Sauver le Grenier des Grands-Augustins : Hidalgo et Valls interpellés

Cécile Mazin - 14.04.2014

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Anne Hidalgo - Manuel Valls - Grenier


Alors que l'Éducation artistique compte parmi les fers de lance de la ministre de la Culture, Opinion International se fait l'écho d'une lettre ouverte, adressée à Anne Hidalgo et Manuel Valls. Mais si elle avait eu des origines espagnoles, Aurélie Filippetti aurait probablement eu l'occasion d'être interpellée autant que la Maire de Paris et le premier ministre. 

 

 

Guernica de Pablo Picasso , mesure 7,82 mètres sur 3,35 mètres.

Guernica

marycesyl, CC BY NC 2.0

 

 

En septembre 2013, la rue de Valois avait annoncé 10 millions € de budget pour renforcer l'action culturelle et l'éducation artistique, auprès des différents acteurs :  les collectivités territoriales, qui sont les premières concernées par la mise en oeuvre du parcours d'éducation artistique et culturelle dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires ; tous les établissements publics et les partenaires du ministère organisés en réseau pour une action plus coordonnée ; le secteur public comme le secteur privé ; mais aussi toutes les forces de la jeunesse et du numérique, levier de création, l'innovation et d'éducation.

 

 

Monsieur le Premier ministre,

 

Madame la Maire,

 

Tous deux venez d'être élus et nommés à vos éminentes fonctions. Tous deux êtes nés en Espagne et avez choisi de vivre en France et à Paris. C'est également à Paris que Picasso peignit le plus important tableau du XXe siècle, Guernica, dans l'atelier constitué des deux derniers étages, où il vécut de 1937 à 1955 : 7, rue des Grands Augustins. À votre manière, vous êtes, Madame, Monsieur, des héritiers singuliers de Guernica et vos destins marchent sur les pas de Picasso.

 

Vous le savez, le Grenier des Grands Augustins est fermé au public depuis novembre dernier. En 2013, la Chambre des huissiers de justice de Paris, propriétaires de l'immeuble, en a expulsé le Comité national pour l'Éducation artistique qui, après avoir entièrement réhabilité en 2002 cet espace laissé en déshérence depuis l'expulsion du peintre, y a organisé des centaines d'expositions, concerts, lectures, et surtout accueilli des milliers d'élèves d'écoles, de collèges et de lycées dans le cadre d'ateliers pédagogiques. Toutes activités gratuites.

 

Selon nos informations, l'immeuble de la rue des Grands Augustins, mis en location, est menacé d'être transformé... en résidence hôtelière de luxe. Ce serait d'autant plus incompréhensible que l'un des héritiers du peintre était disposé à financer intégralement une Fondation qui aurait maintenu la vocation patrimoniale de tout le bâtiment, tout en satisfaisant, semble-t-il, les exigences financières des propriétaires.

 

Madame la Maire, Monsieur le Premier ministre, nous vous demandons solennellement d'user de votre pouvoir et de votre autorité pour instruire une procédure de classement en urgence du Grenier comme lieu de mémoire. Malgré les interventions du Président de la République, du président de l'Académie des Beaux-Arts, du précédent maire de Paris, du Conseil de Paris, du maire du VIe arrondissement et de très nombreuses personnalités, cette procédure n'a toujours pas 

 

été, à notre connaissance, activée. Pourtant, ce type de protection avait été engagé avec succès il y a quelques années pour préserver un célèbre restaurant des Champs-Elysées ! Nous savons que la commission régionale du patrimoine et des sites se réunira le 13 mai prochain pour décider d'une éventuelle extension de la protection de l'immeuble des Grands-Augustins. Il s'agit là de l'ultime chance de conserver ce lieu unique de l'histoire des arts.

 

Quel magnifique symbole ce serait si vous annonciez, au moment de la réouverture de l'Hôtel Salé, la préservation définitive du Grenier des Grands-Augustins, et son accessibilité au public.

 

Nous vous remercions de la bienveillante attention que vous pourrez porter à cette cause et nous vous prions d'agréer, Monsieur le Premier ministre, Madame la maire, l'expression de nos sentiments respectueux.

 

Pour signer la pétition, c'est à cette adresse