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Sherlock Holmes : deux légistes ont inspiré le détective de Conan Doyle

Nicolas Gary - 13.05.2019

Patrimoine et éducation - A l'international - Sherlock Holmes - Conan Doyle - médecins inspirer détective


La carrière du plus célèbre détective de Baker Street — et le seul par ailleurs tant personne n’osa par la suite s’installer dans le quartier pour exercer la profession — a débuté en 1887. Avec Une étude en rouge, (A Study in Scarlet en VO), Arthur Conan Doyle associe le joueur de violon et cocaïnomane à Watson, son éternel binôme… Mais qui était le véritable Sherlock Holmes ?

Sherlock Holmes the invisible detective
Matt Brown, CC BY 2.0
 

Il n’aura fallu que quelques années au détective pour conquérir le lectorat : en 1893, le détective est au sommet de son art, mais son créateur décide de mettre à mort son héros. C’est à l’occasion d’un voyage en Suisse que lui vient l’idée de le précipiter dans les montagnes, pour un saut dans les Chutes du Reichenbach. 250 mètres de hauteur, de quoi se faire mal…
 

La mort, un éternel recommencement


Cette année-là, la mort supposée de Holmes paraît dans The Strand magazine, en décembre. La légende veut d’ailleurs que des lecteurs inconsolables aient décidé de se regrouper devant la rédaction, brassard noir autour du bras, pour marquer leur deuil… Conan Doyle, manifestement, n’éprouva aucun remords : il fallait se débarrasser du détective, pour enfin verser dans une littérature plus proche de celle de Walter Scott, poète et historien écossais. 

À l’époque où est publié The Final Problem, où meurt donc Holmes, se déroulait d’ailleurs un procès en Écosse, dont le lien avec Doyle n’avait manifestement pas été très bien perçu. La cour de justice d’Édimbourg jugeait un certain Alfred Monson, tuteur privé, accusé du meurtre de Cecil Hambrough, son élève. 

Dans la presse, l’affaire avait fait sensation, d’autant plus que le profil psychologique de Monson était loin de ressembler à celui d’un coupable idéal. Fils de bonne famille, il dénotait sévèrement.
 

De la tragédie au meurtre


La mort de Cecil intervient lors d’une journée d’été, alors que Monson part avec un troisième homme mystérieux à la chasse en forêt. Cecil n’en reviendra pas, pour cause de balle perdue dans la tête. Le médecin plaide pour une tragique méprise, et l’on enterrera Cecil peu après, dans l’église familiale de son île natale de Wight. 

Sauf qu’avec le temps, on remarque que la famille Monson, chez qui vivait Cecil, a souscrit à des polices d’assurance, liées à leur pensionnaire. L’accident devient alors meurtre, le corps de l’adolescent est exhumé, et l’on procède à une enquête plus méticuleuse — aboutissant au meutre le plus notoire de l’ère victorienne.

De quoi raviver chez les fans de Doyle un certain ouvrage, Sherlock Holmes et le mystère de la vallée de Boscombe, où un fils raconte la mort de son père dans un bois. Sauf que dès le début, on soupçonnait assez gentiment la progéniture d’avoir accéléré le trépas de son géniteur… 

Parmi les experts mandatés dans l’affaire Cecil Hambrough, on retrouve également deux figures, pionniers de la médecine légale, Joseph Bell et Henry Littlejohn. Lesquels ont inspiré la création de Holmes — il n’y a pas de hasard. Éminentes personnalités de la faculté de médecine de l’université d’Édimbourg, quand Doyle était lui étudiant en médecine, en 1876, ils prônaient l’analyse et l’observation, et surtout, le sens de la déduction. 
 

Un héros, trois esprits


« C’est très certainement à vous que je dois Sherlock Holmes », écrivit d’ailleurs Conan Doyle en 1892 à Joseph Bell. Et son nom, la même année, fut diffusé dans la presse comme ayant inspiré le détective. Or, Littlejohn resta dans l’ombre durant un long moment, manifestement à tort…

Principal expert légiste du pays, il avait travaillé comme assistant médical de Bell durant une longue période. Il officiait également comme chirurgien de la police et devint rapidement le premier interlocuteur en cas de décès suspect. Durant la seconde moitié du XIXe siècle en Écosse, il était présent sur la quasi-totalité des scènes de meurtres — et fut un grand ami de Bell.

Comment se fait-il donc que Conan Doyle ne lui ait jamais reconnu la moindre incidence sur son détective ? Eh bien, c’est en 1929, quelques années après le décès de Littlejohn que le romancier commença à lui attribuer quelques mérites. À l’occasion d’une conférence à Nairobi, au Kenya, il avoua même que les méthodes de Bell et LIttlejohn l’avaient conduit à envisager l’écriture d’un roman policier. 

L’auteur Daniel Smith vient de faire paraître The Adrlamont Mystery, essai dans lequel il remonte les causes et les effets autour de la conception de Holmes. 
 
« J’ai la conviction que Littlejohn a été délibérément écarté de l’histoire de la genèse de Holmes, afin de pouvoir poursuivre son travail principal sans entrave », indique l’auteur. D’ailleurs, Bell avait accordé un entretien dans un journal pour souligner qu’il collaborait avec Littlejohn durant une vingtaine d’années : Littlejohn le secondait précieusement pour aboutir à des conclusions plus précises. 

Que Bell ait alors fini par incarner l’homme qui avait donné les traits de Holmes permettait finalement à son acolyte de continuer à travailler sans être ennuyé. Or, l’affaire Ardlamont (du nom de l'endroit où Cecil mourut assassiné) avait joui d’un éclairage terrible, qui aurait pu être préjudiciable à Littlejohn. Car, finalement, ce sont bien deux hommes de science qui ont permis à Conan Doyle de concevoir son détective — le plus grand qui n’aura jamais vécu…


via Publishers Weekly


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