Trop d'élèves travaillent avec des manuels périmés

Clément Solym - 23.10.2009

Patrimoine et éducation - Programmes officiels - manuels - scolaires - périmés


Avec l’accélération des dernières réformes dans l’éducation, les établissements scolaires n’ont pas pu suivre et l’on compte 80 % d’écoliers du CE2 au CM2 qui ne sont pas équipés de manuels en accord avec les nouveaux programmes. C’est cette situation qu’a tenu à dénoncer le Syndicat national de l’édition (SNE), et plus précisément le groupe enseignement de cette organisation.

Bien sûr, les éditeurs sont concernés à plus d’un titre dans cette affaire et ils ont beau jeu de dénoncer cette situation. Le changement des programmes est un véritable business pour eux qui leur permet de faire acheter soit par l’Etat, soit par les familles, des millions de livres scolaires, ce qui génère un chiffre d’affaires non négligeable même si la guerre est d’autant plus dure sur ce créneau entre les différents poids lourd du secteur.

Pour la première fois, en 2008, le changement des programmes au primaire a concerné tous les niveaux alors que jusque là, une règle admise proposait un changement de programme par niveau chaque année. Même si théoriquement les achats de manuels scolaires au primaire sont à la charge des familles, en pratique de nombreuses communes viennent en soutien aux parents.

Mais, pour le collège, le problème existe également. Avec l’arrivée des nouveaux programmes, un élève de sixième sur trois n’a pas le bon manuel en français. Pour la technologie, on atteint des records avec moins d’un sur dix. C’est cette fois-ci l’Etat qui ne peut suivre et qui, en plus, a réduit de 14 % le budget qu’il accordait à l’achat de livres entre 2007 et 2010. Pour le privé, on atteint même une réduction record de 47 % sur cette même période.

C’est cette situation que dénoncent les éditeurs scolaires : l’Etat ne se donne pas les moyens d'avoir une suite concrète à ses ambitions de réformes. Pour régler le problème au niveau du primaire, les éditeurs souhaiteraient que soit rendu obligatoire le financement des manuels par les communes.

Mais, face à cette situation, de nombreuses questions se posent, notamment avec l’arrivée progressive des manuels scolaires numériques. Ils devraient normalement coûter moins chers à l’Etat. On observe aussi un phénomène tout aussi inquiétant pour les éditeurs, celui des sites coopératifs d'enseignants qui aboutissent même, comme Sésamath, à l’édition de livres scolaires gratuits en version numérique…

La loi définit la durée de vie d’un manuel : elle ne doit pas théoriquement dépasser les cinq ans. Et pourtant, dans les faits, on constate qu’elle va bien plutôt jusqu’à sept ans. En 2005, le marché de l’édition scolaire représentait 226 millions d’euros, ce qui correspond à 8,9 % du chiffre d’affaires de l’ensemble de l’édition en France. Pour un éditeur, la fabrication de l’ouvrage représente 25 % du prix d’achat tandis qu’auteurs et éditeur ont 10 % chacun, le libraire se réservant 30 %.