Russie : des carnets à l'effigie de Staline

Clément Solym - 03.04.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - Staline - cahiers - Alt


Un charmant carnet où figure Staline en tenue militaire avec le décorum qu'on lui connaît bien... Ça vous tente ? La série de cahiers éditée par Alt prétend en fait présenter les 20 « plus grands noms de l'histoire russe ». Ainsi, aux côtés de Staline figurent Lénine, Yvan le terrible, ou encore Youri Gagarine.

 

Autant dire que l'hommage n'est pas du goût de tout le monde. « Quoi que vous pensiez de cet homme, personne ne peut nier le fait que beaucoup de personnes sont mortes sous Staline. Si son visage apparaît sur un cahier d'écolier, cela revient, selon moi, à mettre une svastika hitlérienne », estime Serguei Volkof, membre du comité de la Public Chamber en Russie.

 

Viktor Kruglyakov, appartenant à la commission pour l'éducation à la Douma, est encore plus outré. « Staline est un criminel, un tyran sanguinaire. Si ces cahiers arrivent en salles de classe, les enfants qui ne connaissent pas encore cette partie de l'histoire pourront penser que l'on peut tuer beaucoup de monde et rester quelqu'un d'admirable. C'est très dangereux ».

 

Quelle intention se cache derrière l'usage de la figure de Staline dans une ligne de cahiers ?

 

 

Succès commercial

 

L'éditeur du cahier, pas mécontent de son petit effet, s'est dit satisfait des ventes du cahier, qu'il décrit comme un succès commercial. Il prétend par ailleurs que l'avis de la Public Chamber ou de la commission au Parlement ne reflète pas fidèlement l'opinion du public au sens large en Russie.

 

« La Public Chamber n'est pas un corps législatif, et ne fait qu'exprimer l'opinion personnelle de ses membres », estime Artyom Bilan, directeur artistique chez Alt. « Leur opinion est en parfais désaccord avec ce que pense la majorité des citoyens russes ».

 

Cette nouveauté prouve que certains hommes dont l'influence sur leur pays est avérée, surtout quand elle a été destructrice, sont en passe de devenir des personnages, des objets pris hors contexte. Ici, l'ancien chef d'un état totalitaire est le sujet d'un commerce qui omet de mentionner que "Staline a tué".

 

Il n'y a qu'un pas entre un "innocent" cahier et de la propagande, comme le note le Guardian, qui relève que la restalinisation de l'opinion fait son chemin. Une station de métro moscovite ouverte il y a trois ans porterait sur ses murs une citation du Petit Père des Peuples...

 

La pérestroïka ne l'avait probablement pas vu venir.