Stéphane Bern : ouvrir des médiathèques vides ou rénover des églises en ruine?

Nicolas Gary - 17.09.2020

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Stephane Bern patrimoine - églises ruines chantier - bibliothèques vides ouvrir


Des Français amoureux, épris de leur patrimoine, la vision est celle de Stéphane Bern. Invité dans l’émission C’est à vous, sur France 5, le Monsieur du Loto déplore ainsi l’annulation des Journées européennes, prévues les 19 et 20 septembre. Mais pose aussi dos à dos l’ancien et le moderne…


 

Avec 14 millions de sites fermés au public, l’alternative de visites virtuelles pour préserver l’événement devient l’option privilégiée. Encore faut-il chercher des parades, ou le vouloir, souligne Stéphane Bern. « Je n’accuse personne, cette maladie nous touche tous. […] Les préfectures donnent des indications » qui permettent de malgré tout préserver une offre.

Et si l’on respecte les règles, tout se passera bien. 

Le passage dans l’émission donne également l’opportunité d’attirer l’attention sur les petites mains, celles du spectacle vivant, ou les guides conférenciers, privés de travail. « Parce que derrière les pierres, il y a des artisans, qui n’ont pas accès au chômage partiel. Ils ont besoin des chantiers du patrimoine : ils en vivent, mais peuvent en mourir. »
 

Sauver les emplois du patrimoine


Son Loto du Patrimoine aura rapporté 90 millions € en deux ans, et permis de sauver quelque 180 monuments. Dans le même temps, Roselyne Bachelot a annoncé quelque 600 millions — pour les monuments classés et protégés. « Je fais le job pour tous les autres », poursuit celui qui officie désormais sur Europe 1.

Et de souligner d’ailleurs que la ministre dispose de « l’assise médiatique, quand on a besoin d’arbitrages avec Bercy ».

Reste que l’on vit « un moment douloureux pour la culture », et paradoxal. « Nous sommes tous dans des trains et des avions bondés, avec un masque », note-t-il. Mais pourquoi empêcher plus de spectateurs dans les salles de théâtre ? La France aura tendance à « imposer des règles strictes et définitives », qui ne « sont pas respectées parce que pas comprises ». 

Même le président Emmanuel Macron sera sollicité pour le Loto. Et « s’il gagne, il ne peut pas garder l’argent. J’exigerai qu’il le rende au patrimoine ».



 
Tout cela était bel et bon, jusqu’à l’intervention de Philippe Besson, l’écrivain, peu amène sur les investissements proposés par le gouvernement dans la culture. Déplorant que sur les 100 milliards €, seuls 2 % soient dévolus au secteur, il souligne que « l’on regarde davantage vers le passé que vers l’avenir ».
 

Défense et illustration des “vieilles pierres”


La réaction est mesurée, mais l’agacement palpable : Bern rectifie, « durant des années, on n’a rien fait. 9 % du patrimoine est en péril grave ». C’est donc « la première fois » que l’on agit, en sauvant des traces du passé, y compris des maisons d’écrivains — comme celle de Colette — « un passé très récent, un patrimoine contemporain ».

Et de rappeler que sous ce nom de patrimoine, on parle aussi d’identité, « de convivialité dans les villages, des régions entières dans les territoires ruraux qui en vivent ». Et puis des femmes et des hommes, soit 35.000 emplois et des dizaines de milliers impactés.

Quant à parler de vieilles pierres, « non. C’est de la culture gratuite à portée de main. Ça me déchire le cœur de voir dans certains villages ruraux des églises qui tombent en ruine », reprend-il. « Alors… qu’est-ce qu’on va faire ? Une médiathèque où il n’y a personne ? » Avant de conclure : « On marche sur la tête, parfois. »

ActuaLitté a tenté de joindre l’Association des Bibliothécaires de France pour une réaction.

La chose aurait pu s’arrêter là, et sentir le vilain dérapage. Mais Bern en rajoute une couche : « Vous êtes allé à la Bibliothèque François Mitterrand », interpelle-t-il, en s’adressant aux présentateurs de l’émission ? Et reprenant les propos de l’animatrice : « Oui, pour faire du roller à l’extérieur avec les enfants. Or, le patrimoine se partage avec les enfants, avec tout le monde. »

Rires de connivence, ou de dépit... on ne saura jamais.
 

