Shakespeare à tort et à travers : 400 ans de mythes et de légendes

La rédaction - 11.07.2016

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Beaucoup de choses ont été dites sur Shakespeare, le Victor Hugo national des Anglais. Plus que l’œuvre du dramaturge, c’est l’homme qui est à l’honneur cette année. 2016 célèbre en effet les 400 ans de la mort du grand William. Et en 400 ans… les mythes et légendes autour de la vie de Shakespeare ont eu le temps de se constituer, prospérer et enfler jusqu’au point de nous faire douter de l’existence même de Shakespeare. Des théories folles ont été élaborées autour de l’homme de lettres : on en a facilement parlé à tort et à travers. En 2016, que reste-t-il de la vie de Shakespeare, et, comment faire la part entre la réalité et la fiction ? Retour sur les légendes les plus célèbres… 

 

Par Mathilde de Chalonge 

 

Hamlet - oh Hamlet

Hartwig HKD, CC BY ND 2.0

 

 

Shakespeare n’a pas écrit ses pièces de théâtre

 

Shakespeare est un imposteur ! Ce mythe-là a la vie dure… Mark Twain, Sigmund Freud et Henry James ont douté de l’existence du dramaturge. Les arguments sont multiples : absence de mention d’œuvres littéraires dans son testament, inexistence de manuscrits d’époque, circonstances floues des années de formation du jeune artiste, variation de l’orthographe de son patronyme, manque d’homogénéité du style des œuvres...

 

Plusieurs avancent qu’en raison de son milieu social il n’aurait pas pu composer ses écrits. Une théorie soutient que le comte d’Oxford, Edward de Vere, aurait écrit les œuvres de Shakespeare. Si cette légende était très à la mode il y a quelques décennies, les universitaires d’aujourd’hui s’accordent pour la réfuter.

 

On ne sait pas à quoi Shakespeare ressemble

 

Les portraits de Shakespeare qui se revendiquent comme étant authentiques sont légion. Mais alors, pourquoi la forme de son visage change-t-elle selon les artistes ? Du dramaturge, on retient aujourd’hui la barbe, la moustache, le front un peu dégarni et les cheveux mi-longs. Ses traits ont souvent été caricaturés de façon à ce qu’il soit facilement reconnaissable.

 

Mais le Shakespeare en chair et en os, alors ? De quoi avait-il l’air ? On peut se fier au buste commandé par sa femme, Anne Hathaway, quelques mois après sa mort. Shakespeare est loin de répondre aux canons de notre époque : un peu joufflu, avec le cou épais, sa peau est plus sombre que le teint british traditionnel. Ses cheveux étaient longs et bouclés, mais surtout il arborait fièrement un bouc et une moustache bien peignée.

 

Shakespeare aimait les hommes

 

La plupart des sonnets d’amour de Shakespeare sont écrits à l’attention d’un homme. Le plus célèbre, le sonnet 18 (« Shall I compare thee to a summer day… ») est en effet adressé à un jeune garçon. Si aujourd’hui cela n’est plus dans les mœurs de louer ouvertement la beauté d’un autre homme, de s’émerveiller devant ses yeux ou sa peau, sans que la séduction n’entre nécessairement en jeu, les hommes élisabéthains n’avaient pas ce genre d’inhibition, qu’ils soient « straight » ou « gay ».

 

Les pièces de Shakespeare jouent souvent sur l’ambiguïté entre le masculin et le féminin. Les hommes de l’époque pouvaient aussi bien être attirés par les hommes que par les femmes, sans que cela ne soit considéré comme déviant ou exclusif l’un de l’autre : la société élisabéthaine était, en somme, extrêmement moderne.

