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Sicile : des vendanges selon Virgile

Julien Helmlinger - 23.08.2013

Patrimoine et éducation - A l'international - Sicile - Archéologie - Vin


Heureux qui comme Virgile sait récolter le raisin ? C'est du moins ce que vérifieront les scientifiques de l'Université sicilienne de Catane, entreprenant de planter des vignes et produire leur vin rouge à la mode de la Rome antique, et selon les préceptes décrits par le poète. Une équipe d'archéologues, prise en charge par le centre national de recherche de l'Italie, a planté ses cépages et prévoit ses premières vendanges d'ici quatre ans.

 

 

 

 

Comme le présente l'archéologue Daniele Malfitana, l'équipe s'apprête à chercher la vérité cachée dans le vin, une fouille pas banale menée à partir des méthodes décrites dans les textes anciens. « Nous sommes plus habitués à des fouilles archéologiques, mais nous voulions rendre la société plus consciente de notre travail, sinon nous risquons d'être perçus comme des extraterrestres. »

 

Leur processus de fabrication, entièrement bio évidemment, ne comprend aucune utilisation de produit chimique moderne, mais se fera avec des outils en bois similaires à ceux utilisés par leurs ancêtres Romains. Et d'ici quatre ans, les chercheurs estiment produire environ 70 litres de breuvage.

 

Leur vin sera placé dans de grands pots en terre cuite, en lieu et place de la fermentation en barriques. Des pots, traditionnellement assez grand pour contenir un homme, enterrés dans le sol et doublés à l'intérieur avec la cire d'abeille afin de les rendre imperméables. Des poteries qui resteront ouvertes à l'air libre pendant fermentation, puis scellés avec de l'argile ou de la résine. Un processus de fermentation naturelle du raisin, sans addition de ferments.

 

La méthode en question est tirée du poème des Géorgiques, dans lequel Virgile évoquait l'agriculture, mais s'appuie également sur les enseignements de Columella, un producteur romain du premier siècle après JC et qui auraient été suivis par des vignerons jusqu'au XVIIe siècle. Le point hasardeux de l'expérience réside dans le fait que les cépages ont changé avec le temps, et l'équipe a dû imaginer quel équivalent contemporain pourrait s'en rapprocher.

 

Comme les Romains avant eux, les archéologues produiront deux types de breuvage. L'un qui risque d'être un peu aigre comme celui de basse qualité autrefois réservé aux esclaves, et un autre plus fin, adouci à base de miel et d'eau, correspondant à l'antique nectar réservé à la haute société. Et Daniel Malfitana de souligner que dans la Rome antique, tout prétexte était bon pour se jeter un verre entre amis. Un programme archéologique atypique, qui vaut bien libations aux Dieux...