Une exceptionnelle exposition de reliures, trésor de la Morgan Library

Béatrice Courau - 03.11.2017

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L'actualité autour de la campagne de mécénat pour le rachat du Livre d'Heures de François 1er trouve écho de façon particulière dans l'événement qui a lieu à la Morgan Library de New York jusqu'au 7 janvier prochain : une fabuleuse exposition de reliures non moins fabuleuses de manuscrits médiévaux, où or et argent repoussés rivalisent avec les pierres précieuses.


Si les manuscrits médiévaux que nous pouvons consulter dans les bibliothèques sont autant de trésors en eux-mêmes, certaines reliures constituent à elles seules de véritables trésors : perles, diamants, saphirs, émeraudes, rubis sont enchâssés dans des plaques de métal précieux repoussé (i.e. le motif était "creusé", embossé, par l'arrière de la feuille de métal afin de créer le relief).
 


 

Ces exemplaires remarquables avaient indéniablement plusieurs fonctions : brandis et exposés lors des processions, ils servaient à impressionner les foules des fidèles par leur munificence. 

 

Les évangiles étaient évidemment vénérés en tant que textes sacrés, mais ces livres étaient aussi souvent exposés sur l’autel de l’église (pour les services religieux ou les cérémonies), en plus d’être lus en privé. 

 

Mais ces ouvrages étaient aussi le signe extérieur de la richesse de leurs commanditaires, église, seigneur, ou communauté, et témoignaient de leur dévotion. 

 

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Peu de manuscrits de cette nature nous sont parvenus : leur richesse en a fait la cible privilégiée des voleurs, qui ont pour certains exemplaires soigneusement prélevé l'ensemble des gemmes.
 
 

 


L’un des plus remarquables exemplaires exposés par la Morgan est sans conteste le Lindau Gospels (illustration ci-dessus).

 

On sait désormais que la reliure verso de ce trésor est la partie la plus ancienne ; probablement exécutée au milieu du VIIIe siècle, la reliure recto datant d’un siècle plus tard. Les suppositions vont bon train : le manuscrit sur vélin datant lui-même de la fin du IXe siècle, il est probable que ce verso ait été la reliure d’un autre texte, voire lui-même un recto. En témoignent les bords rajoutés pour pouvoir recouvrir les dimensions du texte du IXe siècle. 

 

Le recto du Lindau Gospels est une pure merveille : la Crucifixion en est le thème central, et l’on distingue clairement la Vierge et Saint Jean, sous les bras de la Croix, associés à d’autres figures féminines plus difficilement identifiables. Au-dessus, des anges planent et encadrent la hampe, où sont représentés soleil et lune. La plupart des pierres précieuses sont enchâssées dans la bordure, au sein de motifs végétaux typiquement carolingiens, qui sont exécutés de manière exceptionnellement fine.

 

Ce manuscrit plus que précieux fut le premier achat de manuscrit médiéval du fort connu banquier JP Morgan, posant la première pierre à une collection désormais unique. 

 

Si le Lindau Gospels est sans conteste la star de l’exposition, d’autres reliures exceptionnelles constituent cette remarquable exposition, comme l’Évangéliaire de Judith de Flandres, ou les Sacramentaires de Frontale ou de Berthold.

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Via Morgan Library