 
 

mise à jour 18h50 : 


L'intéressé s'est retrouvé au coeur d'une avalanche de messages, de soutien ou de critiques : « Je crains d’avoir été mal compris... d’autant que j’ai créé moi-même une bibliothèque médiathèque ! Sans doute n’ai-je pas été assez clair ou trop provocateur, mais il n’y avait aucun mépris pour les livres et les bibliothèques... bien au contraire », indique-t-il à ActuaLitté. Et répondant aux interrogations, il ajoute : 
 



Commentaires
Il y a des endroits de campagne, et même de villes de taille moyenne, qui manquent cruellement de bibliothèques ou médiathèques. Il y a aussi beaucoup de villages dont les belles églises sont en bon état mais qu'on ne peut visiter parce qu'il n'y a plus personne pour les garder (donc il y aurait des vols). Alors à quoi bon réparer des églises qui resteront fermées ? Mais des bibliothèques et des médiathèques, là où il n'y en a pas, il y aurait du monde qui y viendrait.
@ Alina



« À quoi bon réparer les églises ? »

Parce que tout simplement, c'est la loi. En 1905, sous prétexte de laïcité, l'État français s'est approprié par la force tous les biens du clergé français : non seulement les églises, mais aussi tout ce qu'elles contenaient, les cures, les autres bâtiments (abbayes, hôpitaux, etc.) et les terrains. En valeur mobilière d'aujourd'hui, cela représente des centaines de milliard d'euros.

En échange, l'Église restait affectataire des églises seulement (c'est-à-dire seule autorité pour décider de ce qui pouvait se passer dans ces lieux) et l'État s'engageait à ENTRETENIR les bâtiments.

Aujourd'hui, l'État a failli. Près de dix mille églises sont dans un état catastrophique, faute d'entretien.

Alors, oui, on peut décider d'arrêter d'entretenir les églises. Pour cela, il faudrait revenir sur la loi de 1905 et, logiquement, que l'État rembourse ou redonne à l’Église l'ensemble des biens qu'elle a « confisqué ». Pour information, la plupart des mairies « chics » en pierre, des belles salles de villes, de nombreux bâtiments municipaux seraient à restituer. Sans compter sans doute un remboursement conséquent pour restituer des bâtiments en très mauvais état...
Entierement d'accord. L'Etat francais a fait main basse sur le patrimoine du clergé et n'a jamais ete capable d'honorer sa part du contrat en laissant "son" patrimoine å l'abandon. Il devrait aujourd'hui le restituer à l'Eglise catholique qui de toute evidence est meilleure gestionnaire...
Les mediathèques sont des lieux où petits et grands se retrouvent, où tous ont accès aux savoirds, à l'information, à la musique, à la vidéo.. Seul lieu qui permet d'avoir du lien social. Dans les petites villes et les campagnes les bibliothèques ne sont jamais vides. Est ce le cas des églises ? Pas sûr. Arrêtez donc de tout mélanger et de tout confondre. Je travaille en bib et lorsque je vois le bonheur que cela apporte aux lecteurs, croyez mr Bern que l'argent public est utilisé à bon escient, ne vous en déplaise.. À bon entendeur....
de la fumée pour nous maintenir loin des faits: la fondation du patrimoine, le loto, tout cela, ce ne sont que des tiques accrochés à l’infâme loi du mécénat qui permet aux gros poissons de verser quelques milliards en échange d'avantages fiscales. Donc on crée des bâtiments louis vuitton avec du fric public dans un parc public, on reconstruit des nôtres dames a mille fois le coût réel, mais on n'a pas d'argent ni pour démontrer pourquoi les bibliothèques c'est bien ni pour aider les précaires. De toute façon toute ce bande de parasites sera condamné à l’extinction si jamais la société se mettait à fréquenter plus les médiathèques et a réfléchir de manière critique.
@Loi 1905

en fait, l'État permet la survie de l'Église sous perfusion. Vu la fréquentation des églises, on imagine mal où l'Église trouverait les fonds pour les entretenir... les églises seraient dans le même état que la population de prêtres obligés de couvrir plusieurs paroisses, faute de vocations et de moyens.

