Toute la lumière sur les expressions en chandelles part 1

Clément Solym - 29.02.2008

Patrimoine et éducation - Scolarité France - lumière - expression - chandelles


Cette semaine l'explication d'expression a eu un peu de retard, alors pour me faire pardonner je ne vais pas expliquer une, ni deux, mais trois expressions. Eh oui, vous avez bien lu trois expressions d'un coup d'un seul pour vous.

Le point commun entre toutes ses expressions c'est qu'elles contiennent le mot « chandelle » et qu'elles relèvent toutes de la même réalité historique. Avant l'avènement du grand dieu électricité, il fallait bien s'éclairer et c'était la chandelle ou la bougie qui nous éclairaient de leurs lumières papillonnantes. Hélas, et c'est là l'origine de toutes les expressions réunies ici, les chandelles coûtaient cher (et je ne vous parle même pas des bougies, produit de luxe, directement importés d'Algérie et plus précisément de la ville algérienne Bgayet, Béjaïa ou autrement dit encore, Bougie).

« Brûler la chandelle par les deux bouts »

Ainsi il n'était pas très opportun de les gaspiller. D'où l'expression très imagée « brûler la chandelle par les deux bouts » dont on peut situer l'apparition officielle au XVIe siècle. Utilisée d'abord pour expliquer que quelqu'un va se trouver dans une situation difficile financièrement du fait de la façon désinvolte dont il utilise son argent. L'expression a quelque peu évolué pour décrire un couple où chacun des membres gaspille les deniers du mariage de son côté et sans se soucier de l'avenir. Bien sûr les deux acceptions sont encore valables.

« Le jeu n'en vaut pas la chandelle »

S’il en est qui ne brûlent pas la chandelle par les deux bouts ce sont bien les joueurs. En effet, pour jouer le soir il leur fallait bien des chandelles et souvent avant de quitter la table de jeu ils laissaient quelques deniers pour dédommager l'hôte de l'usure de ses chandelles. Ainsi si la mise était trop petite on considérait qu'il ne valait mieux pas la jouer car elle ne valait même pas l'usure des chandelles qui aurait été nécessaire pour mener la donne à son terme. D'où la naissance de cette expression qui a traversé les ages depuis le XVIe siècle en restant sous sa forme « le jeu n'en vaut pas la chandelle ».

« Faire des économies de bouts de chandelles »

De là à « faire des économies de bouts de chandelles », il y a peu. En fait toujours à l'époque troublée de l'avant électricité, le personnel de maison récupérait les bouts de chandelles qui n'avaient pas brûlés mais qui étaient inutilisables pour les revendre à un cirier qui s'en servirait pour refaire une chandelle flambant neuve, pour gagner quelques deniers. Ah les braves fourmis que n'eurent-elles pas écouté notre cigale Voltaire qui déclarait « Amusez-vous de la vie, il faut jouer avec elle ; et quoique le jeu n'en vaille pas la chandelle il n'y a pas d'autre parti à prendre ».

Pourtant notre ami Voltaire n'était pas si cigale que cela, il était même un peu fourmi voire pingre. L'auteur fut un temps l'invité du roi de Prusse Frédéric. Il était traité avec honneur, on lui offrait régulièrement des cadeaux et en plus de ça il recevait une belle pension. Nourri, logé, payé, et gâté il était remarquablement accueilli mais cela ne suffisait pas à notre auteur. Tous les soirs, au moment de tirer sa révérence pour aller rejoindre Morphée, il prenait au salon deux énormes chandeliers à plusieurs branches, pour s'éclairer jusqu'à sa chambre affirmait-il. Si un valet lui propose de l'escorter : il refuser avec vigueur. Une fois dans sa chambre il éteignait en toute hâte les chandeliers, récupérait les chandelles et allait les revendre le lendemain. Bon, un semblant de morale à cette histoire, il s'est quand même fait prendre au bout de quelques mois.

Ma chandelle est aussi sur le bout et comme Victor me refuse l'usage de l'électricité depuis que dit-il, j'ai « ruiné la boîte, en brûlant la chandelle par les deux bouts avec mes bibliothèques, qui sont même pas belles en plus », je vais être obligé de stopper là pour cette semaine. Me voilà contraint de « faire des économies de bouts de chandelles » pour pouvoir poursuivre l'explication des expressions en chandelles la semaine prochaine. Mais bon après tout « le jeu en vaut la chandelle »... enfin je crois.