Réjean Ducharme, Goncourt 1966, entre dans le domaine public au Québec

Clément Solym - 12.08.2016

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Consacré prix Goncourt 1966, le livre de Réjean Ducharme, L’avalée des avalés, était pourtant un premier roman. Les droits avaient été achetés par les éditions Gallimard qui connurent la consécration de la rentrée littéraire, cette année-là. Et cinquante ans plus tard, voici que le livre entre dans le Registre du patrimoine culturel du Québec. 

 

 

 

Cette entrée dans le Registre signifie que le livre est désormais versé dans le domaine public, mais attention : uniquement pour le Canada. En France, la durée de protection du droit d’auteur est de 70 ans après la mort de l’auteur.

 

« La parution du roman de Réjean Ducharme, L’avalée des avalés, le 16 septembre 1966, dans la collection Blanche de l’éditeur français Gallimard, est un événement qui vient bouleverser le monde littéraire québécois. Cette œuvre apparaît dès sa parution comme un classique de la littérature québécoise. Le récit présente le monologue intérieur d’une jeune fille, Bérénice, qui rejette le monde des adultes et les valeurs traditionnelles », explique le Registre. 

 

« Tout m’avale. Quand j’ai les yeux fermés, c’est par mon ventre que je suis avalée, c’est dans mon ventre que j’étouffe. Quand j’ai les yeux ouverts, c’est par ce que je vois que je suis avalée, c’est dans le ventre de ce que je vois que je suffoque. Je suis avalée par le fleuve trop grand, par le ciel trop haut, par les fleurs trop fragiles, par les papillons trop craintifs, par le visage trop beau de ma mère. Le visage de ma mère est beau pour rien. S’il était laid, il serait laid pour rien. Les visages, beaux ou laids, ne servent à rien. On regarde un visage, un papillon, une fleur, et ça nous travaille, puis ça nous irrite. Si on se laisse faire, ça nous désespère. Il ne devrait pas y avoir de visages, de papillons, de fleurs. Que j’aie les yeux ouverts ou fermés, je suis englobée : il n’y a plus assez d’air tout à coup, mon cœur se serre, la peur me saisit. » L'avalée des avalés, Réjean Ducharme

 

 

L’ouvrage avait stupéfait : en rébellion contre un ordre installé, Ducharme mettait en mouvement un univers explosif. Un reflet du Québec des années 60, dont les valeurs se modifiaient ostensiblement – sur fond de métaphores saluées pour leur puissance. Depuis, il reste comme l’un des romans les plus emblématiques du monde littéraire québécois. 

 

« Comme Ducharme refuse de rencontrer les journalistes et ne souhaite pas intervenir sur la place publique, certains affirment que la publication d’un premier roman au propos aussi riche et aux références culturelles si nombreuses d’un auteur québécois de 24 ans, jusque-là inconnu du monde littéraire, cache un canular. Les théories sur l’identité de Ducharme se multiplient et l’éditeur, la maison Gallimard, décide d’envoyer un émissaire au Québec pour rassurer le lectorat français sur l’existence de l’auteur », poursuit le Registre. 

 

Aujourd’hui encore, l’auteur né le 12 août 1941 vit dans un anonymat très préservé.

 

« L’avalée des avalés est un emblème de l’effervescence de la littérature québécoise, et nous célébrons cette année le 50e anniversaire de sa parution. Son auteur, Réjean Ducharme, a su marquer l’imaginaire collectif grâce à son style novateur et à la richesse de sa prose. Par cette désignation, notre gouvernement souligne cet événement historique et réitère son engagement à mettre en valeur les grands jalons de notre culture », assure le ministre de la Culture québécois, Luc Fortin.

 

Cette décision est intervenue la veille de l’événement Le 12 août, j’achète un livre québécois, qui, pour sa troisième édition, incite à se rendre en librairie pour faire vivre la littérature et les auteurs. Un autre événement que le ministère a tenu à accompagner.