Étudiant en antiterrorisme soupçonné de radicalisation : il lisait un livre sur le terrorisme

Clément Solym - 24.09.2015

Patrimoine et éducation - A l'international - radicalisation islam gouvernement - surveillance université - terrorisme étudiant


Mohammed Umar Farooq pourrait ne pas finir ses études, entamées dans l’université de Staffordshire. Repéré en train de lire un ouvrage intitulé Terrorism Studies, emprunté à la bibliothèque universitaire, il a été accusé de terrorisme, par un membre du personnel. Ce qui a certainement incité à la dénonciation est que le délit de faciès court toujours : Mohammed a des lunettes et une barbe. Mais qu’étudie-t-il à la fac ? Ah... l’antiterrorisme...

 

Na mesquita

Daniel Zanini h. CC BY 2.0

 

 

Les nouvelles politiques britanniques de lutte contre la radicalisation islamiste font des victimes collatérales. Oui, Mohammed est musulman, et il porte une barbe, comme tant d’autres. Et en mars dernier, voici que cet étudiant inscrit dans des cours de lutte contre le terrorisme, la criminalité et un master en sécurité mondiale est interrogé par des responsables de la sécurité...

 

Selon eux, le comportement de l’étudiant a agité le chiffon rouge : « Au début, je ne pouvais pas le croire. Je lisais un ouvrage académique et restais dans mon coin. Au départ, j’ai même failli en rire, croyant à une plaisanterie. » Ce n’était pas le cas, et ce ne fut pas drôle du tout. Farooq fut en effet contraint de recourir à un avocat pour contester les accusations qui ont pensé.

 

Questionné sur l’État islamique, al-Qaïda, son attitude vis-à-vis de l’homosexualité, rien ne lui a été épargné. « Si je ne niais pas, cela aurait pu être grave pour moi » : impossible de s’engager dans la police et d'être sous surveillance à son insu. « Cela pourrait arriver à n’importe quel jeune homme musulman. Je devais le combattre. »

 

Âgé de 33 ans, le voici donc affublé d’un avocat, pour défendre... l’objet de ses études. Et pour sa défense, le fonctionnaire donneur précoce d’alerte rétorquait qu’il est difficile de distinguer « une recherche intellectuelle portant sur les idées radicales, et la radicalisation elle-même ». Alors, dans le doute, on effectue un signalement.

 

L’université a présenté ses excuses, bien après que le mal a été fait. Le groupe Cage, qui au Royaume-Uni se charge de la défense des libertés citoyennes, a affirmé que depuis octobre 2014, une centaine de cas similaires avait été référencée. Bien entendu, un climat de défiance accru n’a rien de propice à la poursuite sereine d’études, et l’université entend garantir à ses élèves des conditions d’apprentissage idéales. 

 

Il aura tout de même fallu une enquête de trois mois pour déterminer que Mohammed n’avait rien à se reprocher ni aucun lien avec des mouvances extrémistes britanniques. La National Union of Students souligne que les efforts gouvernementaux pour débusquer les sources de radicalisation virent à l’obsession. 

 

« Nous constatons une discrimination injuste, et le personnel est contraint de surveiller les étudiants en suivant des recommandations vagues, qui nuisent aux relations avec l’université et le système éducatif dans son ensemble », explique la NUS. Et de souligner que les craintes de voir ce type de cas se reproduire sont grandes. 

 

De son côté, le ministère des Affaires étrangères assure avoir mis en place un réseau de coordinateurs, pour encadrer les mouvements de surveillance. Ce n’est pas dit de la sorte : en Grande-Bretagne, on parle de conseils aux universités sur la mise en œuvre d’une défiance généralisée.  

 

(via Guardian)