Un sortilège d’amour découvert sur un mystérieux papyrus égyptien

Camille Cado - 11.02.2019

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Korshi Dosso, chercheur à l’université de Strasbourg et spécialiste en égyptologie, a réussi à déchiffrer un ancien papyrus égyptien conservé à l'Université Macquarie, à Sydney (Australie). Il s'agirait d'un sortilège d'amour, sans doute un extrait du manuel d'un magicien.


Credit: Effy Alexakis, Macquarie University


Korshi Dosoo, professeur d'université en France et chercheur, a publié un article de recherche dans le Journal of Coptic Studies. Il y décrit ses récentes découvertes à propos d'un mystérieux papyrus égyptien, qu'il pense être un fragment de texte plus important, comme un grimoire de magicien. D'après le chercheur, la seule feuille restante du manuscrit serait un sortilège d'amour. 

Dosoo estime que le document jauni a environ 1 300 ans — une époque où l'Égypte était majoritairement chrétienne. L'existence même de ce parchemin et de son contenu atteste cependant de la persistance de croyances païennes. 

Pour le professeur, « Ce qui est le plus frappant sur ce papyrus, c’est son image ». Un curieux dessin se dresse en effet au centre du document : deux créatures ailées, face à face. Une représentation qui « montre des affinités avec un certain nombre de tableaux similaires d’autres textes du même genre ». « L’analyse de ces images, à côté de preuves textuelles, suggère qu’elles peuvent être comprises comme une représentation d’un rituel destiné à unir deux amants », précise-t-il dans son article. 

Des oiseaux ? Des anges ? La nature des deux figures reste difficile à déterminer. Néanmoins, Korshi Dosoo identifie de légères différences entre les deux personnages, qu'il estime être une « une tentative de distinction de genre. Celle de droite étant une femelle, celle de gauche un mâle. » 

L’animal de gauche semble tendre son bec vers celui de droite. Le crâne de la créature de droite est surmonté d’une sorte de clou ainsi que de deux oreilles. Un long « bras » terminé par deux mains entoure le couple qui est relié par « un lien, une chaîne ou un pénis », avance le chercheur dans l’article publié.
 

Le dessin associé au sortilège avait pour but d’impressionner celui ou celle qui venait voir le mage. « D'un point de vue de l’observateur, nous pourrions dire que l'image pourrait avoir amélioré l'aspect performatif du sort. Le client pouvait trouver le dessin étrange, ce qui ajoutait quelque chose à l’atmosphère singulière du rituel effectué par le sorcier », affirme Dosoo.
 

Une formule magique écrite en copte


Un texte, écrit en copte (langue descendant de l’égyptien ancien et utilisant un dérivé de l’alphabet grec), entoure le dessin des deux créatures. Il n’en subsiste que quelques fragments qui ont pu être déchiffrés. « Je vous appelle […] qui est le Christ, le dieu d’Israël… », suivi des mots « tu vas dissoudre […] chaque enfant d’Adam […] ». Il y est fait mention du Christ, d’Adam… mais aussi d’un parfum musqué — indice supplémentaire qu'il s'agit d'un sort d'amour. À cette époque, l'extrait exotique de musc était censé réunir les amoureux. 

Korshi Dosoo postule que le « sortilège » peut avoir été utilisé dans des cas d'amour non partagé — ou peut-être même pour résoudre des triangles amoureux. La formule n'aurait donc pas été exploitée pour inciter deux personnes à tomber amoureuses, mais plutôt pour donner un coup de pouce au destin et ouvrir la voie à un amour existant et impossible. 

« Les textes littéraires des chrétiens d’Égypte qui mentionnent les sorts d’amour impliquent souvent que le problème n’est pas que la femme n’aime pas l’homme en soi, mais qu’il n’a pas accès à elle, car elle est une jeune fille protégée et isolée par sa famille, ou déjà mariée à un autre », explique le chercheur à Live Science.
 

Une origine mystérieuse


Le papyrus est l’un des quelque 900 fragments stockés à l’Université Macquarie de Sydney. Ce fragment est connu sous le nom technique de P.Macq.Inv.588. On ignore pour l'instant comment il s'est retrouvé en Australie. L'université ne possède aucun document attestant d'une vente ou de l'arrivée de ce dernier. 
 

Son origine reste donc énigmatique. La provenance incertaine de ce papyrus a été fortement mentionnée dans l'étude de Korshi Dosoo. Et pour cause, l’établissement possède plus de 900 parchemins dont la majorité provient d’achats ou de dons qui ont eu lieu dans les années 1970 et 1980. Des acquisitions qui posent problème, car en 1972, un traité de l'Unesco a interdit la vente d’antiquités hors de leur pays d’origine. 
 



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