Une promotion malsaine des livres, avec des cadeaux fallacieux

Clément Solym - 10.02.2009

Patrimoine et éducation - A l'international - promotion - livre - jouets


Scholastic a publié Harry Potter, et longtemps, cet éditeur connu pour ses livres jeunesse a régné sur le genre, avec cette série. Mais un groupe de chiens de garde est en train de lui reprocher de recourir à ses clubs de livres scolaires pour promouvoir les jeux vidéo, les bijoux en kit et les petites voitures.

Des petits cadeaux innocents

Le groupe, basé à Boston, se nomme Campaign for a Commercial-Free Childhood. Selon lui, les catalogues du club de lecture de Scholastic, présents depuis 1948 et largement salués pour encourager à la lecture ont abusé de leur position. Alors qu'ils offraient auparavant des cadeaux aux lecteurs, et que les 3/4 des enseignants aux États-Unis y ont recours, on trouverait de plus en plus de ces cadeaux commerciaux.

Ainsi, on trouverait emballés avec les livres des jeux vidéo, des trousses de maquillage et le groupe reproche clairement à l'éditeur d'abreuver les enfants de bibelots, dans une pratique tout à fait démagogique et plus du tout éducative. « Vendre aux écoles est un privilège, pas un droit, et Scholastic abuse de ce privilège », considère la directrice Susan Linn. Et comme les produits qui accompagnent les livres sont issus des jouets populaires du moment, on reproche plus encore cette situation.

Le bâton et la carotte

Selon l'organisme, le message qui est transmis aux enfants biaise la relation à la lecture, en faisant considérer que le livre ne se suffit pas à lui-même. On l'accompagne dès lors d'un produit commercial qui ressemble à une carotte pour faire lire : une sorte de douceur pour faire passer les affres de la lecture. Ainsi, les enfants fondent leur choix du livre non sur son contenu, mais sur les cadeaux promotionnels qui les accompagnent...

Pour l'éditeur, ce procédé est surtout destiné à attirer l'attention des enfants et nullement les détourner de la lecture. Mais les critiques sont les mêmes que celles qui désapprouvaient la présence de distributeurs de sodas dans les écoles, qui offraient une publicité au revendeur. Plusieurs parents ont ainsi changé d'avis sur Scholastic, une fois leur enfant scolarisé : l'intérêt pour les produits dérivés semble plus grand que celui porté aux livres, constatent certains. Et de se demander quel intérêt il peut y avoir à assurer la promotion de séries télé ou de films, au travers de ces livres.

Aider les ménages ou tromper les parents ?

En face, on rétorque comme on peut : c'est pour soulager les familles dont les budgets ne sont pas extensibles, et pour qui le coût des jouets peut être trop important. Dès lors, on offre un petit plus. Un peu comme les poupées Bratz, qui furent un temps offertes avec les livres. On a accusé ces dernières d'éveiller trop hâtivement à la sexualité les jeunes lectrices, parce que les poupées portent des tenues ultra sexy.

Pour Susan, qui est également psychologue, tout cela n'est que tromperie : les parents considèrent que Scholastic est semblable à la télévision publique, mais ce n'est pas le cas. Le service proposé est tout simplement fallacieux.