Trop de profs absents non remplacés : la Peep tape du poing sur la table

Clément Solym - 09.03.2010

Patrimoine et éducation - Programmes officiels - profs - absents - remplacement


Face au problème récurrent et jamais véritable traité des profs absents non remplacés, la deuxième fédération de parents d’élèves tape du point sur la table dans un communiqué à l’attention du gouvernement. Relevant l’état actuel des choses, la Peep demande que l’Etat s’engage en faveur de cinq propositions faites par l’association.

La Peep déplore « que les élèves ne reçoivent pas les enseignements auxquels ils ont droit et qu’ils soient ainsi pénalisés. ». C’est à ce titre que l’association souhaite qu’ « au même titre que tout salarié des autres secteurs d’activité, tous les enseignants doivent accepter d’assurer un minimum de remplacement au sein de leur établissement ».

Cette mesure existe déjà depuis 2005 mais, basée sur le volontariat, elle est rarement mise en application. Il faut dire que les incompatibilités d’emplois du temps la rendent très rapidement caduque. Dans les faits, il faut répartir le service de l’enseignant absent aux différents collègues dans une même matière. Hors, pour que cela ait un sens d’un point de vue pédagogique, il faut que toutes les heures qui concernent une même classe soit attribuées à un seul enseignant.

Et il est ensuite difficile de trouver un emploi du temps où les « trous » de l’enseignant correspondent précisément aux heures qu’il faut assurer pour prendre une nouvelle classe. L’usage de cette mesure s’approche rapidement de la garderie et sert davantage à désemplir l’étude qui accueille les élèves qui n’ont pas cours et à satisfaire la demande des parents. Mais, concernant les besoins des élèves, c’est une idée qui n’est que poudre aux yeux.

En revanche, la Peep demande, avec justice, « la suppression du délai de carence de 14 jours consécutifs d’absence imprévue, en deçà duquel le remplacement d’un enseignant n’est pas assuré » dans le second degré. Mais, là encore, toute bonne intention a ses limites. Cette mesure se fonde au départ sur le bon sens et la demande de remplacement ne se fait que lorsqu’on a une certaine lisibilité de l’absence à venir, avec notamment l’arrivée des certificats médicaux.

Pour la Peep, le système actuel de remplacement a démontré clairement ses limites et il est impératif de créer des « agences de remplacement académiques ou inter-académiques permettant une gestion modernisée des ressources humaines. » Je ne comprends pas véritablement ce que l’association de parents d’élèves entend par « agences de remplacement ».

Si on ne leur donne pas ce nom, il existe pourtant, à l’échelle académique, des cellules spécialisées dans le traitement des absences au quotidien. Quant à dire qu’elles ne sont pas modernes, c’est s’avancer…Un progrès serait certainement possible. Une externalisation de ce service, si c’est ce que veut signifier la Peep dans son communiqué, ne serait pas forcément souhaitable pour les enfants à termes.

On assisterait alors à la création de ces fameuses agences chargées d’assurer du remplacement au pied levé. Elles s’appuieraient sur un fichier de candidats prêts à tout pour l’Education nationale et répondant du tac au tac aux demandes de remplacements. A l’image de l’intérim, on aurait un régiment de vacataires allant faire de la garderie pour toucher quelques billets.

Moi…j’attends de voir ! Le personnel le plus difficile à gérer, public et privé confondu, est précisément celui sur lequel on n’a aucune prise et dont l’investissement dans sa courte mission n’a, par définition, aucun avenir. Et ceux qui travaillent au quotidien avec des intérimaires savent de quoi je parle.


Là où la Peep a une bonne idée, c’est en revenant sur « la valorisation de la bivalence des enseignants ». Il y a quelques années, on avait parlé de faire beaucoup pour la favoriser mais de nombreuses mesures sont cependant restées lettres mortes. Et le gouvernement n’allait pas assez loin en la matière, jugeant qu’un enseignant de français ne pouvait pas faire des mathématiques. Ou qu’un prof de maths ne pouvait aussi allié l’anglais à sa matière. C’est là une vision bien restrictive au Ministère des compétences que peuvent avoir certains de ses personnels. Et c’est dommage.

En revanche, en fin de communiqué, la Peep fait mouche en relevant l’incohérence de l’Education nationale qui ignore ce qu’est la médecine du travail pour son propre personnel, un comble. Et « la prise en charge médicale des problématiques de santé physiques et psychologiques des enseignants avec suivi, accompagnement et visite médicale annuels, comme dans tous les autres secteurs d’activité » ne serait pas un mal, bien au contraire, comme le suggère avec brio l’association de parents d’élèves.