L’avènement des prix remonte à la Renaissance où il existait des concours floraux, c’étaient des concours de poésie – des joutes improvisées qui existaient déjà au Moyen Âge –, avec désignation du meilleur compétiteur. Ils représentent une préfiguration de ce que vont devenir les prix littéraires. La création de prix de commémoration à partir du XVIIe siècle est la deuxième étape : les prix de l’Académie française, les prix de fondations où des personnalités donnent leur fortune pour célébrer leur nom, leur œuvre. 
 

Photo de groupe - Prix littéraires Grasset 2013
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Les frères Goncourt, lorsqu’ils font don de leur fortune pour créer leur académie et leur prix, s’inscrivent en partie dans cette lignée. Mais ils inaugurent un dispositif qu’ils n’avaient pas anticipé : les prix d’automne. Car le prix Goncourt (1903) a été rapidement suivi par le prix Femina (1904) – issu d’une revendication de l’accès des femmes à la reconnaissance et créé par un magazine féminin –, puis par les prix Renaudot (1926) et Interallié (1930) – décernés par les journalistes qui attendent les délibérations des prix Goncourt et Femina pour en décerner un à leur tour : une plaisanterie qui est devenue une institution ! –, le Médicis (1958) – un prix avant-gardiste, véritable anti-prix à ses débuts puisqu’il s’oppose aux choix supposés d’arrière-garde des autres prix d’automne. 

A ceux-là, il faudrait ajouter le grand prix de l’Académie française du roman, créé en 1914 face à la concurrence grandissante de l’Académie Goncourt. 

 

Les prix d’automne vont émerger et se distinguent des autres parce qu’ils vont vite faire vendre des livres et en grand nombre ! Parce que les médias s’en emparent, parce qu’en ce début de siècle, la littérature est en perte de vitesse et que des éditeurs – comme Gaston Gallimard et Bernard Grasset – veulent faire de la littérature et des livres un événement : le prix est une excellente tribune, à un moment où le public s’alphabétise grâce à l’école et manifeste un goût massif pour le roman. 
 

La conjugaison de tous ces facteurs va faire que les prix deviennent un dispositif de consécration, de prescription d’une littérature de plus en plus grand public. Avec une redistribution de la valeur littéraire : l’Académie Goncourt défend le roman, longtemps ostracisé par l’Académie française pour qui la littérature ne peut être que poésie ou théâtre. Dès les années 1960, les logiques marchandes et médiatiques vont aussi se mettre en marche et faire de ce dispositif un rendez-vous marketing incontournable. 
 

À partir de 1968, quand explosent en vol les hiérarchies et les échelles de valeur – la pire année pour les prix d’automne très menacés, jugés trop corrompus et sujets à collusion entre éditeurs et jurés –, il va se créer des prix contestataires.

Ces nouveaux prix se fondent sur l’idée qu’ils sont « intruandables » et surtout ils ouvrent massivement leurs tribunes aux lecteurs amateurs dans des jurys tournants, donc renouvelables chaque année ; ceux — là sont aujourd’hui en plein essor et viennent sérieusement concurrencer les prescriptions et prix traditionnels (d’experts et de professionnels) : il s’agit des prix de la presse et des médias – grand prix des lectrices de Elle, prix RTL-Lire, prix du livre Inter... – qui cherchent à s’instituer à leur tour en instances de consécration littéraire. La volonté de démocratisation via des jurys tournants va de pair avec l’essor de la démocratisation culturelle. 
 

Dans les années 1980-1990, on assiste à l’ouverture des prix à d’autres genres, que Sylvie Ducas désigne par l’expression ironique de « mauvais genres » (genres jugés populaires, illégitimes) : le polar, la bande dessinée, les littératures de l’imaginaire, etc. Des prix qui unissent des communautés de « fans », des aficionados – autour de genres qui sont jugés mineurs, non reconnus – et qui vont élargir le champ des littératures vers des domaines plus populaires. 
 

“Chacun sait bien que les prix ne vont pas aux meilleurs, ou alors par accident”


Avant eux, les professionnels de la chaîne du livre, qu’ils soient libraires – bien qu’existe depuis 1955 le prix des libraires4 – ou bibliothécaires, créent leur prix pour proposer une alternative à une prescription verticale des prix traditionnels. En particulier, les prix de bibliothécaires se sont développés autour de problématiques de médiation culturelle qui sont au cœur de leur action et sont du coup plus ouverts à divers publics, dont les jeunes.

Les prix de libraires sont plutôt destinés à valoriser leur cœur de métier qui est le conseil, la prescription culturelle (prix des libraires, prix Fnac, prix Initiales...). L’un d’eux, le prix Wepler, fait exception en constituant, par la qualité de son palmarès, une sorte d’antichambre des grands prix d’automne. 
 

Ont émergé ces derniers temps les prix d’entreprises (SNCF, RATP, Orange...), dont l’objectif est de valoriser l’image de marque de l’entreprise autour d’une action de mécénat littéraire dont le prix est la pierre de touche. Le prix est une sorte de label marchand, on s’éloigne ici de l’écrivain et sa consécration littéraire. 
 

De nombreux prix ont été créés dans des festivals ou au sein de communautés culturelles. Il y a souvent une volonté de valoriser un territoire, de cultiver une dynamique culturelle autour de la lecture avec différents publics de ce territoire. 

 

En partenariat avec l'agence Ecla