En 2015, un groupe d’enseignants-chercheurs de l’Arizona State University faisait une incroyable découverte. Au cœur du monastère d’Altomuenster en Allemagne, une bibliothèque renfermait des milliers de documents vieux de plusieurs siècles et pour la plupart encore inconnus. Depuis, ils n’ont eu de cesse que de chercher un moyen de sauver ces ouvrages et de les faire découvrir au plus grand nombre.


Monastère de Batalha

(Guillaume Colin & Pauline Penot, CC, BY NC ND 2.0)
 
 

En octobre 2015, Corine Schleif, professeur d’histoire de l’art à l'Université d'État d'Arizona et Volker Schier, musicologue et professeur invité à l’Institut de recherche en sciences humaines, organisent avec des collègues une tournée des monastères féminins européens. Lors de leur ultime étape, en périphérie de Munich en Allemagne, le groupe d’enseignants-chercheurs s’est vue accorder un accès exceptionnel à la bibliothèque du monastère Altomuenster, ayant appartenu à l’ordre des Brigittines.

Ils y ont découvert des manuscrits inestimables ainsi que de nombreux objets de cultes et œuvres d’art dont les plus anciens dateraient du 15e siècle. Schier explique sur le site de l'université : « Pour les Brigittines cela fait plus que doubler le nombre de manuscrits connus ». Ainsi, si ces documents avaient appartenu à un autre ordre, tels que les bénédictins ou les franciscains, dont on sait déjà beaucoup de choses, cela n’aurait probablement pas eu autant d'impact.

Cependant, pressé par le temps, le groupe s’engage à revenir étudier ce trésor. Seulement voilà, un mois plus tard, le Vatican annonce la fermeture prochaine du monastère en question. Les fonds de la bibliothèque Brigittine risquent alors d’être dispersés voire vendus à des acheteurs privés ou pires, détruits. Inquiets pour l’avenir du bâtiment, mais aussi de ses ressources, Schier et Schleif décident de passer à l’action.
 

Une course contre la montre


Pour commencer, ils ont fait appel au Nonce apostolique (ambassadeur du Vatican) à Munich, en offrant de faire une demande de subvention pour cataloguer et numériser la collection. Leur offre a été refusée. Ils ont alors écrit une lettre au cardinal Reinhard Marx, l’archevêque de Munich et Freising. La missive a été signée par tous les enseignants chercheurs espérant ainsi influencer l’église. Mais une nouvelle fois, ils essuyèrent un refus.

Ils ont alors rédigé une pétition en ligne qui a recueilli environ 2 500 signatures d’experts dans des domaines aussi variés que l’anthropologie, la littérature et les études religieuses. Ils cherchaient à démontrer la valeur inestimable que représentait la bibliothèque Altomünster. La pétition aura atteint le monastère et malgré quelques réticences, Schleif et Schier reçurent une invitation afin d'étudier les documents. Ces derniers avaient été déplacés dans leur intégralité aux archives diocésaines de Munich, en vue de la fermeture du monastère.

Ainsi, au cours de l’été 2017, pendant trois jours, Schleif, Schier et un troisième collègue ont pu étudier et trier les centaines de documents plus ou moins bien conservés. Et au milieu de tout cela, ils découvrirent un catalogue répertoriant méticuleusement l'ensemble des manuscrits de la bibliothèque. Ce dernier s’est avéré exceptionnellement précis et extrêmement utile pour les travaux des chercheurs.
 

La mémoire des Brigittines 


Les textes d’Altomuenster offrent une excellente occasion d’étudier l’histoire des femmes. L’ordre des Brigittines a été fondé en 1344 par Sainte Brigitte de Suède, qui en confiait l'administration aux femmes, alors que les autres ordres étaient encore présidés par des hommes. Et à l’époque, ce n’était pas rien.

Déplorant la décision du Vatican de fermer le dernier monastère de l'ordre, Schleif ajoute : « Des femmes ont dirigé cette institution pendant des centaines d’années. Elles étaient responsables de leur propre destin, jusqu’à maintenant ». Ils ne restent aujourd'hui qu'une petite poignée de membres de l'ordre encore en vie.
 

La bibliothèque du monastère
Sainte-Catherine, au pied du Mont Sinaï, rénovée


À terme, Schleif, Schier et leur groupe d'enseignants-chercheurs comptent mettre à profit les différents documents découverts pour créer une reconstitution virtuelle d'église médiévale. Ils souhaitent créer une expérience immersive afin de plonger le public dans un autre temps. Le projet Extraordinary Sensescapes permettra d'explorer les lieux en découvrant des éléments architecturaux peuplés de fidèles en habits d'époque tout en écoutant les chants et en lisant les textes de prières.

Pour se faire, ils devront numériser l'intégralité des manuscrits de la bibliothèque du monastère Altomuenster utilisés pour le projet, et idéalement, souhaiteraient également numériser l’ensemble de la bibliothèque pour rendre le fonds accessible aux chercheurs du monde entier.

Grâce aux efforts de Schleif, Schier et de leurs collègues, ces documents sont d’ores et déjà hors de danger et conservés en toute sécurité dans les archives diocésaines dans leur ensemble. Le fonds retrace ainsi l'histoire de la vie et de la culture des Brigittines de 1496, quand le monastère d’Altomuenster a été construit, à nos jours. « Je vois cela comme l’un des succès majeurs de ma carrière, et [un grand succès pour] ASU », a déclaré Schleif. 

 



Commentaires

Bravo aux chercheurs et à leur persévérance, honte aux instances ecclésiastique qui n'ont rien fait pour préserver ces merveilleux documents.
Ce n'est malheureusement pas la première fois que des chercheurs généalogistes se heurtent à une telle intransigence de la part de l'église !!!

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