Une artiste perpétue le Kana Shodo, très ancienne écriture japonaise

Heulard Mégane - 03.07.2019

Patrimoine et éducation - A l'international - écritures japonaises - Kana art - Kaoru Akagawa


L’artiste et maître de calligraphie japonaise Kaoru Akagawa perpétue grâce à ses œuvres le Kana Shodo, un style d'écriture japonaise très utilisée par les femmes de la haute société médiévale. Un programme de standardisation de la langue japonaise au début du 20e siècle a eu raison de 90 % des caractères Kana. Akagawa est ainsi l’une des rares personnes à encore pratiquer cette écriture. 
 
Photo de Kana Shodo par Kaoru Akagawa sur Facebook


L’artiste Kaoru Akagawa a découvert l’art du Kana Shodo après avoir déchiffré des lettres de sa grand-mère. Elle explique : « Lire les lettres de ma grand-mère a toujours été difficile pour moi quand j’étais adolescente. Son écriture ressemblait à un gribouillis, et je lui demandais d’écrire correctement. »

Finalement quelques années plus tard sur la route Hime Kaidō au Japon, elle a eu une révélation en lisant des documents écrits en Kana Shodo. Akagawa dit : « J’avais l’impression de lire une histoire de mon ADN ». Elle se rendit compte que sa grand-mère lui avait écrit des lettres en utilisant la même écriture. 

Au début du 20e siècle la standardisation du japonais au profit des katagana, hiragana et des kanjis a mis peu à peu la connaissance de l’ancien kana aux oubliettes. Seuls 50 caractères sur plus de 550 ont été conservés. Le Kana est écriture phonétique contrairement aux caractères chinois kanji.

"La main de la femme" : une écriture féminine

« Quand on parle de calligraphie japonaise, on parle normalement de Kanji Shodo, un style importé de Chine, pratiqué par les samouraïs et les moines. Kana Shodo utilise une écriture connue au Xe siècle sous le nom d’ "onnade", ou « main de la femme », qui est devenue l’épine dorsale d’une culture littéraire à dominante féminine », explique Akagawa au Guardian. En effet, ce sont les femmes de la cour japonaise durant la période Heian (794-1185) qui en avaient prinicpalement l'usage.

Les femmes ont développé des systèmes d’écriture pour leur propre usage dans le monde entier, en partie parce qu’elles ont été exclues des systèmes éducatifs destinés aux hommes. Elle ont contourné les voies de communication officielles et traditionnelles de manière créative à travers l’Histoire.
 
Par exemple, Murasaki Shikibu, une femme appartenant à une famille noble du Japon, a écrit le très célèbre  Dit du Genji (Genji Monogatari), au XIe siècle, en utilisant le Kana Shodo. Le titre est considéré comme une œuvre majeure de l’époque médiévale japonaise. Cette écriture servait très souvent pour des écrits privés ou des lettres d’amour, puisqu’elle était difficile à déchiffrer pour quiconque ne la connaissait pas. 

Akagawa utilise le Kana Shodo dans un style qui lui est propre. Elle fusionne la calligraphie traditionnelle avec de nouvelles techniques pour créer ce qu’elle a appelé le Kana Art. Des milliers de kana sont minutieusement peints pour former des images et illustrations plus grandes. Elle fabrique également des sculptures en papier.

À travers ses œuvres, Kaoru Akagawa continue de faire vivre la mémoire des femmes qui utilisaient le Kana Shodo, et de leurs histoires.

Découvrez le travail de Kaoru Akagawa :



Via The Guardian. 


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.