Une Planète des singes satirique, pas un livre de science-fiction

Victor De Sepausy - 03.08.2017

Patrimoine et éducation - Patrimoine - cinéma adaptation roman - planete singes film - Pierre Boulle Avignon


Avec la sortie de La planète des singes : Suprématie, le film de Matt Reeves, le monde redécouvre qu’originellement, cette histoire de primates tire ses origines d’un livre. En l’occurrence, publié en 1963, celui de Pierre Boulle, La planète des singes – et vendu à plusieurs millions d’exemplaires depuis...

 

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Surian Soosay, CC BY 2.0

 

 

Y a-t-il des êtres humains ailleurs que dans notre galaxie ? C’est la question que se posent le professeur Antelle, Arthur Levain, son second, et le journaliste Ulysse Mérou, lorsque, de leur vaisseau spatial, ils observent le paysage d’une planète proche de Bételgeuse : on aperçoit des villes, des routes curieusement semblables à celles de notre Terre. 

 

Après s’y être posés, les trois hommes découvrent que la planète est habitée par des singes. Ceux-ci s’emparent d’Ulysse Mérou et se livrent sur lui à des expériences. Il faudra que le journaliste fasse, devant les singes, la preuve de son humanité...

 

Dans l’entretien avec Pierre Desgraupes, le journaliste évoque un conte philosophique, ou une œuvre d’anticipation. Boulle se défend cependant d’avoir écrit un ouvrage de science-fiction... Lui envisage plutôt de la satire, qui découle « de l’observation des singes et de l’observation des hommes ».

 

C’est d’ailleurs en voyant des hommes à la Bourse de Paris, que l’écrivain a basculé : « On ne peut pas imaginer que ce sont des homo sapiens ni qu’ils agissent par raison. Tous leurs réflexes sont des réflexes conditionnés : leur comportement est animal, où l’intelligence n’a aucune part. »

 

Mais sur cette question de la science-fiction... « Je ne méprise pas du tout la science-fiction. Je crois tout de même que ce n’est pas exactement cela. La science-fiction en général fait passer au second plan l’humain, alors que mes personnages sont tout à fait humains. »

 

Et de poursuivre : « La planète que je décris ressemble tout à fait à la Terre, et les personnages – ce sont des singes, c’est entendu –, mais ils ont des réflexes humains. [...] il y a des singes du monde, des singes de lettres, des singes de science, etc. De ce point de vue là, je ne crois pas qu’on puisse dire que c’est de la science-fiction. »

 

« La France a un problème avec l’imaginaire » (Stéphane Marsan, Bragelonne)

 

C’est une époque bénie, que celle du début des années 60, où l’on peut se méfier de ce que la science-fiction peut être – après la Seconde Guerre mondiale, les auteurs américains ont commencé à proliférer sur le continent, entraînant chez les intellectuels une certaine défiance. 

 

Après tout, Boulle pouvait bien penser ce qu’il voulait de son livre : croire que la science-fiction ne parlerait pas prioritairement de l’humain, c’est se mettre le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Et en dépit de leur souplesse, même pour un singe l’exercice est difficile. 

 

Uchronie, aurait peut-être été plus adaptée, mais le terme n’était pas vraiment en vogue à cette époque...

 

 

La planète des singes – Pierre BoulleEditions Pocket – 9782266118286 – 4,30 €