Un manuel d'histoire “en résistance à la réforme scolaire”

Nicolas Gary - 04.08.2016

Patrimoine et éducation - Scolarité France - manuel histoire réforme - Dimitri Casali manuel - Nouveau manuel d'histoire La Martinière


Ce 1er septembre sortira le « Nouveau Manuel d’Histoire », écrit par Dimitri Casali, aux Éditions La Martinière. De son propre aveu, il s’agit d’un « manuel de résistance à la réforme : un anti-manuel pour combler les lacunes des programmes scolaires ». Si l’ouvrage s’adresse avant tout aux élèves, il sera décliné en plusieurs versions, dont une numérique, enrichie et gratuite. Mais le manuel s’inscrit également dans une tout autre approche pédagogique. Entretien.

 

Dimitri Casali

 

 

Début juin, près d’un millier de commandes issues d’établissements privés était déjà recensé. « Je suis un pur produit de l’école républicaine, mais assister à sa désintégration me navre. » Raison pour laquelle cet anti-manuel s’est imposé.

 

L’ouvrage prône avant tout un retour à la chronologie, avec le rétablissement du récit et des grands personnages. La présentation d’une « Histoire équilibrée et fédératrice, pour en finir avec la lecture culpabilisante des manuels contemporains. Les documents présentent une histoire criminalisante du pays, en soulevant uniquement les aspects négatifs. Ainsi, pour la conquête de l’Algérie, nous parlons des deux versants : les drames de la colonisation, mais aussi des apports sanitaires dans l’éradication de maladies infectieuses ». 

 

Le « Nouveau Manuel d’Histoire » sera également distribué pour le grand public, toujours aux éditions de La Martinière. Il s’appellera « Notre Histoire » avec en sous-titre « tout ce que nos enfants devraient apprendre à l’école ». Mais ce qui réjouit Dimitri Casali, c’est « l’offensive numérique du manuel, qui intervient avec une véritable dimension de salut public ». Ayant renoncé à ses droits d’auteurs pour offrir l’ouvrage en consultation numérique gratuite, l'auteur se réjouit de cette édition numérique enrichie de vidéos, notamment, « avec la promesse d’une belle expérience ». Et si le manuel est gratuit, c’est pour que « chaque enfant de France ait à sa disposition un manuel équilibré, à même de réconcilier tous les Français entre eux ».

 

Des manuels idéologisés et mal faits, reproche l'auteur

 

Passant en revue les manuels des 6 autres éditeurs, l’auteur de Notre Histoire trouve « véritablement affligeant ce qui est exposé ». 

 

Ainsi, chez Nathan, dans l’ouvrage pour les classes de 4e pour la rentrée 2016, il déplore « la Terreur est pratiquement passée sous silence, comme si cette triste période n’avait jamais existé ». De même pour le manuel de 3e Nathan, « où le traitement du régime de Vichy est totalement dissocié du Chapitre sur la Seconde Guerre mondiale comme le veut les programmes depuis 2008. On a l’impression d’une naissance spontanée comme si la France avait donné naissance spontanément au régime de Vichy et hors de tout contexte de l’occupation nazie ».

 

 

 

Ainsi, dans ce même manuel de 3e, on aborde directement le sujet dans le chapitre 4 « Vichy, Collaboration et Résistance », mais sans un seul mot d’explication sur la guerre de 1939-1940, les causes de l’effondrement de l’armée française et de l’occupation allemande. Et de poursuivre : « On ne trouve pas un mot sur les 100 000 combattants français morts en un mois : taire ce genre de détails me rend malade. On oublie que des Français ont fait leur devoir à cette époque et on tente de faire passer tout le pays pour un régime de collaborateurs. » Pour preuve : « Quatre pages sur la résistance, et huit pages sur Vichy et la collaboration. »

 

Pire ? « Rien sur le débarquement du 6 juin en Normandie pas une seule ligne, ni une seule photo, alors que l’on consacre une double page à Stalingrad. Ce fut tout de même la plus grande opération amphibie de toute l’histoire de l’humanité. » Et de conclure : « Les manuels sont victimes d’une idéologisation constante, par un corps enseignant très marqué à gauche et qui n’a pas encore assimilé les leçons du communisme. C’est un drame que les manuels soient noyautés par des professeurs idéologues. »