Athée, j'aime bcp visiter les églises et je respecte les temps d'office ou de prière. Elles sont le témoin d'une ferveur passée depuis longtemps dégradée en emprise sur la société (pouvoir, économie...) et en diverses formes de fanatisme et de violences. Peut-être sa participation à la colonisation, à cette entreprise mondiale de négation de l'humanité, n'est-elle pas étrangère à cette dégradation ? Ou, autre type de domination, sa structure patriarcale est-elle une autre cause possible de dégradation ? Nier cette ferveur passée et ses survivances présentes serait une faute, prétendre qu'elle est comme au premier jour aussi. Le droit d'inventaire qui accompagne inévitablement toute perte de pouvoir n'a pas fini de s'exercer sur l'Église (entre autres instances !) et c'est une bonne chose. Il ne faut ni le regretter, ni vouer le passé aux gémonies. Et si l'Église n'avait pas tant investi dans le pouvoir, peut-être l'inventaire serait-il plus aimable ? Mais l'exercice d'inventaire est indispensable à celui au travail de la pensée qui nous fait progresser.
L'État ne permet pas du tout à l'Église de France de vivre sous perfusion : il faut arrêter de fumer la moquette.

L'Église vit du denier du culte, impôt volontaire créé par l'Église après la spoliation de tous ses biens et ses ressources en 1905. Le seul endroit où l'État finance le clergé est en Alsace qui n'a pas connu la loi de 1905 à cause de la défaite de 1870. Les Alsaciens se seraient rebellés contre l'État en 1918 si l'État avait voulu l'imposer !!!

Maintenant, en échange de ce vol, l'État s'est engagé à financer l'entretien des lieux (l'entretien, même pas le chauffage !), ce qui est de toute façon ce qu'il aurait fait en gardant l'affectation des églises. Même en revolant les églises aujourd'hui, ça ne changerait rien au budget de l'État. Sauf évidement à raser les églises.

Ce qui est sans doute le fond de votre commentaire, n'est-ce pas ?

Je propose que les gens qui soutiennent les bibliothèques fassent ce qu'a fait l'Église : qu'ils fassent une souscription volontaire auprès de leur adhérents pour financer leur activité.

Parce que c'est bien beau de quémander l'argent public, mais il ne tombe pas du... Ciel !
De 1905 ou autre, comme dit le Christ, "la loi est faite pour l'homme et non l'homme pour la loi". Les lois doivent évoluer avec le temps. En 1905, il y avait encore du monde dans les églises. Ce n'est plus le cas. Il est stupide de dépenser des fortunes pour entretenir des églises qui ne peuvent servir ni à la messe ni au tourisme, faute de fidèles et de personnel pour garder les lieux. Entretenons celles qui fonctionnent encore ou transformons en musées celles qui ne fonctionnent plus mais qui méritent, par leur qualité architecturale, d'être visitées (c'est loin d'être le cas de toutes). Quant aux médiathèques et bibliothèques, oui, elles sont précieuses pour tous les vivants et méritent, elles, des moyens. Le propos de Bern est ignoble.
« Entretenons celles qui fonctionnent encore ou transformons en musées celles qui ne fonctionnent plus mais qui méritent, par leur qualité architecturale, d'être visitées »

Au nom de quoi voulez-vous imposer encore une fois votre volonté aux chrétiens ? En 1793, il n'y avait plus de prêtres en France, le catholicisme était à l'agonie et toutes les églises non dirigés par un prêtre jureur avaient été fermée... Un siècle plus, tard, l'Église de France envoyait 100 000 missionnaires sur toute la planète...

Si l'on restitue à l'Église ses églises ET tout ce qui lui a été volé (il n'y a pas d'autres termes) en 1905, alors non seulement l'Église aurait les moyens de subvenir à ses moyens sans demander le denier du culte (« la quête »), inventé après 1905 parce qu'on avait coupé toutes les ressources de l'Église, mais aussi de réparer les églises que l'État a volontairement laissé à l'abandon.

Techniquement, l'Église pourrait très bien attaqué l'État - et gagner , car l'État viole la loi en ce domaine (et si elle ne gagne pas en France, elle gagnerait en appel à la Cour Européenne de Justice).

Bref, arrêtez de chercher des poux dans les églises de France. Que vous soyez athées ou agnostique, laissez les chrétiens tranquilles... À moins bien entendu que sous votre fausse bonhommie, vous ne cachiez comme bien des gens en France, une haine de l'Église.

Et alors, tous vos propos prennent un autre sens.

Si vous voulez avoir des sous pour les bibliothèques, demandez à l'État qui lèvera un nouvel impôt et assumez vos propos devant les contribuables. Mais si vous attaquez directement l'Église (une cible facile qui ne se défend pas en France), assumez vos propos avec courage (Je suis un nouveau petit Père Combe et je veux me taper toutes les églises de France !).

