Russie : autodafé d'ouvrages publiés par la Fondation Soros

Cécile Mazin - 15.01.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - autodafé liberté - Russie livres - Fondation Soros


La Fondation du milliardaire George Soros, originaire de Hongrie et citoyen américain, vient d’être victime d’un autodafé. Dans une université du nord de la Russie, 53 manuels proposés par son ONG ont été brûlés. Les livres appartenaient à un programme de rénovation de l’enseignement humanitaire dans les établissements. 

 

Courrier officiel du ministère de l'Éducation de la République des Komis, condamnant les ouvrages de la Fondation

 

 

Quelques semaines après que l’organisation a été interdite en Russie, considérée comme « une menace pour la sécurité » par les autorités, cet autodafé exacerbe les tensions. Au cœur de la République des Komis, les bibliothèques universitaires ont été perquisitionnées, sur ordre du ministère de l’Éducation local. Les ouvrages de la Fondation Soros étaient prioritairement recherchés.

 

En tout, 53 ouvrages liés au programme Renewal of Humanitarian Éducation ont été saisis, et selon le courrier officiel, 427 autres ouvrages, non identifiés, sont destinés aux broyeurs. 

 

Selon les messages émanant du gouvernement russe, les organismes de bienfaisance liés à Soros sont accusés de former « une perception pervertie de l’histoire et donne des orientations idéologiques étrangères à l’idéologie populaire russe ». 

 

Deux branches ont été spécifiquement ciblées par le bureau du procureur général du pays, l’Open Society Foundations (OSF) et l’Open Society Institute (OSI). Elles sont recensées sur une liste d’organisations non gouvernementales jugées indésirables sur le territoire. 

 

La première avait rencontré ses premiers problèmes avec les autorités en juillet 2015 : le gouvernement avait laissé entendre que ses méthodes ne convenaient pas. Avec d’autres organisations prodémocratiques, OSF fut soupçonné de répandre un vent d’insurrection dans le pays. 

 

"D'étranges associations historiques"

 

En dépit de cette hostilité manifeste, le ministre de la Culture russe Vladimir Medinsky a dénoncé l’autodafé, considérant comme « totalement inacceptable » que l’on brûle des livres. Évidemment, le ministre déplore ce que le geste peut avoir de terrible et surtout, « il provoque d’étranges associations historiques ». 

 

Et d’ajouter : « Dans son principe, l’autodafé est identique à la destruction de monuments. »

 

Vladimir Medinsky, connu pour sa loyauté à l’égard du Kremlin et différentes dénonciations d’activités artistiques antipatriotiques, a nié que son ministère soit impliqué dans cette histoire. « J’ai demandé les livres, et nous clarifierons ce qui s’est passé. »

 

Leonardo Bernardo, directeur général pour l’Eurasie et directeur de l’OSF, apprécie l’intervention et la condamnation ministérielles. « Mais que cela soit possible, malgré tout, démontre une opposition à la liberté intellectuelle en Russie de nos jours – une tendance qui doit être renversée sans attendre. »

 

Quant au directeur de l’une des bibliothèques où les ouvrages furent saisis, Yeleva Vasilyeva, il se souvient que les documents étaient en place de longue date. « Je travaille ici depuis 11 ans et les livres étaient présents avant mon arrivée. Personne ne les a jamais empruntés : ils étaient conservés dans un entrepôt. »

 

(via 7x7, Moscow Times)