Stendhal, Verlaine, Breton et Zola : Pierre Bergé devient mécène de la BnF

Nicolas Gary - 05.11.2015

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Le 11 décembre prochain doit avoir lieu la vente de la bibliothèque de Pierre Bergé. Cependant, sur l’ensemble des 1600 ouvrages qui seront proposés, l’homme d’affaires a décidé d’en retirer quatre. Ces derniers seront en effet destinés à des collections publiques, suivant la volonté de celui qui se présente comme mécène, annonce la maison.

 

 

 

Bruno Racine, président de la Bibliothèque nationale de France a su convaincre Pierre Bergé de retirer quatre des livres qu’il comptait vendre aux enchères, à travers la maison Drouot.

 

le premier manuscrit de Nadja par André Breton, 

les épreuves corrigées par Verlaine des Poètes maudits

les Maximes et pensées de Chamfort annotées par Stendhal, 

une édition originale du Docteur Pascal, d’Émile Zola, comprenant un envoi à la mère de ses enfants

 

Il s’agit tout de même d’une valeur globale estimée entre 3 et 4,3 millions €, souligne Drouot – l’exemplaire de Nadja est à lui seul estimé entre 2,5 et 3,5 millions €. 

 

« Écrit par André Breton en Normandie l’été 1927, Nadja est le récit de sa rencontre avec la jeune femme portant ce surnom, Léonie Delcourt, qui vécut un amour éperdu avec le fondateur du surréalisme. Peu après leur rupture, elle fut internée en asile psychiatrique, où elle passa le reste de sa vie. Comme le voulait la composition de Breton, ce manuscrit alterne les épisodes de son récit avec des photographies légendées par lui, des lettres de son amante, ainsi que d’autres documents. Ce texte, par lequel il réaffirme le propos du surréalisme, fut édité par Gallimard en 1928, avant une version remaniée en 1963.

 

Ces 25 feuillets, écrits en petits caractères très serrés, dont plusieurs passages sont raturés et corrigés, composent donc le tout premier jet. Breton céda le manuscrit dès 1928 à l’éditeur suisse Henri-Louis Mermod. Il disparut par la suite jusqu’à sa réapparition en 1998 chez Sotheby’s, à Londres, où l’acquit Pierre Bergé. »

 

Rendez-vous avec le public

 

Les deux premiers titres seront ainsi offerts à la BnF. « Dans la première édition des Poètes maudits (1884), Verlaine commente la vie et l’œuvre de Corbière, de Mallarmé et de son ami Rimbaud. En 1888, une seconde édition y ajoute Desbordes-Valmore, Villiers de L’Isle-Adam et Verlaine lui-même, présenté sous l’anagramme « le pauvre Lelian ». Comptant 300 corrections, dont une quarantaine d’ajouts, ces 54 feuillets, portant sur les deux éditions, sont donc fondamentaux pour l’histoire critique de cet ouvrage. »

 

Le troisième ira retrouver le fonds du Centre Stendhal, situé dans la bibliothèque municipale de Grenoble. Le livre était considéré par le romancier comme son ouvrage de chevet : il en avait d’ailleurs rogné les marges pour qu’il puisse entrer dans la poche de son manteau.

 

Enfin, est offerte à la maison de Zola à Medan « une édition originale du Docteur Pascal, le dernier ouvrage de la grande saga des Rougon-Macquart. Dans son envoi écrit le 20 juin 1893, Émile Zola y adresse un message plein d’affection à sa compagne, Jeanne Rozerot, "qui m’a donné le royal festin de sa jeunesse et qui m’a rendu mes trente ans en me faisant cadeau de ma Denise et de mon Jacques, les deux chers enfants pour qui j’ai écrit ce livre..." Le romancier avait en effet fondé une famille morganatique avec cette jeune lingère, avec laquelle il avait noué une liaison cinq ans plus tôt. »  

 

Cette  bibliothèque  tenue  secrète  –  elle  est  à  la  fois  la  part  la  plus  intime  et  la  plus personnelle des collections réunies par Pierre Bergé – n’a fait l’objet que de rares expositions confidentielles jusqu’à son dévoilement partiel à la Bibliothèque de l’Arsenal en 2013 : les pièces exposées étaient peu nombreuses, une trentaine, mais représentatives de l’esprit de la  collection. Car le lecteur est doublé d’un bibliophile attaché à la qualité des exemplaires (tirages  sur  grands  papiers,  reliures  contemporaines  de  l’édition,  annotations,  etc.)  et surtout aux liens et aux échos parfois insoupçonnés qui relient les œuvres entre elles.