L'État a de l'argent pour financer les (nouvelles) mosquées (contre la loi de 1905 !!!)... Mais là, curieusement, vous n'avez pas l'air de trouver ça dommageable...
Qu'elle me méconnaissance du monde des bibliothèques !
SVP, n'attaquez pas les bibliothèques, sans elles je n'aurais pu apprendre tout ce que j'ai appris en complément de l'école, dès l'âge de 6 ans et encore maintenant dans de nombreux domaines, de quoi constituer un terreau permettant des choix et ensuite d'aller vers une spécialité.

Et pourquoi pas rénover des églises (vides)et en faire des bibliothèques (pleines), il y a des exemples je crois.
M. Bern a eu sans doute toujours de quoi s'acheter les livres les plus chers : sur l'histoire, l'architecture etc. Peut-être devrait-il lire davantage de littérature contemporaine (récits, romans, essais)....

On trouve le monde entier dans les médiathèques.
Redescendez sur terre ! Nous sommes en 2020, M.Bern ! On ne peut plus visiter un grand nombre d'églises en France et c'est un fait avéré. Les médiathèques, ce sont des lieux de culture accessibles au plus grand nombre car les collectivités territoriales ont pris le parti, pour un très grand nombre, d'accorder la gratuité. Vous qui vous gargarisez du mot "culture" devriez défendre avec la même ferveur ces médiathèques qui justement, proposent la Culture pour tous !
Infiniment dommage d'opposer le patrimoine, la beauté architecturale de tant de bâtiments et d'églises dans les villages français les plus reculés et attachants, et la nécessité des médiathèques et bibliothèques,vecteurs de culture et de convivialité indispensables y compris voire surtout en de tels lieux enclavés voire bucoliques, loin des métropoles !

Pétris de charme, de vraie beauté, parfois de poésie pure, ce qui n'a rien à voir avec une «France rance» vomie par des esprits non chagrins mais détraqués et tordus selon moi !

Rances en fait...!

Toutes considérations sociopolitiques au vestiaire, j'insiste fort.

Comme si aimer la nature nous rendait pétainistes !

Certains demeurés en sont persuadés.

Mais enfin ces deux pans de la culture française sont aussi essentiels l'un que l'autre...

Le patrimoine, l'âme d'un pays et d'un peuple et à côté de cela mais sans antagonisme -du moins il le faudrait ! - la culture vivante qui épouse son époque et permet de mieux la comprendre.

Plus d'argent en général pour TOUTE la culture, patrimoine et bibliothèques-médiathèques comprises, voilà bien ce qui importe !

Je reconnais que l'argument de Bern, dénoncé par Nicolas Gary en fin de chronique, était assez ahurissant de maladresse injuste.

Il a mis les deux pieds chaussés là de lourds sabots dans le plat indigeste des idées erronées, avec de grands clapotis sinistres.

Voyons Mr. Bern, vous valez infiniment mieux que cela !

Mais Besson a été assez lourdaud avant lui.

Lui aussi dans l'opposition stérile et indue.

J'approuve totalement l'action de Bern -très platoniquement puisque je suis belge mais amoureux (même transi) de la France depuis toujours -mais je trouve que sa cible, donc surtout la bibliothèque François-Mitterrand qui attire des chercheurs du monde entier dont votre serviteur ! -était vraiment mal choisie.

Dommage mais respect à Bern tout de même qui perd de l'argent personnel dans son combat, on ne peut plus passionné et sincère.

Et qui choqua des conservateurs en posant en couverture de «Paris Match» avec son compagnon Lionel en août 2017.

Ce qui prouve que l'amour du patrimoine et de la transmission ne doit pas être considéré comme un combat d'arrière-garde de réacs incurables.

Mais cet amour de la culture millénaire et tangible, organique même ne doit pas non plus être imperméable voire hostile à la culture d'aujourd'hui qui est un ciment social et culturel indispensable: les deux vont de pair selon moi.

Comme un binôme insécable.

La politique de la table rase et du refus du passé est une marque des régimes totalitaires, sous un vernis prétendument progressiste.

Quant à la suppression des lieux de culture actuels, ou du moins le gel ou la diminution voire suppression des crédits pour ces endroits, cela correspond souvent à la nuisible gestion de mairies gagnées aux conceptions extrémistes.

Deux dérives à éviter donc pour le bien de notre civilisation.

Et que la culture soit bien plus mise en avant que la 5G notamment-cette manne économique potentiellement dangereuse pour la santé- par le monde politique, à tous les niveaux de pouvoir, de tous bords politiques !

CHRISTIAN NAUWELAERS
Amoureuse du patrimoine et bibliothécaire retraitée passionnée par mon métier, je suis entièrement d'accord avec vos propos. Je ne comprends pas les propos de Stéphane Bern.
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