Un nouveau portrait de Rimbaud en cours d'authentification

Camille Cornu - 04.01.2016

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Arthur Rimbaud - photographie portrait


Cette semaine, Paris-Match publie une photographie qui représenterait Arthur Rimbaud. Ou tout du moins, c’est ce que clame le propriétaire du portrait en question. Les spécialistes de musée Arthur Rimbaud sont plus sceptiques, mais d’après les experts en physionomique et biométrique, il y aurait de fortes chances pour que cette photo soit authentique. 

 

Capture d'écran du reportage France 3 champagne-Ardenne par Nicolas Dumas et Daniel Samulczyk.

 

 

L’album photo appartenait à la courtisane Liane de Pougy, connue pour ses liaisons torrides avec Renée Vivien ou Émilienne d’Alençon. Alors que Sarah Bernhardt lui fait comprendre qu’elle n’a aucun talent pour la danse, elle connaîtra une certaine reconnaissance littéraire en publiant notamment Idylle saphique en 1901 (rééd. Paris, Éditions des Femmes, 1987). Son album photo avait d’abord appartenu à Jacques Guérin, collectionneur de manuscrits qui avait notamment acheté le premier manuscrit d’Une Saison en enfer...

 

Il a ensuite été légué à Carlos Leresche, qui a tenté d’identifier les portraits, encouragé par son premier succès alors qu’il était déjà parvenu à identifier le portrait de Mozart enfant par Jean-Baptiste Greuze, il y a une vingtaine d’années... Nous offrant ainsi une des rares images permettant de mettre un visage sur le compositeur.

 

La galerie de portrait dont il hérite en récupérant l’album de Liane de Pougy est une série de portraits des personnes ayant constitué le Paris mondain de la seconde moitié du 19e... On y reconnaît Marcel Proust, Jacques Offenbach ou encore la Belle Ottero... Mais histoire d’ajouter une dose de mystère à l’objet, les portraits ne sont pas identifiés... Par contre, certains sont assortis d’initiales. Et à côté du fameux portrait, les initiales A.R. se dressent comment un indice de taille.

 

Carlos Leresche est alors persuadé de reconnaître Rimbaud sur le cliché, d’abord guidé par son « regard ». Pour se doter d’arguments un peu plus solides, il superpose le cliché aux portraits déjà connus de Rimbaud, et alors il en est convaincu, tout correspond : le tombé des épaules, l’arcade sourcilière, et... « la manière dont est nouée la cravate ». Il entend désormais faire entendre que ces deux portraits sont celui d’un même homme, mais se heurte à quelques sceptiques. 

 

Un embourgeoisement qui laisse sceptique...

 

Les spécialistes du musée Rimbaud, à Charleville-Mezière, font entendre leurs doutes : « N’oublions pas que Rimbaud était certes un poète, mais aussi un explorateur, un homme d’aventure, il n’était pas spécialement académique dans sa façon d’être et de vivre, on est quand même aux antipodes donc je suis perplexe et très prudent quant aux origines de cette photographie. »

 

C’est la tenue de Rimbaud, embourgeoisé, qui laisse perplexe... Il faut dire que pour tout admirateur de Rimbaud, l’image indélébile de Carjat reste gravée comme un mythe... et la confronter à ce visage d’homme affadi pourrait faire déchanter, ou point de préférer ne pas le reconnaître. 

 

Au dos de la photographie se trouve le nom du photographe : Alexandre Clément Crillon. On sait qu’il s’était installé, en 1884, au 36, de la rue Vivienne. Cela pourrait faciliter les recherches, si la photo n’était pas, à coup sûr, une reproduction. Cependant, les archives de la maison Crillon sont consultables à la Bibliothèque nationale de France et au musée ­d’Orsay, deux endroits qui pourraient attirer prochainement quelques chercheurs...

 

La question se pose de savoir comment cette photo aurait atterri dans l’album de Liane de Pougy... La courtisane est née en 1869, et Rimbaud est mort en 1891, après avoir passé les dernières années de sa vie à l’étranger. On possède très peu de sources des itinéraires de Rimbaud à cette période, ce qui n’aidera pas à authentifier le portrait, ni à savoir dans quelles circonstances il aurait pu être pris. 

 

Il se peut que cette authentification prenne plusieurs années : la dernière photo découverte de Rimbaud avait été publiée en 2010, pour être finalement authentifiée, à 98 %, en 2014...

 

On ne possède que huit clichés authentifiés de Rimbaud. Il avait été photographié par Carjat, et la légende voudrait que ce dernier ait détruit tous les clichés en sa possession après une brouille avec le poète... Seules trois reproductions de la fameuse photographie seraient connues à ce jour, dont une avait été faite par Claudel.