Une orthographe réformée dans les manuels scolaires, “un nivellement“ ni haut ni bas

Camille Cornu - 05.02.2016

Patrimoine et éducation - Scolarité France - réforme de l'orthographe - manuels scolaires


Depuis mercredi, les réseaux s’enflamment suite à la nouvelle publiée par le site de Tf1 : la réforme de l’orthographe va être appliquée dans les manuels scolaires à partir de la rentrée prochaine. En réalité, elle date de 1990 et les deux orthographes cohabitaient depuis. Mais les manuels scolaires se basent sur le bulletin officiel de l’éducation nationale, dont le numéro spécial du 26 novembre dernier a rappelé que « l’enseignement de l’orthographe a pour référence les rectifications orthographiques publiées par le Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990 ».

 

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Fidber, CC BY 2.0

 

 

Et pourtant, le Bulletin Officiel du 19 juin 2008 préconise déjà que « l’orthographe révisée est la référence ». Elle avait alors été mieux prise en compte, mais appliquée de façon variable d’un enseignant à un autre. Mais cette orthographe n’annule en aucun cas la précédente, et ses débuts préconisaient déjà une transition très progressive. 

 

À l’époque, le gouvernement de Michel Rocard constatait le déclin de la langue française à l’étranger, et voulait la simplifier afin de mieux l’exporter...

 

Les modifications concernent principalement quelques absurdités orthographiques : par exemple, l’écriture de nénuphar, dont le ph a été introduit en 1935 dans la huitième édition du dictionnaire des Académiciens, en référence à « l’orthographe des botanistes », calqué sur le genre auquel la plante appartient, Nymphéa.

 

Mais le français a eu l’habitude de fixer l’orthographe de ses mots en fonction de leur étymologie, et l’origine du mot, arabo-persanne, serait plus légitime avec son « f » originel, quand le « ph » traduit une étymologie grecque... Et bien sûr, cela semble plus simple à apprendre, parce que plus phonétique. C’est ce qui inquiéterait les détracteurs de la réforme, dénonçant un « nivellement par le bas ». 

 

Les principales modifications concernent entre autres les traits d’union : porte-monnaie peut ainsi devenir portemonnaie, à l’image de portefeuille. Le pluriel des noms composés est également simplifié, et les accents circonflexes ne sont plus obligatoires sur les lettres « i » et « u », sauf dans les terminaisons verbales et si l’accent reste nécessaire pour opérer des distinctions avec d’autres homonymes (« jeûne », « sûr », etc.). D’autres « anomalies » ont également été rectifiées, comme dans le cas de « séries » de mots, qui se trouvent uniformisés : « chariot » devient « charriot » pour se calquer sur « charrette », etc.). 

 

« Depuis au moins une dizaine d’années, des manuels scolaires du primaire intégraient déjà cette nouvelle orthographe », explique Sylvie Marcé, PDG de l’éditeur scolaire Belin, à l’AFP, en précisant que ces manuels porteront « un macaron pour dire cet ouvrage est rédigé avec l’orthographe recommandée ».

 

L’éditeur propose par ailleurs un site dédié, Orthographe recommandée, qui accompagnera les nouveaux manuels. On y retrouvera l’ensemble du récapitulatif présenté. 

 

Michel Lussaut, président du Conseil supérieur des programmes, assure pour sa part : « C’est l’orthographe officielle de la République depuis plus de 25 ans. Ce qui est surprenant, c’est ce que l’on s’en surprenne. » Et d’ajouter : « L’Académie française a fait un travail très précis. Il y avait des anomalies orthographiques liées à des évolutions historiques un peu étranges, donc l’Académie avait vraiment veillé à ce que ces modifications soient compréhensibles, ce n’était absolument pas un bouleversement, plutôt du toilettage. »

 

Mais que tout le monde reste calme, rien n’est « obligatoire », et une tolérance permettra également aux enseignants d’utiliser leur orthographe préférée. Les deux usages vont être amenés à cohabiter pour une durée indéfinie, jusqu’à ce que l’usage, finalement, fasse le vrai tri.