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Une jeune brésilienne de 12 ans a créé une bibliothèque dans sa favela

Clara Vincent - 13.03.2020

Patrimoine et éducation - A l'international - initiative bibliothèque lecture - O mundo da Lua - Rio lecture culture


Du haut de ses douze ans, Raíssa Luara de Oliveira – de son surnom Lua – a construit une bibliothèque communautaire dans sa favela, située à Ladeira dos Tabajaras, à Copacabana, dans la zone sud de Rio (Brésil).  Baptisé O mundo da Lua (Le monde de la Lune), la jeune fille a rassemblé dans cet espace d'une vingtaine de mètres carrés, plusieurs milliers de livres, récupérés ça et là avec le soutien de donateurs et de bénévoles. 

Via Facebook - Lua Oliveira

Lua a eu l’idée de fonder sa bibliothèque en revenant de la Biennale du livre de Rio. Là-bas, elle assiste à une scène qui a eu sur elle l'effet déclencheur : « J’ai vu une maman dire à sa petite fille qu’elle n’avait pas les moyens de lui acheter un livre qui coûtait 3 réais [environ 60 centimes d’euros]. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose », raconte-t-elle à l'AFP. 

Aussitôt rentrée chez elle, la jeune brésilienne s’empare en cachette du téléphone de sa mère. En se faisant passer pour elle, elle envoie un message à Vania Ribeiro, qui coordonne une association dans la favela, l'Associação de Moradores dos Tabajaras e Cabritos. Elle lui demande si cette dernière peut lui céder un local. 

« Quand j’ai appris qu’elle avait fait tout ça dans mon dos, je l’ai un peu grondée, mais après, je l’ai soutenue à fond », a témoigné sa grand-mère, Fatima Oliveira, qui élève Lua depuis toute petite, et que la jeune fille considère comme sa mère. 
 
Soutenue dans sa démarche par les membres de l'association, Lua s'est vue confier une pièce d'une vingtaine de mètre carrés, où elle a pu progressivement bâtir sa bibliothèque communautaire. La jeune fille y stocke désormais un total de 18 000 livres, reçus de dons.  
 

De quoi faire pâlir le maire de Rio


Mais c'est notamment une intervention de Lua sur les réseaux sociaux, où elle prend ouvertement à partie le maire de Rio, Marcelo Crivella, qui contribua à accroitre sa notoriété. Et de faire connaître plus largement son initiative. 

Suite à une déclaration controversée du maire après les fortes pluies qui s'étaient abattue sur la ville en février dernier, Lua avait en effet rédigé un commentaire sur Facebook en s'adressant directement à l'édile de Rio : 

« Monsieur le maire, je vous invite à faire connaissance avec ma communauté, Tabajaras / Cabritos. C'est à Copacabana, où, avec l'aide de la population, j'ai créé une bibliothèque communautaire. À l'âge de 12 ans, j'ai fait plus pour ma communauté que vous ne l'avez fait pendant tout votre mandat », évrivait-elle. 
 

A ce propos, rappelons que quelques mois avant l’ouverture de la Biennale du livre de 2019, M.Crivella avait suscité la polémique, et menacé d’interdire la manifestation littéraire. En cause : un comics Marvel qui met en scène deux héros des Avengers, Wiccan et Hulkling, en train de s’embrasser. Une illustration que Crivella accusa de contribuer à « répandre l’homosexualité chez les enfants». 

Les organisateurs du festival s’étaient opposés à toute tentative de retrait de l’ouvrage incriminé et ce fut une décision de la Cour suprême qui mit fin à l’affaire. La plus haute juridiction du pays condamna la volonté de M.Crivella de faire interdire le livre, jugeant que cela était contraire à la démocratie, qui « présuppose un environnement dans lequel les idées peuvent circuler librement ». 
 

Un refuge pour enfants


L’entreprise de Lua rencontre un accueil favorable auprès des enfants du quartier, comme en témoigne les propos de Daniel Couto Nascimento, 10 ans, receuillis par l'AFP: « J’adore venir ici, ça m’évite de traîner dans la rue quand je ne suis pas à l’école. Avant, je ne pensais qu’à jouer au foot ou aux jeux vidéo », a-t-il dit, une bande dessinée à la main.
 


A ce jour, la jeune fille reçoit près de 1 500 livres par semaine. L’espace de sa bibliothèque ne suffisant pas à tous les stocker, une partie d'entre eux est envoyée à travers le pays. Là où son initiative trouve parfois écho. 

« Un jeune du Piaui (État pauvre du nord-est) m’a dit qu’il voulait s’inspirer de mon projet pour ouvrir une bibliothèque dans son village. J’ai sélectionné 500 livres pour lui, mais on a besoin d’argent pour lui envoyer, donc je vais faire un appel aux dons sur internet », raconte-t-elle.

Mais la jeune brésilienne ne compte pas en rester là. Elle qui rêve de devenir vétérinaire, elle nourrit déjà un autre projet : celui d'ouvrir un refuge pour les chiens et chats errants de sa favela.


Via Extra Globo


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