Statistiquement, il y a du vrai dans les personnages de l'Iliade

Clément Solym - 26.07.2012

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Iliade - épopées - réaliste


L'Iliade… le récit fondateur du peuple grec, et de l'Occident, par extension. Rédigé par un aède, un certain Homère, dont la légende voulait qu'il soit aveugle. Ou peut-être est-ce là une étymologie déformée : Celui qui ne voit pas, pourrait-on traduire. Et puis, la science vint, et déclara que les différents niveaux de langues dans le texte - et plus encore avec l'Odyssée - montraient clairement que plusieurs auteurs coexistaient. Homère n'était plus seul, voire n'était plus l'auteur des deux grandes épopées…




 

Cette transmission orale d'aèdes à aèdes, puis des textes aura forgé l'esprit des Grecs, et des Romains à leur suite, mettant en scène ces héros légendaires : Achille, Ulysse, Agamemnon, Ménélas, Hélène, la belle prise pour une poire, et d'autres encore. Mais entre mythologie et réalité, loin des rêves de l'archéologue allemand Schliemann, convaincu d'avoir trouvé à Mycènes le masque d'or d'Agamemnon, en 1876, suite à des fouilles réalisées à la dynamite (eh oui…), quelle place pour le réel, dans l'Iliade ?

 

Eh bien… des chercheurs irlandais se sont penchés sur la question, et à travers une analyse statistique (sic !) et sophistiquée de trois textes canoniques, ils en ont déduit que trois personnages jouissaient de portraits assez réalistes, une fois supprimés les éléments fantastiques. De fait, leurs traits pourraient être composés d'éléments originaux.

 

« Nous ne prétendons pas que cela a réellement eu lieu, ni même que les personnes représentées, prises individuellement, dans les histoires, sont authentiques. Nous affirmons simplement que l'ensemble de la société (qui se dégage des récits) et les interactions entre les personnages semblent réalistes », assure Padraig Mac Carron de l'université de Coventry, spécialisée dans les Mathématiques appliquées. 

 

Une histoire de relations sociales

 

Pour parvenir à cette édifiante conclusion, les scientifiques se sont consacré à l'étude de trois épopées canoniques : Beowulf, l'histoire d'un guerrier scandinave, le Tain Bo Cualinge, ainsi récit épique irlandais, et donc, l'Iliade. Ils ont ensuite identifié des personnages, et établi les liens et les relations qu'ils entretenaient. 

 

« Dans ces trois mythes, le réseau de personnages dans l'Iliade a les caractéristiques les plus proches de celles constatées dans de véritables relations humaines. Cette similitude reflète peut-être la preuve archéologique nécessaire pour soutenir l'historicité de certains personnages », poursuit le mathématicien.

 

Car chez Beowulf, on se sent plutôt plongé dans l'univers Marvel, dans quelque chose qui serait l'âge de fer du monde comics, les personnages étant trop surhumains pour être réalistes. 

 

Ainsi, l'Iliade jouirait de personnages qui seraient l'amalgame de personnalités réelles, des héros locaux qui auraient fusionné, et que le temps se serait chargé d'investir de missions, de relations spécifiques avec les divinités, et ainsi de suite. 

 

Tout cela, vu grâce aux statistiques. 

 

Les archéologues contemporains seront ravis de l'apprendre, mais, souriants, ils retourneront probablement à leurs fouilles, pour chercher des preuves un tant soit plus pragmatiques… (via PSMag)