Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Un nouveau record du monde de lecture en classe

Clément Solym - 28.03.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - école - Grande-Bretagne - record


Ce lundi 26 mars 2012, à Londres, plusieurs milliers d'écoliers ont assisté à ce qui est devenu la plus grande leçon de lecture du monde.

 

Leurs professeurs ont accordé leurs emplois du temps pour dispenser le même cours à la même heure. La leçon portait sur le livre de Michael Morpurgo, Born to run. L'auteur est également connu pour War Horse (Cheval de Guerre), récemment adapté au cinéma. Il s'est dit ravi de l'expérience. « Je suis honoré que l'on ait choisi mon livre pour cet événement – c'est réellement merveilleux. Quand les gens lisent le même livre, cela les réunit ».

 

Le livre rassemble

 

Ce nouveau record avait été organisé par l'Evening Standard Literacy Campaign. 27 écoles londoniennes et une vingtaine d'autres à travers le pays ont pris part à ce record.

 

Michael Morpurgo s'exprimait hier encore sur cet événement. « Un grand bravo à tous les élèves qui ont participé. (…) Il y a des millions d'enfants qui ne lisent pas, et maintenant 2000 d'entre eux ont eu aujourd'hui une véritable opportunité de se mettre à lire, et cela doit être applaudi. C'est énorme. (…) Une vie de lecture mène à une meilleure compréhension du monde qui nous entoure, et de la place que nous y occupons. C'est quelque chose que vous pourrez faire toute votre vie, aussi longtemps qu'il y aura des bibliothèques. » 

 

 

Et c'est là que le bât blesse. Le sentiment que la lecture n'est pas à la portée de tous est très répandu en Grande-Bretagne, selon lui. « Dans ce pays, nous pensons tous que les soins médicaux devraient être librement distribués. C'est la même chose pour la littérature, les histoires et les poèmes. (...)Ce n'est pas quelque chose réservé aux personnes riches, éduquées et privilégiées, c'est pour nous tous. C'est notre culture. Les histoires de Robert Louis Stevenson, et d'Enid Blyton, et de Roald Dahl s'adressent à tout le monde, et pas seulement aux personnes qui peuvent se payer un livre ».

 

Foyles s'engage

 

De son côté, la célèbre librairie Foyles se réjouit de la campagne organisée par l'Evening Standard.

 

« Si les librairies semblent être des lieux adaptés aux initiatives littéraires, la vérité honnête est que les barrières à la lecture – que ce soit la pauvreté, le manque de confiance, ou un mauvais accès – empêchent aussi d'aller en librairie. Cela signifie que nous n'aidons pas véritablement ceux qui lisent en se forçant autant que nous le souhaiterions. C'est pourquoi nous sommes plus qu'heureux de travailler avec l'Evening standard, pour pouvoir exercer une influence par-delà nos magasins, et encourager les enfants, les parents, les enseignants, et les adultes en général de profiter de nos ressources ».

 

Réconcilier les Britanniques avec la lecture

 

On parle des élèves, mais le public concerné par ce nouveau record est en fait beaucoup plus large qu'on le croit. Cet évènement prend tout son sens dans un contexte de découragement face au travail (et au plaisir ?) de lecture que connaît le pays. Car 1 adulte sur 7 en Grande-Bretagne connaîtrait des difficultés de lecture (voir notre actualitté).

 

Des lacunes d'apprentissage dans le cursus primaire seraient à l'origine de ce décalage inquiétant. On pointe du doigt la formation des enseignants. En France, le constat n'est pas moins alarmant, comme l'indique Jean-Pierre Terrail, chercheur au Groupe de recherches pour la démocratisation scolaire, au Monde Diplomatique.

 

« La publication, particulièrement depuis 2005, de données d'enquête indiquant la maîtrise très insuffisante de la langue écrite par les élèves entrant au collège a érodé une confiance bien établie dans l'école primaire. La direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l'Éducation nationale observe ainsi que les performances des écoliers français à l'entrée en sixième en matière de maîtrise de la langue écrite ont stagné entre 1987 et 1997 (décennie de la seconde explosion scolaire qui massifie le lycée et l'université), et baissé de 1997 à 2007 », écrit-il. Dès lors, chacun doit prendre ses responsabilités. Enfants, parents, professeurs, mais aussi éditeurs et acteurs du livre dans le sens le plus large du terme.

 

Un record du monde, c'est bien. Mais assurer un soutien à la lecture à l'école est aussi important. C'est même un enjeu politique. Un constat partagé par le Syndicat National de l'Edition (voir notre actualitté).