Streaming : Usophy, le Netflix des livres universitaires, en Italie

Federica Malinverno - 22.09.2020

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Lancée par deux étudiants, cette plateforme permet un accès illimité et à la demande à un catalogue de manuels universitaires en format électronique, conçu en fonction des besoins des utilisateurs.

Pontificia Universitas Lateranensis
 
 

Une plateforme low cost pour étudier


Elle s’appelle Usophy — Online University Library — et vise à devenir le Netflix des livres universitaires. Les fondateurs : Loris Gay, 23 ans, et Cris Pantea, 20 ans, étudiants du Politecnico de Turin, université d’excellence pour ingénieurs et architectes. Cette école a joué un rôle clé dans l’avenir de la start-up : avec la Compagnia di Sanpaolo, fondation turinoise d’origine bancaire, elle détient Liftt, financeur d’Usophie via un investissement de 300 000 €.

De plus, c’est I3P, incubateur et accélérateur d’entreprises innovantes du Politecnico de Turin, qui a incubé la start-up. Il s’agit encore une fois d’une structure d’excellence : spécialisée dans le soutien aux projets à haute valeur technologique et fort potentiel de croissance, elle a été reconnue comme le meilleur accélérateur public 2019 par le classement mondial Ubi Global des incubateurs et accélérateurs d’entreprises. 
 
Voici l’idée qui a séduit les investisseurs : utiliser le modèle de l’abonnement pour favoriser l’accès des étudiants aux manuels universitaires en format numérique. Le concept est simple et bien rodé : une fois créé un profil sur usophy.com, les utilisateurs choisissent le forfait qui répond le mieux à leurs besoins. Deux types de souscriptions sont possibles, comme nous confirme le CEO Loris Gay : « Premium, à 9, 99 € par mois, qui donne l’accès illimité à tous les contenus, et Smart, à un coût réduit et variable selon les livres choisis par l’utilisateur. » De plus, pour donner envie de découvrir la plateforme, l’accès illimité est offert pendant 7 jours d’essai gratuit.

Bien entendu, les ebooks ne pourront pas être ni téléchargés ni imprimés, car le principe est celui d’un agrégateur de contenus en ligne. 
 

Un catalogue diversifié, toujours en expansion 


Mais quels livres on peut trouver sur Usophy ? Pour l’instant, surtout des manuels de matières scientifiques, mais les fondateurs envisagent d’ores et déjà d’enrichir le catalogue avec des contenus destinés à tous les étudiants, quel que soit le cursus suivi : « Nous avons entamé des dialogues avec des éditeurs de titres dans les domaines juridique, médical et littéraire », confirme Loris. 

Un autre axe de développement prévoit d’intégrer des manuels scolaires pour le collège, lycée ou même l’école primaire, la mission d’Usophy étant d’accompagner les étudiants dans toutes les étapes de leurs apprentissages. « Je pense, par exemple, à des manuels de concours ou à des livres éducatifs pour les enfants. À cet égard, nous avons déjà lancé Usophy Kids (https://app.usophy.com/kids) pendant le confinement, un abonnement permettant aux parents et aux enfants d’âge préscolaire de lire ensemble en famille. »

Une entreprise dynamique, donc, qui a déjà fait ses premiers pas dans le marché du livre jeunesse, un des plus importants en Italie (246 millions de CA en 2019 selon le rapport réalisé pour l’AIE, Associazione Italiana Editori). 
 
Parmi les éditeurs ayant récemment signé un accord avec Usophy, on remarque Pearson Italia, branche de Pearson Education, groupe éditorial britannique de renommée mondiale, publiant des livres universitaires dans plus de 70 pays. Usophy se prépare donc à devenir accessible à l’étranger et à se lancer dans une aventure internationale ? Les indices semblent aller dans ce sens, mais cela ne nous a pas été confirmé par les fondateurs. 
 

