Tu ne priveras pas une personne en faillite de son livre de culte

Clément Solym - 09.02.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - livre Mormon - valeur faillite dettes - tribunal Bible


Le Livre de Mormon, censé être le témoignage de Jésus-Christ, est revendiqué par l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. C’est de lui que découle le mouvement des Mormons, et toute la communauté qui s’est développée aux États-Unis. Anna F. Robinson avait trouvé un exemplaire du livre, d’une valeur estimée de 10.000 $. Daté de 1830, elle l’avait découvert en nettoyant une bibliothèque de la ville de Anna, dans l’Illinois. Problème : Ms. Robinson a des dettes...

 

The Book of Mormon

Jon collier, CC BY SA 2.0

 

 

En 2013, Anna F. Robinson se retrouve en faillite, avec 23.000 $ à recouvrir : le syndic responsable de la récupération de l’argent demandait alors que le livre soit vendu, de sorte qu’il participe au remboursement. Mais l’intéressée a contesté cette demande : selon elle, la législation de l’Illinois exempte la Bible de toute saisie. Et devant la 7e cour d’appel des États-Unis, elle a ainsi obtenu gain de cause. 

 

La semaine passée, le juge a donc tranché en sa faveur. La loi portant sur les biens personnels permet en effet à Ms. Robinson d’être exemptée de la vente de son livre. Or, si dans les textes, on parle originellement de la Bible, le tribunal a déclaré « qu’il semble évident que le législateur n’a pas l’intention de limiter la valeur d’un texte religieux ».

 

Quand bien même le Livre de Mormon serait une ressource susceptible de payer les dettes de Ms. Robinson, les trois juges réunis ont considéré qu’ils ne pouvaient pas priver un débiteur du soutien apporté par la parole religieuse. Ils contestent alors la première décision du juge des faillites, pour qui l’argument d’exemption n’était qu’une manière de violer « l’intention et le but de la loi ». Le syndic affirmait que l’accusée disposait de versions sauvegarde, y compris en numérique, et pouvait puiser dans ces ressources le réconfort nécessaire.

 

Pour l’heure, l’ouvrage se trouve dans les mains du syndic, qui devra le rendre à Robinson. Patrick McCann, l’un de ses avocats mettait en avant l’attachement de sa cliente à ce livre. Selon le jugement du tribunal, il est attesté qu’il est conservé dans un sac plastique avec glissière et qu’elle ne le prend que pour le montrer à ses enfants et aux membres de l’église. « Elle aurait pu le vendre une centaine de fois », plaide-t-il pour démontrer combien l’ouvrage était précieux. 

 

Précieux, à plus d’un titre : cet exemplaire est une première édition, l’un des 5000 qui furent imprimés par Joseph Smith, le fondateur de l’église mormone. « C’est juste un simple livre : vous n’imagineriez pas qu’il vaille même un dollar. Je suppose que ce qui le rend précieux est que Joseph Smith a lui-même réalisé ces livres », poursuit l’avocat. 

 

Robinson avait obtenu de disposer d’un espace de travail, au sein de la bibliothèque de la ville, en contrepartie de quoi elle réalisait des travaux de ménage. Elle fut également autorisée à conserver les livres qu’elle trouverait dans le cadre de son emploi. (via Saint Louis)

 

Pour mémoire, en janvier 2014, un exemplaire de cette première édition, en parfait état de conservation, avait été vendu pour 100.000 $. 

 

Léon Tolstoï, le Leviathan de la littérature, comme disait Virginia Woolf, était un homme perturbé. Il disposait cependant d’un exemplaire de ce livre dans sa bibliothèque. « Si le mormonisme est capable de persister, sans changer, jusqu’à ce qu’il atteigne la troisième ou quatrième génération, il est destiné à devenir la plus grande puissance que nous n’aurons jamais vue au monde », affirmait-il.

 

À partir de 1870, l'écrivain russe avait entamé une quête spirituelle et religieuse, qui se reflète largement dans ses œuvres — Anna Karénine en est l’un des exemples les plus flagrants, juste avant qu’il n’écrive Résurrection, en 1899...