurs. Alors que l'argent vient des contribuables, ces derniers se voient l'accès interdit, dès lors qu'ils ne disposent pas des codes d'accès nécessaires. 

 

Ce discours, lancé devant les 100 éditeurs présents, à l'occasion de la réunion annuelle générale de la Publishers Association, aura fait son effet. Soucieux d'ouvrir une nouvelle ère pour la découverte et la collaboration universitaire, le ministre entend bien donner au Royaume-Uni la chance d'être à la pointe de l'Open Research. « Le défi est de savoir comment nous y parviendrons sans ruiner la valeur ajoutée des éditeurs universitaires. »

 

 

 

Car il n'est pas question de nier cette valeur apportée aux publications scientifiques, cependant, le profit qu'ils pourraient retirer des relectures par d'autres experts n'est pas non plus négligeable. Londres, à ce titre, est un secteur important dans le domaine de l'édition, et Willits souhaiterait vraiment qu'elle se remette un brin en question. D'un côté, il faut donc reconnaître l'importance de l'accès gratuit, et de l'autre, le gouvernement s'assurera que les fonctions et investissements des éditeurs soient correctement financés. Dans cette bonne intelligence, il sera permis alors « au secteur de l'édition de rester un important contributeur à l'économie du Royaume-Uni ». 

 

Une première solution est actuellement à l'étude, avec deux classifications : vert et or. La première donne un accès exclusif aux abonnés au terme duquel les articles sont accessibles par tous. L'autre envisage un financement différent, pour autoriser une consultation immédiate. Les solutions ne tombent cependant pas du ciel, et il faut évidemment expérimenter pour obtenir des résultats qui seront au fil du temps, plus probants pour le gouvernement, les utilisateurs et les éditeurs. 

 

De même, la question du prix ne doit pas être perdue de vue. « Ouvrir l'accès aux documents n'est pas une fin en soi, c'est un moyen tendant vers une fin », souligne le ministre. Il faut avant tout penser aux moyens de rapprocher le grand public, autant que possible, des connaissances et découvertes réalisées par les secteurs de la recherche et des sciences.

 

Reste que camper sur ses positions ne permettra à personne de maintenir la qualité de ces publications. « Tenter de préserver l'ancien modèle, c'est le mauvais combat à mener. Regardez comment l'industrie musicale s'est perdue en cherchant à criminaliser les jeunes avec le partage de fichiers. Ce sont des sociétés extérieures au monde de la musique, comme Spotify ou Apple, par iTunes, qui ont travaillé sur un modèle économique viable donnant accès à la musique pour tous sur le net. Personne ne souhaite voir ce destin s'abattre sur le secteur de l'édition. »  

 

De son côté, la Publishers Association avait diffusé un communiqué en réponse, estimant que des initiatives similaires existent en bibliothèque, ou par le biais d'achat à l'article, répondant aux demandes existantes d'accès aux documents. Néanmoins, la consultation n'est pas encore possible dans les bibliothèques publiques, notait le ministre. C'est que cette solution implique le paiement d'un abonnement, et l'on retombe dans les préoccupations de Harvard, à ce moment.