Sarkozy et Clèves réconciliés... contre la lecture numérique

Clément Solym - 01.03.2012

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - Nicolas Sarkozy - lecture numérique - manuels scolaires


On se surprendrait presque à fredonner 'Je retourne ma veste, toujours du bon côté', quand on entend désormais les propos du candidat-président Sarkozy. L'homme qui avait promis plus vite que son ombre, et appliqué la devise de Chirac * au pied de la lettre en rajoute une couche.

 

C'est au détour d'un meeting à Montpellier que le président s'est fendu de quelques considérations sur l'éducation et le monde scolaire. Mais ce qui est amusant n'est pas tant de recenser les contradictions de celui qui court après un nouveau mandat, plus vite que son ombre, mais plutôt la méconnaissance de l'univers contemporain et éducatif qu'il peut aujourd'hui démontrer. 

 

A l'école de MA République

 

Ainsi, notre président, encore au moins pour quelques semaines, assène, avec une assurance pas croyable : « Je préfère une école qui structure la pensée, qui élève l'esprit, à une école où chaque enfant a une tablette numérique offerte par le conseil général avec l'argent du contribuable, mais où personne ne se préoccupe de faire aimer les livres aux enfants. »

 

Les aventures de Sarkozix, publiées chez Delcourt

 

 

Cher président… Comme tu fais ici preuve d'un manque vulgaire de curiosité autant que d'intérêt pour l'avenir. Et comme tu nous prouves une fois de plus à quel point tu peux être réfractaire à la technologie… 

 

Surtout que ce discours de Montpellier, pour ce passage précis, débutait, selon le Nouvel Obs, par ces propos : « Je suis convaincu qu'à l'ère d'internet, Victor Hugo, Flaubert, Maupassant, Proust, ce n'est pas dépassé [...] Je suis convaincu que nous ne pouvons pas faire un plus beau cadeau à nos enfants qui passent tant de temps devant leur écran, que de leur faire aimer les livres. »

 

Des leçons à tirer, comme on tire les canards sauvages

 

Ah, ça, maintenant qu'il se met à lire, sur les conseils avisés de Carla Bruni-Sarkozy, passée désormais bibliothécaire en chef de l'Élysée, voilà que notre président auparavant rétif à l'idée d'ouvrir La Princesse de Clèves, serait aujourd'hui convaincu par les grands romanciers du XIXe siècle ? 

 

Et surtout, qu'il conviendrait que faire du gringue plus attentivement aux éditeurs, en valorisant le livre papier, et moins aux équipementiers et fabricants de tablettes ? Il est vrai que, tout attaché à raconter un peu ce qui lui passe par la tête, Nicolas Sarkozy proposait en effet aux éditeurs de former une organisation professionnelle, pour racheter l'ensemble des magasins de FNAC, mi-janvier

 

Ce même président, qui s'était fait épingler dans les règles de l'art par Antoine Gallimard, à l'occasion de la Foire du livre de Brive-la-Gaillarde. C'est que l'homme, également président du Syndicat national des éditeurs, avait déploré, en plein milieu de la visite de François Hollande, que Nicolas Sarkozy « n'ait jamais eu le temps de venir au Salon du livre de Paris ».

 

Chapeau le Melon, et talonettes de cuir

 

Eh oui… Alors, évidemment, comment se dire que les éditeurs de manuels scolaires ne sont pas les premiers ciblés avec ces histoires de tablettes qui ne font pas aimer les livres ni la lecture ? 

 

Mais ce n'est pas tout. Et finalement, les paradoxes de l'homme rattrapent toujours le journaliste qui aurait souhaité y échapper : Nicolas Sarkozy ne sait plus ce qu'il raconte, force est de le constater. Parce que dans les propositions du Projet 2012 de l'UMP, parti qu'il est censé incarner, représenter et défendre, que peut-on lire à la 9e entrée ? « Généraliser dans tous les établissements l'usage du manuel numérique » 

 

Une proposition qui date du 28 juin 2011, certes, et on sait, en Sarkolandie, combien une année peut être volatile. Mais enfin, il est bien écrit ce qui suit : 

 

« En 2009, le Ministère a lancé une expérimentation « manuels numériques et ENT » dans 65 collèges issus d'une vingtaine de départements équipés d'un ENT.


Grâce à des crédits spécifiques (près de 1300€ par classe), cette expérience a permis à chaque collégien d'avoir accès à 4 manuels numériques. Le rapport parlementaire de Jean-Michel Fourgous rappelle que le manuel numérique est l'aboutissement d'un partenariat public-privé étroit, mené entre le ministère de l'Éducation nationale, les conseils généraux, les éditeurs scolaires, les plateformes de diffusion des manuels et les éditeurs de solutions d'ENT.


Le manuel numérique apporte une nouvelle pédagogie et favorise un suivi plus personnalisé du travail de l'élève. Il doit permettre un meilleur apprentissage, grâce notamment aux liens hypertextes. Cet outil a également pour avantage, d'alléger le poids des cartables des élèves. »

 

 

Ce qui nous ramène bel et bien à la fameuse sentence de Chirac…*

 

* Les promesses n'engagent que ceux qui les croient…