Labo pour éditeurs et un nouveau modèle économique 


Mais quel est l’intérêt des éditeurs à participer à cette plateforme ? L’avantage est double : d’une part, obtenir des informations pour améliorer leur offre ; d’autre part, expérimenter un moyen inédit de diffusion et commercialisation. 
En effet « les éditeurs considèrent Usophy comme un “laboratoire” où ils peuvent observer comment les étudiants interagissent avec leurs livres » précise Loris. « Ils peuvent voir, par exemple, les paragraphes les plus soulignés, ou les sujets les plus révisés. » 



 
Par ailleurs, « ils ont aussi un avantage commercial à distribuer des livres avec nous », continue le fondateur. Ils perçoivent une redevance mensuelle, variable en fonction du nombre de lectures de leurs ebooks, et, en même temps, ils trouvent un allié efficace dans la lutte contre le piratage. 
 

Un outil contre le piratage


Une volonté clairement affichée par le CEO d’Usophy : « En proposant un modèle — le modèle de l’abonnement — qui peut amener de nombreux jeunes à lire sur écran des livres qui auraient été photocopiés au départ, nous voulons aider les éditeurs à regagner une part de marché lacérée par le phénomène du marché noir. »

En effet, le besoin réel auquel Usophy répond est la demande de la part des étudiants d’un moyen plus smart et économique pour étudier, qui rend accessibles des ouvrages souvent trop couteux (500/600 €) pour leurs portemonnaies. Une difficulté qui a été à l’origine du recours à la pratique illégale de la photocopie, et donc au piratage, responsable d’une perte de 528 millions d’€ en 2019 pour les maisons d’éditions italiennes (selon une étude de l’AIE à partir des données IPSOS 2019). 
 

Lecture sur écran et enseignement à distance : les défis à venir


Suite aux débats, déclenchés par la pandémie, sur l’enseignement à distance et l’importance du numérique dans l’industrie du livre, le modèle d’Usophy semble aujourd’hui complètement d’actualité. Il constitue une réponse au vent d’innovation qui souffle depuis quelque temps déjà dans le secteur de l’édition scolaire et universitaire : « les éditeurs connaissent une phase importante d’expérimentation et d’ouverture à l’accessibilité des contenus numériques », confirme Loris.

Ainsi, des propositions comme celle d’Usophy pourront constituer un nouveau modèle à la fois économique et pédagogique, susceptible de changer les habitudes des étudiants. Le « Netflix des livres universitaires » pourrait donc remporter son pari ? Pour l’instant tout semble bien parti, à condition que la lecture sur écran se développe encore plus dans les prochaines années. 


crédit photo : Carlos Correa Loyola, CC BY SA 2.0 - Pontificia Universitas Lateranensis


Commentaires
Voici une entreprise qui s'essaie avec un peu d'intelligence aux nouvelles exigences de la technologie. A priori, on peut lire les documents sur tous les supports (téléphone, tablette et ordi), ce qui est bien.

En revanche, le modèle économique me semble largement abusif. 10€ par mois, ça fait 120 € par an, soit un quart du budget « habituel » d'un étudiant (à tempérer : ceux qui ont fait des études sup ont largement traîné leurs guêtres dans les bibliothèques universitaires). Ceux qui achètent peuvent aussi revendre leurs livres (contrairement au lycée et au collège, les programmes de l'enseignement supérieur ne change pas toutes les 36 du mois) et donc amortir leurs achats. Enfin, on peut aussi garder ces livres comme un investissement pour sa bibliothèque personnelle (ce que j'ai fait).

Bref, c'est hors de prix pour du matérialisé qu'on ne pourra plus in fine consulter quand l'abonnement prendra fin (contrairement aux e-books). AMHA, c'est typiquement le genre de service qui devrait coûter 0,99 € par mois.

Mais bon, il faudrait d'un côté une vision plus moderne du monde et de l'autre côté avouer qu'un livre numérique, ça coûte que dalle à construire, produire et stocker. Et là, on touche un point extrêmement sensible de l'édition : elle veut faire du beurre avec le numérique sur le même modèle que le papier.

Entendu récemment par un éditeur : on ne peut pas toucher le e-book car il doit être identique au format papier ! (sous-entendu : on ne pas ajouter des pages à cause des contraintes d'imprimeur !!!!!!)

Le XXIe siècle, certains ont encore un peu de mal à y entrer. Je ne parle même pas des éditeurs qu'il faut contacter par lettre !
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