Une campagne contre les éditeurs jeunesse

Louis Mallié - 07.03.2014

Patrimoine et éducation - A l'international - Let Books Be Books - Usborn - Michael O'Mara


Une campagne contre la catégorisation sexuelle dans les publications destinées à l'enfance a remporté un immense succès, après qu'un éditeur a déclaré qu'il arrêterait de publier des livres «pour les garçons» et «pour les filles». Menée par Tricia Lowter, la campagne Let Books Be Books avait accusé l'éditeur de ne renvoyer qu'une « image très limitée aux enfants de ce qui est approprié aux garçons et aux filles ». 

 

 

Daring Girls and Dangerous Boys

Michael Coghlan, CC BY-SA 2.0

 

« Les gens parlent de livre ouvrant les esprits et les coeurs, élargissant les horizons, mais ce livre est l'exact contraire de tout ça », a déclaré Tricia Lowther de la campagne Let Books Be Books. « Naturelement nous n'avons rien contre les petits garçons aimant les pirates ou les filles aimant les princesses, mais qu'y a-t-il à  propos des garçons aimant les princesses et les filles aimant les pirates ?  Comment se sentiront-ils ? Cela leur ferme les voies qui seraient susceptibles de les mener à ce qu'ils veulent être. »

 

Leur pétition, appelant les éditeurs à arrêter « d'étiqueter les livres (…) comme étant destinés aux filles ou aux garçons », a réuni presque 2000 signatures en seulement un jour.  L'écrivain jeunesse Anne Fine, auteure de Mrs Doubtfire s'est jointe à la campagne, déclarant combien étaient  « exaspérantes ces fausses hypothèses sur ce que chaque sexe « veut » (…) masquant les horizons aux enfants des deux sexes (...)  Il y a des tas de filles différentes qui ont toutes leur intérêt, et des tas de garçons différents qui ont tous leur intérêt. »

 

 Fille ou garçon, c'est la surprise

 

Adressée notamment à Usborne et Buster Books, la pétition appelle les éditeurs à publier des livres pour élargir l'esprit des enfants, et non plus des histoires fondées sur leur sexe. Tricia Lowther a déclaré à ce sujet qu'elle avait été ravie par la réponse de Usborne. Elle espère que l'ensemble du monde éditorial suivra l'exemple. « Il est formidable que Usborne ait été d'accord pour franchir le pas et laisser aux enfants décider eux même quel genre d'histoire et d'activité les intéresse », a-t-elle commenté. « Nous allons réfléchir pour pouvoir les aider à persévérer le plus possible dans leur décision.»

 

Pour autant, la campagne s'est également heurtée à de nombreuses critiques. L'éditeur de The Beautiful Girls Colouring Book et de The Brilliant Boy's Colouring Boook , Michael O'Mara a affirmé que les choses ne changeraient pas. 

 

« Quand vous avez un livre de coloriage qui est spécifiquement dédié aux garçons ou aux filles, il se vend trois fois plus qu'un autre sans catégorisation sexuelle », a-t-il répondu.  « Des tas de livres affreux se vendent sur Amazon, et lorsque quelqu'un cherche un cadeau à faire, il tape "cadeau pour garçon" et obtient une foule de résultats avec le mot « garçon » dedans. C'est l'une des raisons principales pour lesquelles les éditeurs placent garçon ou fille dans les titres. »

 

O'Mara a ajouté comprendre parfaitement les inquiétudes des gens de la campagne. Selon lui, les éditeurs doivent donc « s'assurer qu'il n'y ait aucune chance que qui que ce soit ne se sente rabaissé par ces catégorisations sexuelles (...)  9O % de nos livres ne portent pas le mot fille ou garçon dans leur titre. Nous allons continuer ces catégorisations où nous pensons qu'elles sont nécessaires, tout en gardant ceci à l'esprit. »

 

La cible première des militants était les éditeurs, mais ils ont l'intention de s'adresser à l'ensemble du monde du livre, y compris les libraires. « Ce serait juste bien de voir plus de créativité. (…) Les garçons et les filles n'ont pas besoin d'histoires séparées », dit Lowther. « Le principal est d'entamer un dialogue avec les éditeurs »