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Tour Eiffel, “sa transparence se prête à mille jeux de couleur et de lumière”

La rédaction - 17.03.2017

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Avant que de devenir le symbole de la Ville Lumière, la tour Eiffel dut se parer de mille atours – et quand bien même, les Parisiens imaginaient mal qu’elle reste dans leur décor. Les Éditions Douin proposent de retrouver J’ai construit la tour en fer, l’ouvrage de Fabien Sabatès, pour commémorer l’inauguration de la grande dame...

 

 

 

25 MARS 1889

 

D’un confrère du Temps, cette autocritique partielle

 

« Au reste, en matière d’art, les impressions sont des plus capricieuses. Je sais tout ce qu’on a dit contre la tour Eiffel, je me suis moi-même élevé avant qu’on la commençât, contre l’idée première de sa construction. Je dois reconnaître, pour être sincère, que je me suis petit à petit réconcilié avec cette tour géante, en la voyant s’élever jour par jour dans le ciel.

 

“Dirai-je pourquoi ?

‘Le sais-je moi-même ?

 

‘Est-ce parce qu’elle n’a point l’aspect d’une chose qui doive durer, qu’elle a l’air d’un simple échafaudage, qu’elle laisse passer la lumière à travers ses délicates membrures ? Opaque, fermée par une paroi qui la ferait paraître de loin solide, elle perdrait tout son caractère. Elle se fait pardonner par sa transparence, qui se prête à mille jeux de couleur et de lumière ; si lourde et ramassée à sa base sur ses quatre portants, elle gagnait beaucoup, comme aspect, en s’amincissant et en devenant de plus en plus ténue ; elle semblait devoir finir presque en pointe dans le ciel, et ses courbes paraboliques se perdaient assez harmonieusement dans l’espace. Mais voilà que ces courbes se sont interrompues et qu’au sommet on a mis une construction bizarre, lanterne, fanal, tout ce qu’on voudra, qui sera, sans doute, très utile, mais qui ôte à la tour le caractère qu’elle, avait auparavant et donne à son sommet quelque chose de lourd, de gauche et d’anguleux. Ce n’est ni le chapiteau d’une colonne, ni la flèche d’une cathédrale ; peut-être nos yeux s’y habitueront-ils aussi ; pour le moment, il nous semble que le couronnement de la tour lui ôte un peu de la grâce qu’elle commençait à prendre en s’élevant de plus en plus verticale et hardie. »

 

Retrouver J’ai construit la Tour en fer, aux éditions Douin

 

26 MARS 1889

 

La tour Eiffel sera achevée dans quelques jours

 

La galerie du troisième étage, qui est entièrement placée, est à 277 mètres, le cintre qui recouvre cette galerie est à 285 mètres : il se compose de quatre arceaux métalliques que l’on distingue très nettement de tous les points de Paris.

 

Il ne reste plus qu’à monter la partie extrême, le campanile, qui comprendra d’abord une chambre de réflecteurs lançant dans la nuit des faisceaux lumineux sur les monuments de Paris, puis, à l’étage supérieur, un phare éclairé par la lumière électrique.

 

Ce phare aura une puissance égale à celle des feux de première classe établis sur les côtes de France pour le service de la marine. Il projettera ses feux au-dessus de Paris sur les différents points de la surface d’un cercle de soixante-dix kilomètres de rayon.

 

Au-dessus de la coupole du phare, il y aura encore une petite terrasse de 1,40 m de diamètre, avec un garde-fou métallique : on y montera du troisième étage par un escalier intérieur.

 

Cette petite terrasse se trouvera à 300 m d’altitude au-dessus du sol.

 

 

Elle sera surmontée d’un paratonnerre et d’un grand drapeau tricolore fixé à un poteau en bois. Les Parisiens connaîtront le moment précis de l’achèvement des 300 mètres. À ce moment, en effet, le drapeau tricolore sera hissé sur le sommet de la tour et vingt et un coups de canon seront tirés.

 

Pour moi, le vrai prodige de la tour Eiffel n’est point celui qui fascine les regards du vulgaire, ce sont les profonds calculs sur lesquels elle repose plus solidement que sur ses assises de granit, et dont la multitude de ceux qui s’extasient devant elle n’a pas la moindre idée. C’est l’esprit de l’homme qui a élevé cette masse dans les airs et qui l’y maintient avec autant d’aisance que de solidité. C’est lui qu’il convient d’abord d’admirer, en attendant de faire remonter l’admiration jusqu’à la hauteur de l’esprit humain.

 

 

Retrouver toute l'histoire de l'inauguration de la Tour Eiffel.