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Relire Yugen, la revue de poésie Beat publiée par LeRoi Jones et Hettie Cohen

Antoine Oury - 25.08.2017

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À la fin des années 1950, la poésie de la Beat Generation — qui ne s'appelle pas encore ainsi — se voit encore refuser l'accès aux arts américains. Trop vulgaire, sale et matérialiste, elle se heurte aux réticences des gardiens du temple. Pour y remédier et donner un support d'expression à la poésie Beat, l'écrivain LeRoi Jones crée en 1958 la revue Yugen qui, en 8 numéros, a imposé des noms comme Allen Ginsberg, William Burroughs, Gregory Corso ou Jack Kerouac.

 

La couverture de Yugen 1, dessin de Peter Schwartzberg, calligraphie de Rachel Spitzer

 

Avant l'assassinat de Malcolm X et son engagement tout entier auprès des Black Panthers, Amiri Baraka s'appelait LeRoi Jones et était l'un des meilleurs alliés de la Beat Generation. En 1958, il fonde la maison d'édition Totem Press, qui publiera Gary Snyder, Joel Oppenheimer ou encore Frank O'Hara. La même année, il lance le magazine Yugen, avec l'auteure Hettie Cohen, qu’il a épousée la même année.

 

Tandis que les comités éditoriaux de Poetry ou The Kenyon Review, très respectables revues de poésie, ne daignaient même pas jeter un œil aux écrits de Ginsberg ou Kerouac, LeRoi Jones et Hettie Cohen leur ouvrent grand les colonnes de Yugen. « Je l'ai créé, car je ne trouvais aucune publication dans laquelle étaient publiés les textes que j'aimais. Je me suis donc dit que je ferais mieux d'en créer une dans laquelle je publierais le genre de poésie que je trouvais intéressante », soulignait simplement Jones à propos de sa revue.

 

Dans le premier numéro de Yugen — « qui signifie élégance, beauté, grâce, transcendance des choses, et en même temps rien de tout cela », précise le sommaire — on retrouve notamment Stephen Tropp, LeRoi Jones, Diane Di Prima, Jack Micheline et Allen Ginsberg. Ainsi que Peter Schwartzberg, Tomi Ungerer et Hector Stewart aux illustrations, tout de même.

 

Dans les numéros suivants s'inscriront les noms de Gregory Corso, Gary Snyder, William S. Burroughs, Gilbert Sorrentino, Peter Orlovsky, William Carlos Williams, Hubert Selby et même Tristan Tzara...



 

En 1962, LeRoi Jones et Hettie Cohen mettent fin à la revue, qui a gagné un certain nombre de pages au fil des années, en se félicitant d'avoir accompli leur objectif initial : la poésie Beat est désormais connue et reconnue.

 

Redécouvrez International Times,
le journal de la contre-culture londonienne

 

Les 8 numéros de Yugen sont à retrouver sur RealityStudio.