Tombouctou : le bilan de l'UNESCO dévoile un patrimoine très endommagé

Lauren Muyumba - 11.06.2013

Patrimoine et éducation - A l'international - Tombouctou - Mali - Premier bilan


D'après une mission de l'UNESCO, les dommages causés au patrimoine culturel de Tombouctou sont plus importants que prévu. Une équipe d'experts est allée sur place pour évaluer les dégâts suite au passage des forces rebelles qui ont occupé la région jusqu'au début de l'année. Cette mission n'est que le début d'un long travail pour reconstruire et garantir la sauvegarde de ces sites inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO.

 

Timbuktu Street

upyernoz_CC BY 2.0

 

 

On savait menacés les milliers de manuscrits que renferment les bibliothèques privées de la ville, mais le premier rapport de l'UNESCO rend le bruit de la sonnette d'alarme particulièrement tonitruant.

 

Le responsable de la mission, Lazare Eloundou Assomo, a relevé le caractère urgent de la situation. « La destruction infligée au patrimoine de Tombouctou est encore plus alarmante que ce que nous pensions. » Au final, 4203 manuscrits du Centre de recherche Ahmed Baba sont perdus. Sans compter les 300 000 autres, qui ont été déplacés (essentiellement à Bamako) et qui « nécessitent d'urgentes mesures de conservation

 

Du 28 mai au 3 juin, une équipe malienne a mené des enquêtes dans la ville, avec l'aide des communautés locales. Le 7 juin, une réunion a eu lieu dans la capitale Bamako, pour analyser les résultats de tous les experts, internationaux et maliens (ICOMOS, ICCROM, AWHF, CRAterre, ICOM, IFLA, Ecole du patrimoine africain...). Le but de ce premier bilan est de finaliser le plan d'action pour le Mali.

 

Le 5 juin, la directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova, avait rappelé l'engagement de l'organisation pour agir en faveur de la protection du patrimoine culturel. Elle a déclaré que le plan d'action « n'est pas seulement une question de restauration mais aussi une question de valeurs. »

 

En plus du patrimoine culturel littéraire, le patrimoine architectural n'a pas échappé à la catastrophe : « Le monument emblématique El Farouk, à l'entrée de la ville, a été rasé » et quatorze mausolées ont été détruits, « notamment ceux qui se trouvent sur des sites du patrimoine mondial de l'UNESCO, ainsi que deux autres sur la mosquée de Djingareyber », a précisé Lazar Eloundou Assomo.

 

Le combat culturel continue

 

L'attention internationale envers Tombouctou s'était accentuée avec la guerre au Mali. La France s'était engagée depuis plusieurs mois à protéger le patrimoine littéraire. L'UNESCO, mais aussi d'autres forces politiques ou associatives telles que le Ministère de la Culture français et la BnF, s'étaient portées volontaires pour poursuivre le travail de numérisation et de sauvegarde des manuscrits. En mars 2012, le coup d'Etat malien avait déjà soulevé des inquiétudes : les opérations de numérisations des manuscrits présents à Tombouctou avaient été suspendues. 

 

La communauté internationale avait dénoncé le saccage effectué par les islamistes extrêmistes d'Ançar Eddine, le groupe armé qui tentait de contrôler le nord du pays. Les manuscrits de Tombouctou représentent tout un ensemble de documents datant des 12ème et 13ème siècles et de thèmes variés : généalogie, musique, botanique... Sur place, des collectionneurs et conservateurs ont aussi participé, à leur hauteur, à la protection de documents.