Un programme scolaire facturé 100 millions € aux éditeurs espagnols

Clément Solym - 24.02.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - programmes scolaires - Espagne - ANELE


José Ignacio Wert, le petit nouveau du gouvernement constitué en décembre dernier par Mariano Rajoy, est devenu la bête noire des éditeurs hispaniques après l'annonce d'une modification des programmes scolaires, laquelle rend obsolètes toutes les impressions pour l'année prochaine. Des réimpressions coûteraient en gros 100 millions €, d'après les éditeurs.

 

L'Association Nationale des Éditeurs de Livres Éducatifs (ANELE), qui rassemble 97 % du secteur en Espagne, est montée au créneau dès l'annonce de la réforme par Wert, ministre de l'Éducation, de la Culture et des Sports. Le Président de l'ANELE, José Moyano, a ainsi fustigé « des décisions prises dans la précipitation et sans l'avis des professionnels du secteur ».

 

 

 

Le ministre a apporté des modifications inattendues au programme scolaire du pays, en réformant l'enseignement de l'éducation à la citoyenneté : d'après José Ignacio Wert, cette matière instituée par son prédécesseur Zapatero avait un « caractère endoctrinal » qu'il convient donc de limiter, par une retouche des programmes et un changement de nom, pour « éducation civique et constitutionnelle ».

 

La Cour Suprême espagnole avait statué sur la matière le 28 janvier 2009, suite à plusieurs plaintes d' « objecteurs de conscience », en fait des parents fâchés de voir ces cours d'éducation à la citoyenneté aborder des sujets aussi subversifs que les libertés sexuelles ou la diversité des modèles familiaux.

 

Les éditeurs ont estimé leurs pertes à 60 millions €, auxquelles s'ajouteraient 35 millions € pour l'impression et la diffusion des nouveaux manuels conformes au programme annoncé par le gouvernement conservateur.

 

Toutefois, le décret entérinant la décision n'a pas été signé, ce qui alimente un peu plus l'ire des éditeurs, qui craignent un nouveau revirement. Ils sont d'ailleurs nombreux à dénoncer ce paradoxe : même en imprimant les manuels à temps pour la rentrée prochaine, le nom de la matière n'est toujours pas officiel, ce qui conduirait à une nouvelle impression en accord avec la future dénomination choisie.

 

« D'habitude, les copies sont prêtes en février, pour une promotion auprès des écoles entre mars, avril et mai afin que les écoles puissent publier la liste des manuels sélectionnés. [...] Ici, les délais ne sont pas que serrés, ils sont pratiquement intenables. » a déploré José Moyano en soulignant que les coûts des éditions précédentes n'avaient même pas été amortis.