 

Shakespeare était un self-made-man

 

On fait de Shakespeare un homme peu éduqué qui se serait construit tout seul. Une sorte de self-made-man avec une fraise. Considéré comme un autodidacte parce qu’il n’est pas allé à l’université et qu’il connaissait peu le grec ou le latin, Shakespeare et son œuvre ne sont pourtant pas sortis de nulle part. Bien qu’il ne fût pas un as du latin, il reçut une éducation très correcte, probablement à l’école de Stratford où il étudia la rhétorique, la littérature humaniste et antique ainsi que les langues anciennes. Certaines de ses pièces font état des salles de classe anglaises, comme dans Peines d’amour perdues ou Les joyeuses commères de Windsor

 

Shakespeare n’aimait pas sa femme

 

La pauvre Anne Hathaway est habillée pour l’hiver, et ce, depuis 400 ans ! En effet le testament de Shakespeare est connu pour lui léguer le « moins bon de ses lits » ! Dans la tradition de l’époque, le meilleur lit était réservé aux invités, alors que le moins bon était celui où le couple de la maison se retrouvait. Il avait donc pour dernière volonté de voir sa femme garder ce lit d’amour. Anne Hathaway et lui eurent trois enfants : un fils qui mourut à l’âge de onze ans, mais aussi deux filles qu’ils élevèrent ensemble. À la fin de sa vie, il abandonna sa vie à Londres pour se retirer paisiblement dans son cottage de Stratford, au côté de sa fidèle épouse. 

 

Shakespeare était un dramaturge… élisabéthain de surcroît !

 

Oui, bien sûr Shakespeare était un dramaturge… mais pas que ! Il était surtout le directeur d’un théâtre, The Globe Theatre, qui avait besoin d’écrire très vite pour mettre en scène de nouvelles pièces. Homme accompli, il montait également sur scène pour interpréter les personnages de ses pièces ou de ses dramaturges contemporains. En revanche, Shakespeare n’est pas resté célèbre pour son talent de comédien : il n’apparaissait que dans des rôles mineurs, comme le fantôme d’Hamlet.

 

William Shakespeare

Trevor Grant, CC BY 2.0

 

 

On dit également que Shakespeare est le dramaturge élisabéthain par excellence. Encore une fois, cela est faux : s’il commença sa carrière sous le règne d’Elizabeth I il la finit sous celui de James I. Ses premières pièces sont caractéristiques du genre élisabéthain, mais les dernières se sont adaptées au goût de l’époque. Iago dans Othello incarne le personnage jacobéen par excellence : à la fois intelligent, rusé et cruel, il se sert de la violence pour parvenir à ses fins, quand cela est nécessaire. 

 

Shakespeare était très connu en son temps

 

Shakespeare, s’il était connu en son temps, l’était pour sa position de directeur du Global Theatre, et non pas pour ses talents de dramaturge. À l’époque élisabéthaine et jacobéenne, les théâtres étaient nombreux, et la production de pièces très élevée. Les personnes qui se rendaient au théâtre n’avaient parfois aucune idée de l’auteur de la pièce. Plusieurs centaines de dramaturges travaillaient à Londres en même temps que Shakespeare. Celui-ci était connu comme pouvaient l’être Jonson ou Kyd, des noms qui ne nous disent rien aujourd’hui. Ce n’est que bien plus tard qu’il acquit une telle réputation.

 

Shakespeare maniait les mots comme personne

 

On loue aujourd’hui Shakespeare pour la richesse de son vocabulaire et sa facilité à produire des jeux de mots. Si l’étendue de son vocabulaire a été estimée à environ 20 à 30 000 mots, il n’était pas le seul de son époque à manier la langue anglaise avec autant d’aisance. Une étude d’Hugh Craig, un universitaire spécialiste de l’époque, a comparé Shakespeare à ses pairs… Et celui-ci se situe tout à fait dans la moyenne. John Webster, Ben Jonson ou Thomas Middleton ont inventé autant de mots et de tournures heureuses que le plus célèbre dramaturge anglais. Encore un mythe qui s’effondre…  

 

Shakespeare écrivait seul dans son coin

 

L’écrivain du XVe et XVIe siècle diffère de celui du XXIe siècle. On parle souvent de Shakespeare comme d’une figure solitaire alors que l’on sait aujourd’hui qu’il a étroitement collaboré avec de nombreux dramaturges et écrivains de son époque. La collaboration était la règle à cette époque. John Fletcher, Thomas Middleton et George Wilkins furent ses trois amis de papier les plus proches. Les deux nobles cousins, Périclès, ou encore Macbeth furent écrits avec l’aide de ces dramaturges. 

 

Et vous, connaissez-vous d’autres folles histoires à propos de Shakespeare ?

 

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