Une Pussy Riot défend la présence de livres dans les prisons anglaises

Louis Mallié - 23.04.2014

Patrimoine et éducation - A l'international - Pussy Riot - Howard League - Chris Grayling


La décision du secrétaire d'État à la Justice Chris Grayling d'interdire l'envoi de livres aux prisonniers ne cesse de provoquer la contestation. Une dizaine d'écrivains et artistes originaires notamment de Biélorussie, d'Ouzbékistan, du Cameroun ou encore de Cuba, viennent en effet de rejoindre la campagne menée par la Howard League for Penal Reform d'après The Guardian. Parmi eux, l'ancienne Pussy Riot Nadezhda Tolokonnikova. 

 

 Nadezhda Tolokonnikova lors de son procès en 2012,

Denis Bochkarev, CC BY-SA 3.0

 

 

« Grâce aux livres, vous savez que chaque jour passé derrière les barreaux n'est pas vain », écrit la chanteuse, qui a passé 21 mois en en prison pour avoir participé à la chanson contre Vladimir Poutine. « Ils sont votre seul monde », explique-t-elle. À l'instar des écrivains qui avaient déjà rejoint la campagne, les dix personnalités ont choisi d'écrire une lettre pour manifester leur soutien.  

 

Pour l'écrivain biélorusse Iryna Khalip, ne pas avoir de « bon livre » en prison est « une torture ». « Quand vous êtes libre, vous n'avez pas le même désir de lire que lorsque vous êtes en prison. Vous pouvez avoir tous les livres que vous souhaitez chez vous. En prison le livre devient votre air. Votre corps a besoin de respirer. Sans livre, vous étouffez. Il n'y a plus de vie », ajoute-t-elle. 

 

Le poète camerounais Enoh Meyomesse, qui parle lui aussi de la lecture comme oxygène y voit également un refuge : « C'est une joie irremplaçable et un énorme soutient moral. Ils m'ont prouvé, alors que ma famille m'avait abandonné, qu'il existait une autre famille, (peut-être même encore plus importante) : celle de la littérature, une famille de romancier et de poète comme moi, qui est toujours derrière moi et qui ne m'abandonnera jamais. »

 

Jo Glanville le directeur de English Pen a qualifié leur lettre d' « incroyablement émouvante ». À ce titre, elle a pointé avec ironie le fait que le Royaume-Uni soit capable d'envoyer des caisses de livres à l'étranger… mais pas dans ses propres prisons ! Autre façon de dire que charité bien ordonnée commence par soi-même.  « Il est clair que les livres sont une nécessité en prison, et jouent un rôle fondamental pour les prisonniers », insiste-t-elle. 

 

Au début du mois c'étaient des personnalité aussi différentes que la« poete laureate » Carol Ann Duffyou Vanessa Redgrave qui avaient rejoint la campagne, signant notamment une lettre ouverte à Chris Grayling. 

 

La disposition que le secrétaire d'Etat britannique, Chris Grayling, pourrait cependant être contraire aux Droits de l'homme. « M. Grayling n'est pas un avocat. C'est un homme politique qui se croit au-dessus des lois : il n'a pas le pouvoir d'imposer une peine additionnelle aux prisonniers, en plus de ce qui leur est infligé par les tribunaux. Son geste n'a rien à voir avec la sécurité des prisons ni tout autre but légitime. Le droit de lire est précieux, dans ce pays, et pour les prisonniers, il représente un moyen de se sortir de la fange de la criminalité. Leur refuser les livres dont ils ont besoin pour améliorer leur situation est tout à la fois déraisonnable et contre-productif », estimait Geoffrey Robertson, responsable des Droits de l'Homme à Doughty Street - l'adresse du Parlement britannique.

 

Originellement, la décision a été prise pour lutter contre l'envoi de drogues et de produits dangereux aux prisonniers.