Théorie scientifique : pourquoi l'humour, c'est drôle ?

Nicolas Gary - 11.12.2015

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Les scientifiques sont d’attendrissantes créatures, soucieuses de percer les mystères de l’univers. Ceux de l’université d’Alberta se sont mis en quête de solutionner l’humour, et de théoriser mathématiquement le Dr Seuss. Pourquoi ses livres sont-ils drôles ? Les résultats ne sont pas si évidents, en réalité. 

 

Santa , I'm ready to lead ~ ~ ~ , #Flickr12Days

Trish Hamme, CC BY 2.0

 

 

Les chercheurs se sont consacrés à une étude sur l’aphasie, un trouble de la parole et du langage. Plusieurs chaînes de lettres étaient présentées aux enfants, à qui il était demandé de distinguer les mots réels, et ceux inventés. Or, systématiquement, quand le mot snunkoople apparaissait, les enfants se marraient. 

 

Un scientifique est avant tout un être humain, capable d’humour : une fois son étude sur l’aphasie achevée, le professeur Chris Westbury a tenté de comprendre ce qui pouvait bien provoquer le rire des enfants. Les conclusions seront publiées dans le Journal of Memory and Language, dans une sorte de théorisation de l’humour. Et on y dévoile pourquoi snunkoople provoque l’hilarité, et surtout, comment le monde du Dr Seuss est devenu si spirituel. 

 

Il faut manifestement revenir à Arthur Schopenhauer, philosophe du pessimisme. Parmi ses théories, on trouve celle del’incongruité, qui expliquerait pourquoi calembours, jeux de mots ou même des clowns montés sur un vélo entraîne des déluges de rires. Le mot snunkoople aurait cet effet sur les enfants, de même que Yuzz-a-ma-tuzz, employé par le bon docteur.

 

 

 

Certes, mais tout cela n’a pas vraiment de support scientifique quantifiable. Pour éprouver la pensée schopenhaurienne, les scientifiques ont dressé une liste de mots inventés, et demandé de les noter sur une échelle de 1 à 100. Presque à chaque fois, le mot semblant le plus désordonné a été considéré comme le plus drôle. Exactement à la manière des mots chamboulés dont le Dr Seuss truffait ses livres.

 

Plus globalement, la constitution et l’assemblage de lettres allant à l’encontre des mots appris et identifiés entrent en résonnance avec notre vocabulaire courant. « Finglam » est plus faible en entropie que « Clester », dont la combinaison répond alors à un ordre de lettres que le locuteur anglophone pourrait attendre d’un mot classique. Et ce alors qu'aucun des deux mots n'existe en anglais.

 

 

 

« Nous avons montré, par exemple, que le Dr Seuss – qui produit des non-mots amusants – a fabriqué des termes qui étaient en deçà d’un niveau d’entropie », explique Chris Westbury. « L’humour n’est pas une chose unique. Une fois que vous commencez à penser ce sujet en termes de probabilités, alors vous comprenez pourquoi nous trouvons tant de choses différentes drôles. » (via Science Daily)

 

De quoi démontrer selon les chercheurs que l’humour n’a rien de strictement subjectif, et, au contraire, que l’on peut l’anticiper, parce qu’il reposerait pour partie sur des dénominateurs communs. 

 

lol, comme dirait l’autre.

 

Dans les années 20, une théorie sur la force évocatrice des mots, dépourvus de sens propre, avait fait fureur. Les termes Kiki et Bouba évoquaient pour les Américains ayant servi de cobaye à l’époque, une forme en épi et pour le second, une forme sinueuse. La seule sonorité suffisait à faire apparaître quelque chose. 

 

De même, on pourrait revenir sur l’idée que l’humour est une réaction à une forme d’agression, qui s’avère en réalité non menaçante. La chute dans les escaliers de Charlie Chaplin découle d’une situation burlesque, dans laquelle on se projette, et s’identifie, sans pour autant être mis en danger véritablement. Évidemment, les questions sémantiques diffèrent d’une langue à l’autre, ce qui implique que snunkoople puisse ne pas avoir sur un lecteur français les mêmes applications que pour un anglophone.  

 

Kulunmouton

 

« Pourquoi c’est drôle ? » Personne n’a oublié la célèbre vidéo des Guignols de l’info, avec un Alain De Greef bien embarrassé, face au CSA. Tenter d’expliquer aux instances pourquoi montrer un vrai-faux journaliste sodomisant un mouton était humoristique. Avec cette conclusion : « Pourquoi c’est drôle, l’humour ? » 

 


Guignols - Kulunmouton par Yahren

 

Il faut reconnaître qu’avec le chapeau, et surtout celui du Chat Dr Seuss, c’est effectivement plus évident.