Sanditon : Jane Austen, à l'origine du roman balnéaire ?

Clément Solym - 25.07.2019

Patrimoine et éducation - A l'international - Jane Austen roman - Sanditon ville - mer roman


L’avantage des classiques réside dans leur inépuisable source d’interrogations : Kathryn Sutherland, qui s’est chargé de l’édition de Sanditon, l’œuvre inachevée de Jane Austen, quatre mois avant sa mort, vient de rééditer l’ouvrage. Abandonné, certes, mais avec un prisme cette fois inédit.

Walking on the sea
Daniela De Blasis, CC BY ND NC 2.0


Ce n’était pas la première fois, avec Sanditon, que Jane Austen se représentait des personnages en bord de mer. Dans Persuasion, achevée quelques mois avant le début de Sanditon, c’est sur la côte du Dorset, à Lyme Regis, que l’on retrouve ses personnages. Et ainsi de suite dans Emma, qui n’a jamais vu la mer, devenue alors objet de convoitise…

Sauf que Sanditon, qui sera délaissé en mars 1817, c’est tout le bord de mer qui devient figure du roman. Comme si ce lieu était devenu un sujet pour la fiction moderne — tel que pour les décennies qui suivront, il sera utilisé.
 
Les romans de bord de mer partagent évidemment leur vie entre l’horizon et le rivage, lieux de transfert, ligne trouble, mouvante, où les paysages romantiques succèdent aux calamités sentimentales. Face aux vagues, l’humaine nature nous rattrape, et l’on prend peut-être mieux encore la mesure de ce que l’on n’est pas grand-chose. Lieu propice donc à l’introspection.
 

“And so castles made of sand, Fall in the sea, eventually” (Jimi Hendrix)


Dans Sanditon, des spéculateurs immobiliers, M. Parker et Lady Denham prévoient un projet moderne et ambitieux pour la côte, imaginant de développer une petite ville, en bord de mer, justement. Austen avait commencé le roman en janvier 1817, et, trop atteinte par la maladie, fut contrainte de le laisser là. Seule une cinquantaine de pages a été léguée. 

Mais ce que note l’éditrice, c’est l’omniprésence dans son œuvre de ce qui au cours du XVIIIe siècle est devenu un véritable enjeu : les stations balnéaires. Elles ont poussé comme des champignons, devenues populaires durant les longues années de guerres napoléoniennes. Dans Pride and Prejudice, elles exercent leurs attraits (autant qu’elles masquent leurs dangers), pour les adolescentes comme Lydia Bennett. Et ainsi de suite.
 
Austen elle-même confesse un goût pour l’eau, comme lors de son séjour à Lyme, en septembre 1804. « La baignade… était si agréable… je crois que je suis resté un peu trop longtemps », écrit-elle. Et selon les légendes colportées dans la famille, elle aurait également connu un amour de vacances, sa propre romance maritime. Un jeune homme dont la postérité n’a pas conservé le nom, rencontré durant l’été 1801. 

Sanditon serait d’ailleurs inspirée de plusieurs localités où Jane Austen passa quelque temps : Worthing, Eastbourne et Bognor Regis auront convergé pour créer la fictive bourgade. Sauf que l’univers de ce dernier livre entre caricature et raillerie — loin de la tonalité grave de Persuasion — dégage une atmosphère tout autre. Une ville construite sur du sable ressemblerait volontiers à un colosse aux pieds d’argile, dirait-on. 

Restent les spéculations sur le motif du projet : fragment d’une société, regard désabusé d’Austen sur l’Angleterre de 1817, propos sur un monde fragile, installé sur des bases friables ? Le roman sera prochainement adapté pour la télévision britannique. Peut-être d’autres réponses sont-elles à venir…

via Guardian


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