 

Nathan n’est pas l’unique éditeur mis en cause : « Dans le Belin de 5e, on trouve seulement quatre pages sur Louis XIV, quand en 1980, le Malet et Isaac en comptait plus de 100. Enfin la mise en page est d’une laideur affligeante avec des gravures en noir et blanc peu explicites. »

 

En résumé des pages entières « de repentance et de vision binaire de l’Histoire entre oppresseurs – comprendre, la France – et oppressés – les autres » ou encore « des thèmes compassionnels récurrents depuis la loi Taubira sur le traitement des luttes anti-racisme et du colonialisme, mais aussi les droits de l’Homme, la condition féminine à travers les siècles, bref, uniquement des thèmes sociologiques ou économiques qui ne sont pas de l’Histoire… ». 

 

Les concepteurs des programmes sont ainsi parvenus à créer « une véritable répulsion envers cette discipline cardinale, alors que l’Histoire fut une passion française pendant deux siècles, ce n’est plus le cas pour les moins de 18 ans ».

 

Le soutien du financement participatif

 

Pour aboutir à cet anti-manuel, Dimitri Casali a bénéficié du soutien de la Fondation Aristote, mais également de celui de l’équipe de dix enseignants agrégés, dont Louis Manaranche et Jean-François Chemain. « Le succès du crowdfunding montre combien les Français sont ulcérés de cette manipulation de l’Histoire que l’on transmet à leurs enfants. Et j’appelle tous les parents à comparer les manuels avec le nôtre, qui de surcroît dispose d’une iconographie magnifique. » 

 

 

 

Au terme de 10 mois de travail, en collaboration avec les Éditions de la Martinière, l’ouvrage a donc pu voir le jour. « L’Histoire est essentielle dans la formation à la citoyenneté des enfants. Mal transmise, cela a des conséquences catastrophiques, et on le voit avec les nouvelles générations d’enfants d’Immigrés qui ne manifestent aucune volonté de s’intégrer. C’est logique : la France leur est décrite comme un pays d’esclavagistes, de colonialistes et de collaborateurs ce qui est loin d’être la réalité historique. » Et de poursuivre : « C’est d’ailleurs l’image que les djihadistes véhiculent. »

 

Des organismes privés pour répondre aux réformes

 

La Fondation Aristote, insiste l’auteur du livre, « compte parmi les fondations qui sont nées des réformes catastrophiques de 2008, puis celle des collèges, initiée par Vincent Peillon en 2013. Cette fondation a à cœur de replacer l’excellence et la transmission des savoirs au cœur de l’école. Ce qui est loin d’être le cas, tout particulièrement avec l’usine à gaz que sont les fameux EPI [Enseignements pratiques interdisciplinaires, NdR]. »

 

Selon Dimitri Casali, « voilà bien longtemps que l’on pratique l’interdisciplinarité en Histoire, on n’a pas dû attendre pour cela Najat Vallaud-Belkacem. Mais là cela dépasse tout bon sens : à la rentrée pendant leurs EPI, les élèves devront produire des tracts sur l’écologie en Afghanistan, et les rédiger en espagnol. »

 

Dans la lignée de la Fondation Aristote, des groupes comme la Fondation pour l’École font aussi un excellent travail de propositions alternatives. Tous ces membres « sont ces personnalités éminentes de l’Éducation qui, vent debout, contre la réforme du collège et la déconstruction des savoirs. » 

 

Et de conclure : « L’école de Jules Ferry a permis de faire de la France le premier pays en matière d’Éducation, en faisant reposer son modèle sur la méritocratie républicaine. Il n’y a pas si longtemps cette école a permis à Georges Pompidou, petit-fils de valet de ferme, de devenir président. Je pose la question : pourquoi balayer tout cela ? »

 

L’aventure de ce manuel scolaire a toutefois soulevé un très vif enthousiasme du groupe SOS Education, notoirement connu pour ses positions réactionnaires sur l’homosexualité, le mariage gay ou encore son combat contre l’exposition Zizi sexuel. « Aucun lien n’est entretenu avec cette association », nous assure-t-on.

 

Notons par ailleurs que les éditions La Martinière nous ont immédiatement renvoyé vers l’auteur du livre, sans répondre à nos demandes d’entretien.

 

À suivre.