Un enseignant sanctionné pour avoir trop emprunté de livres à la bibliothèque

Victor De Sepausy - 12.12.2019

Patrimoine et éducation - A l'international - bibliothèque universitaire - enseignant prêt livres - travaux universitaires professeur


L’abus de consultation de livres dans une bibliothèque engendre de funestes conséquences. Un enseignant vient d’apprendre, à ses dépens, qu’il avait excédé le nombre d’ouvrages accessibles, dans le cadre de ses recherches. Mais attention : aucun être humain ne lui a interdit de poursuivre ainsi son travail. C’est l’administration qui s’en est chargée. 


Mais enfin ?? pixabay licence


Richard Burt enseigne la littérature anglaise, à 65 ans, et compte chez lui plus de 2000 livres. Il dispose d’un poste de titulaire à l’université de Floride depuis 2003, et écrit régulièrement des ouvrages sur ses recherches. Pour cette raison, c’est un habitué de la bibliothèque universitaire, qui connaît même le nom des membres du personnel.

Par ailleurs, les travaux de Burt portent souvent sur des œuvres qui n’ont pas été numérisées — Google Books fait décidément mal son boulot ! Pour cette raison, l’enseignant consulte des livres à tour de bras : 728 au cours de l’année passée.

Sauf qu’il n’avait le droit que d’en parcourir 350…
 

Au-delà de cette limite...


Au cours de l’été passé, il lui a été signifié qu’il devrait rendre les livres empruntés, car il avait dépassé le quota admis pour les enseignants. Avant le 1er octobre. Par ailleurs, on lui interdirait l’accès aux ouvrages, tant que sa situation ne serait pas régularisée. 

Pourtant, on lui avait octroyé une dérogation, au vu de sa méthode de travail et de ses objets d’étude : le doyen, Patrick Reakes, indique d’ailleurs bien qu’il devait demander la permission pour dépasser le système en place par la Library West. 

De fait, le comportement de Burt devenait problématique, dans la gestion des collections — et il n’était pas question de permettre une dérogation qui discriminerait d’autres professeurs au profit d’un seul. Quand bien même ce dernier est seul à plancher sur ces thématiques. 

La bibliothèque universitaire dispose de 6,2 millions de volumes, et limite à 350 documents les prêts possibles aux enseignants — sur une période renouvelable en deux clics, chaque année. Ce à quoi Burt oppose que le nombre de 350 est totalement arbitraire : à la Florida State University, la limite est de 500. 

Certes, il aurait outrepassé tout de même ce quota, mais néanmoins.
 

La bureaucratie est ouverte en dehors des horaires de bureau


On l’a aussi accusé d’avoir fait pression sur les personnels de l’établissement, afin d’arriver à ses fins odieuses : non pas de harceler sexuellement des personnes, mais de consulter des livres. Mais tout cela allait se résoudre, et c’était pour le mieux.

Jusqu’à l’incident de novembre. Gloups. Se rendant dans une des salles pour consulter un livre qu’on l’avait autorisé à analyser, Burt se fait répondre qu’il n’était plus habilité. Que la « politique » de l’établissement s’y opposait. Burt s’agace, hausse le ton, la voix, les bras aussi, certainement, au point que la police universitaire doit intervenir.

Une lettre de réprimande lui parvient le 9 octobre, soulignant au passage que sa signature électronique n’était pas convenable. En effet, on pouvait lire : « Legacy professor of English, loser studies, pharmakonology, and cosmic criticism. » Or, il se trouve une faute dans l'intitulé — à vous de la dénicher. 

La bureaucratie faisant toujours bien les choses, Burt s’est retrouvé totalement désarmé et démuni : aucun recours, aucun interlocuteur, seule l’administration qui d’un bloc lui faisait front. Et surtout, tant de personnels, d’enseignants, d’administratifs mobilisés… pour empêcher un professeur de consulter des livres. Toujours plus de livres. 

Depuis, il s’est sagement astreint à ne pas sortir de la limite des 350 livres. De peur qu’un bibliothécaire ne se fasse trancher la main ?

via Inside Highered


Commentaires
Une question: le professeur consultait-il ces livres au sein même de la bibliothèque, les rendant aux préposés avant son départ du lieu ou les lui prêtait-on pour être consultés à domicile? Dans le second cas, je peux comprendre qu'il ait pu priver d'autres lecteurs de l'accès aux ouvrages, à condition, bien sûr, d'accumuler ceux-ci chez lui méprisant, par exemple, la date d'échéance des prêts. Dans l'autre cas, franchement je perds pied: qu'avait la bibliothèque à perdre?



C'est une vraie curiosité cet établissement d'un quota de lecture par tête de pipe!



J'adore toutes ces anecdotes concernant les bibliothèques, elles forment un monde à part plein de surprises et d'extravagance. Une petite planète loufoque nichée au vif de notre Terre déjà assez dingue.
Souvent le règlement interne demande le retour des livres 1x l'an. Cela permet de vérifier l'état des documents et parfois de répondre à des demandes de photocopies ou de prêt entre bibliothèques.



Imaginez 50 enseignants qui rendent 350 livres, ajoutez-y les retours normaux d'étudiants et deux personnes derrière un bureau qui tentent de répondre au téléphone, aider le public dans ses recherches et enregistrer les prêts.



Est-ce normal de faire endurer ça au personnel?
Merci pour l'explication, cher.chère Lullabee. C'est vraiment gentil de votre part.
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